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Nano, le soufflet qui décoiffe

Depuis bien trente ans, qu’il soit diatonique ou chromatique, l’accordéon ne cesse de regagner du terrain. Par la chanson principalement. Là, Arnaud Méthivier, dit Nano, le réinvente complètement. Magique ! Souvenirs de deux apparitions au festival Les Oreilles en pointe.

Archive. A force de hanter les concerts, mon ami Florin est d’un jugement sans pareil : « Vu le brouhaha dans le hall, tu peux dire que le public a aimé Nano » qu’il me dit. Vu la qualité d’écoute aussi, durant le temps, magique car suspendu, de l’éblouissante prestation d’Arnaud Méthivier.
« Je m’appelle Nano et je crée de la musique pour nous » nous avait-il annoncé, en guise de présentation, avant de se lancer dans une musique grand écran, panoramique, qui prend le large, qui insuffle les grands espaces : c’est ça, oui… d’abord très cinoche, b.o. de succès pas encore faits, de films d’anthologie pas encore venus, pas encore tournés, pas encore pensés. Son art est fait de cette âme-là. Il nous fait voyager d’un plateau l’autre. Là, c’est space, là c’est western qui chevauche dans de vastes prairies ; là c’est grandiose, et là intimiste voire intime. Il y a en Nano le spleen des grands espaces et le désir de recoins. On a envie de même lui coller des noms de ceux avec qui il aurait pu collaborer : des Ford et des Kubrick, des Beinex. Carné peut-être, plus pour le piano à bretelles, encore que… Par le seul soufflet de son Piermaria il y a du monde. Là y transite une gigantesque mémoire, un peu du passé et du devenir du monde. Et le précieux silence de cette salle pleine comme un œuf, qui elle retient son souffle. Un ange passe.
« Doucement, la vie se noue / Doucement, sans faire de bruit / Une fée invite alors / A danser sur l’aurore. » Nano chante peu, mais chante. De toutes façons, il enchante comme peu savent le faire. C’est étrange, envoûtant, captivant. Il se barre dans des trucs pas possibles, explore les genres, fait le pont entre les musiques, du trad’ au rave, d’un presque Klaus Nomi et d’un déjà Deep Purple. Psychédélique parfois…
Nano n’a pour instrument que cet accordéon et de petites percus rivées aux talons. Seul, il emplit, il remplit la salle, la borde d’une chape sonore, se son univers protéiforme. On ne subit pas sa musique : on savoure le son de l’instant en attendant celui d’après. Quelles audaces se permettra-t-il encore ? Le visage de l’accordéoniste est expressif, qui raconte autant que son voyage. « Une nuit dans un rêve / J’ai vu ce qu’est la vie » chante-t-il. Et nous rêvons.
Qui n’a pas vu, qui n’a pas entendu Nano ne peut savoir. Qui ne voit en l’accordéon que la caricature que d’aimables Verchuren en ont trop souvent donné ne sait définitivement rien de cet instrument. La preuve.
Nano échappe à toute logique. Et séduit au-delà de tout. Son succès n’a rien à voir avec la politesse, ne connaît pas le hasard.

La « nanosphère  » d’Arnaud Méthivier.

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