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Sapho et non usage de faux

Ce texte fut à l’origine un billet rédigé pour l’accueil de Sapho dans un forum Fnac où j’intervenais comme journaliste. C’était il y a deux albums de cela. Je l’ai simplement rafraîchi, actualisé au vu d’une foisonnante actualité et de son nouvel album.

Sapho (photo DR)

Sapho, ce n’est pas de la chanson engagée, en tout cas pas dans le registre de ceux qui en font fond de commerce, qui en pondent une pour hériter du label, sans rien connaître du fond. C’est Brassens qui chantait « J’ai conspué Franco / La fleur à la guitare / Depuis pas mal d’années / Mais entre lui et moi / Simple petit détail / Y’avait les Pyrénées ». Ça éclaire pas mal d’artistes, pas tous. Et ne concerne pas Sapho. D’ailleurs on ne dit plus «chanteur engagé», le terme s’étant fatigué en se frottant à l’absolue modernité. On dit « chanteur concerné », « chanteur citoyen » aussi. Sapho est engagement dans et par son œuvre, par la façon de la façonner, de l’habiter, de la vivre, de l’incarner. Elle est citoyenne du Monde, même si ce terme semble aussi déjà fatigué. Mais elle l’est vraiment. Citoyenne, pas fatiguée. L’Orchestre de Nazareth est composé d’un tiers musulman, d’un tiers juif. Le dernier, chrétien. « Nous vivons ensemble, nous faisons ensemble de la musique, nous faisons la paix avant qu’on nous l’accorde » dit-elle, sans étonnement, un peu étonnée que ça puisse faire parler, que l’idée soit si frappante qu’elle soit en elle-même information. Il y a quelques temps Sapho était à Ramallah. À Bagdad aussi, pour y présenter son livre Un très proche Orient. Notez que le «p» de proche n’est pas lettre capitale. Typographié ainsi il est simplement capital, qui nous dit l’infinie proximité de cet Orient. Sapho est enivrée d’Oum Kalsoum qu’elle a du reste interprété. Sa chanson est illustrée d’effluves orientaux gainés d’électro et de blues, de flamenco aussi. Fluide et naturelle : c’est la sienne, celle d’une juive marocaine, née à Marrakech, et française. Pas chanteuse arabe mais rockeuse, au moins dans l’esprit. Ça doit se savoir, depuis vingt-cinq ans qu’elle chante et hante nos scènes. On disait d’elle à l’époque qu’elle était «baroque n’roll». Sapho n’a pas fondamentalement changée, même si aucun de ses disques ne clone le précédent. D’ailleurs, personne vraiment ne l’a copie : il n’y a pas Sapho et usage de faux. Il y a elle, Sapho, une et unique, authentique et follement généreuse.

Tellement que Sapho semble – elle me pardonnera cette fâcheuse expression – sur tous les fronts. Par la sortie de son nouvel et formidable opus Universelle (rien que le titre lui va comme un gant), chez Frémeaux et associés. Par l’écriture d’un nouveau livre à La Villa Médicis à l’invitation de Frédéric Mitterrand, ex-locataire des lieux devenu depuis ministre de la Culture. Par son exposition Traits pour Traits à la Galerie Samuel, à Paris. Par la sortie de son libre de poésie Guerre, words y Plato aux Editions de la Différence. Par des concerts à l’Institut français à Londres. Par trois concerts complets aux Trois Baudets avec des invités tels que Dominique A, Los Ondas Marteles & Jean Guidoni. Par plusieurs lectures publiques en France comme à l’étranger dans les mois à venir. Et par un autre concert encore, forcément d’exception, au New Morning, Paris 10e, ce 30 janvier.
Sapho sera par ailleurs au concert de soutien au quotidien L’Humanité au Bataclan le 1er février.

Une réponse à Sapho et non usage de faux

  1. Nicole 8 mai 2010 à 11 h 23 min

    je réécoute mes vieux vynils, ma jeunesse, et surtout Sapho: quel talent, Harry, quel ouest terne, les gris du ciel, et j’en passe..chansons intemporelles; chansons poétiques, parfois pleine d’humour,et d’autres
    « engagées »; chansons arabes, immense diversité de son talent;
    et au secours !!! que les Bénabar et autres Calogéro se prosternent devant la dame, et la laisse s’exprimer sur les ondes, nombreux sont ceux qui l’aimeraient mais ne la connaissent pas. Mieux vaut dans ce pays ne pas avoir trop de talents..Sapho écrivain : « il préférait la Lune » un très beau livre, le livre de paul coello (ça ne doit pas s’écrire comme ça..) lui ressemble mais en beaucoup moins bien..mais Sapho fait malgré tout son « bonhomme de chemin » sans un réel appui des médias, voilà c’était pour ajouter mes louanges aux vôtres. Cordialement,

    Nicole

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