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La corrida, les deux oreilles et la queue

C’est la cata pour les aficionados amateurs de combats sanguinolents. C’est la Catalogne qui, faisant fi de joutes politiques, des bas calculs électoraux, vient de s’affranchir de la corrida, deuxième région espagnole à bannir cette pratique ancestrale et cruelle qu’on justifie par la tradition. La tradition a bon dos et le taureau le dos large pour y planter nos charmantes banderilles… Petite revue non de presse mais en chansons de ce « sport » en habits de feu qui, parfois, souvent, prélève les deux oreilles et la queue. Ce sont les toreros, bientôt au chômage, qui ont d’ores et déjà la queue en berne. Ça va désormais bander mou dans les arènes…

Corrida, la fin du fin ! (photo DR)

Et quand, pour le suprême effort
Le dernier co
rps à corps
Soudain s ‘ élèvent
Les notes brèves sonnant la mort
Jetant au loin sa montera
Le matador s’en va l’âme virile
D’un pas tranquille
Seul au combat
Et pour mieux souligner ses exploits
Tout le cirque entonne à pleine voix

Luis Mariano, Olé Torero, 1947

Les arènes gonflées d’une foule en délire
Regorgent de couleurs et d’âpre envie de sang
Il y a des soupirs et des éclats de rire
Et des épées pointues comme des cris d’enfants
On y vend des serments, des enjeux et des âmes,
Des cacahuètes, des jus de fruits et des drapeaux,
Des chapeaux de papier dont se parent les dames
On y vend de la mort noire comme un taureau

Gilbert Bécaud, La Corrida, 1956

Est-ce qu’en tombant à terre
Les toros rêvent d’un enfer
Où brûleraient hommes et toreros défunts
Ah!
Ou bien à l’heure du trépas
Ne nous pardonneraient-ils pas
En pensant à Carthage, Waterloo et Verdun, Verdun.

Jacques Brel, Les Toros, 1963

La Corrida, Pablo Picasso, 1959

La bête a eu raison
De ta fière prestance
Elle a sali ton nom
Elle a ruiné ta vie
Ta merveilleuse allure
Et ta fière arrogance
Sont tombés dans la sciure
Et le sable rougi

Charles Aznavour, Le Toréador, 1964

Allons laissez-moi rire
On chasse on tue on mange
On taille dans du cuir
Des chaussures on s’arrange
Et dans les abattoirs
Où l’on traîne les boeufs
La mort ne vaut guère mieux
Qu’aux arènes le soir

Jean Ferrat, Les Belles étrangères, 1965

Et si la reine tue ses amants
Comme l’arène tue ses taureaux,
Je crèverai vaillamment
Avec du miel aux naseaux!
On se souviendra de mon sort
Peut-être, deviendrai-je un mythe
J’ai rêvé d’un taureau mort
Sous une pluie de marguerites…

Claude Nougaro, Petit taureau, 1967

La corrida n’a pas lieu.
Le matador est amoureux
Et l’amour… et l’amour…
{Le taureau n’a pas tort}
Et l’amour… et l’amour…
Ça vaut mieux que la mort.

Michel Sardou, La Corrida n’aura pas lieu, 1970

L’habit de lumière
Dont tu m’as couvert
Tu le souilleras
Mon sang coulera
Et tu me feras
Mordre la poussière
Et tu me verras
Embrasser la terre
D’Andalousia oh oh oh…

Renaud Hantson, Corrida, ?

Je ne vais pas trembler devant
Ce pantin, ce minus !
Je vais l’attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleil
Ce soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles

Francis Cabrel, La Corrida, 1994

7 Réponses à La corrida, les deux oreilles et la queue

  1. Melmont 28 juillet 2010 à 13 h 08 min

    Il y a aussi la chanson « Heureusement qu’il y a les taureaux » de Christine Sèvres

    Réponse : Merci ! Si vous ou un autre lecteur en avez les paroles, on complétera…

    Répondre
  2. Serge LLADO 2 septembre 2010 à 16 h 42 min

    Salut Michel !
    A la recherche de chansons parlant de la corrida pour ma nouvelle rubrique du vendredi « Chansons polémiques » (sur des sujets qui fâchent), je suis arrivé sur ton blog où je viens me ressourcer de temps en temps. Ton article et même la suggestion concernant Christine Sèvres vont pouvoir m’être très utiles. Je vais tenter (à moins d’être coupé au montage) de te remercier dans ma chronique.

    Amitiés

    Serge

    P.S. On se voit le 29 Septembre, je suppose, aux Trois Baudets avec Fred et Mauricette, non ?

    Répondre
  3. vesa 23 juillet 2011 à 19 h 43 min

    Parmi les auteurs et/ou interprètes ci-dessus cités, il faudrait préciser lesquels sont des « aficionados », lesquels n’en sont pas, parce que certains textes prêtent à confusion.
    Mariano en est un, bien sûr ; Nougaro en est un aussi (du coup il devient immédiatement beaucoup moins poète) ; Ferrat en est un autre (il y perd aussi beaucoup de sa poésie !), mais qu’en est-il de Bécaud, d’Hantson ?
    Savoir cela permet de savoir tout de suite à qui l’on a affaire, un pervers ou un artiste.

    Répondre
    • Norbert Gabriel 22 septembre 2012 à 9 h 35 min

      j’arrive un peu après la bataille, pour ajouter un mot, sur Bécaud,:sa chanson « La corrida  » n’est pas un plaidoyer pour ou contre, c’est une fresque espagnole, comme aurait pu l’être un tableau de Picasso ou de Chagall.
      Le hasard a fait qu’en 1956, j’ai assisté à une corrida dans les arènes de Madrid, et puis quelques mois plus tard à Vichy, dans une arène improvisée, je suis ressorti de la seconde profondément écoeuré, alors que dans la première à Madrid, dans les arènes romaines, il y avait une dimension épique et grandiose, que décrit très bien Bécaud, de plus dans une arène romaine on voit ça de loin, il y a une distance, il y a 2000 ans d’histoire, à Vichy, il n’y avait qu’une boucherie immonde.
      C’est subjectif, je sais, néanmoins mes 3 chansons emblématiques, ce sont « La corrida » « les belles étrangères » et « la corrida » de Cabrel, sans doute une des plus belles idées de chanson dans ce domaine.

      Répondre
  4. pinou 30 juillet 2011 à 11 h 46 min

    Renaud, « Rouge Sang »(26) :

    Entre ce sang qui coule sur le sable de l’arène
    Et fait vibrer la foule barbare, inhumaine

    Ce sang rouge qui jaillit
    Comme l’eau des fontaines
    Du taureau accroupi sous l’acier madrilène

    Et puis le sang versé hier à Tienanmen
    Qui a éclaboussé vos mémoires et la mienne

    Comme une étrange ressemblance
    Même douleur, même peine
    Comme une étrange ressemblance
    Même couleur, d’où qu’il vienne

    Réponse : Merci pour l’ajout ! MK

    Répondre
  5. Marc 30 août 2013 à 8 h 10 min

    Je suis consterné, je viens d’apprendre que la corrida risque d’être réintroduite en Catalogne, par décision nationale espagnols. en inscrivant la corrida au patrimoine culturel, plus personne ne peut s’opposer à l’oragnisation de cette barbarie. Ni le maire de Barcelone, ni les autorités catalanes… Des pays d’amérique du sud font de même, autrement dit, les clubs taurins et les afiocs font absolument ce qu’il veulent, même si le peuple en a décidé autrement !
    Cela devient très grave…

    Répondre
  6. Danièle Sala 30 août 2013 à 12 h 36 min

    Je propose une manif de taureaux dans les rues de Barcelone ! olé !

    Répondre

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