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Aubercail 2013 : Bel Hubert, le bonheur est dans le pré

Bel Hubert (photo d'archives prélevée à la toile - DR)

Bel Hubert (photo d’archives prélevée à la toile – Lauren Pasche)

Son pote Sarclo (qui l’a rejoint sur scène à la fin de son set), tout aussi helvète que lui, est persuadé que NosEnchanteurs n’égratigne personne, que Kemper trouve tous les chanteurs très bien. Que nous sommes toujours gentils. On prouve le contraire ? Chiche !

Voici Bel Hubert, chanteur et garagiste jurassien, porté par son accent, beau comme un tracteur tout neuf dans sa seyante salopette. Ses chansons sentent bon l’odeur de la campagne (c’est pas de l’humour de ma part, j’aime autant l’odeur des primevères que celui du purin). Culture et agriculture, donc. Lui fait entre l’étable et le pâturage, presque « Le bonheur est dans le pré ». Considérant le prestige des guitaristes auprès des dames, Bel Hubert a toutes ses chances. De plus, il a la patate : « J’ai attrapé le démon de midi / Par une marchande de pommes de terre / J’en rêvais d’elle du soir au matin / En frites, en purée ou en gratin. » Même si on décèle, ici et là, furtivement, la promesse (rarement tenue) de textes de plus haute tenue, Bel Hubert excelle dans un humour lourdingue, ras des pâquerettes. On pourrait le rattacher à une famille d’humoristes de la chanson, entre Ricet Barrier et Wally, mais il est pas sûr qu’il en ait la poésie et le talent, sauf à tout considérer au 35e degré, au 36e dessous.

On peut aimer (mon voisin de table m’a juré, ému, que Bel Hubert c’est du rimbaldien !) mais trop de propos fonds de culottes et rase-bitume lassent vite. Même si le bel Hubert convoque Dimey (« Ma sœur avait un cul quasiment historique »), il est loin d’en être l’égal. Lui c’est du « Quand l’goéland se gratte le gland / Tra la la la lère / C’est pas vraiment pour le beau temps / Quand l’goéland se gratte le cul… » Limité. Contrairement à l’Amélie et ses crayons qui suivent, Bel Hubert ne fait définitivement pas dans la dentelle. Sauf une fois, quand il chante « Et moi sur le bord de l’espace / J’écoute passer le temps qui passe / Dans un univers qui fout le camp / Je fais des boulettes avec le vent / Cueillir et puis manger des cerises / Et s’embrasser derrière la remise / Voyager sur des cerfs-volants / Plus loin qu’avant… » : là se pointe le talent qui, à tout prendre, vaut mieux que ses histoires de vache et de cul qui tombent l’une d’un arbre, l’autre d’une chaise, ou son Je pète, chanson sur les tuyaux dont il espère sans doute faire tube.

Le site de Bel Hubert, c’est là.

 

6 Réponses à Aubercail 2013 : Bel Hubert, le bonheur est dans le pré

  1. Norbert Gabriel 26 mai 2013 à 1 h 27 min

    Tiens, Ricet-Barrier, puisqu’on en parle, on n’est pas dans la même catégorie, ou la même classe, témoin ce bijou, dédié aux saltimbanques… et ça swingue …
    http://www.youtube.com/watch?v=lQlEhEp_PQA

    Quant à aimer tout le monde, suffit de voir tout ce dont on ne parle pas pour esquisser une approche de nos goûts, n’est-ce-pas? Ce qui n’est pas une vérité absolue non plus, pour ma part, j’ai rien fait sur Léonard Cohen, et pas non plus sur Billie Holiday, ou sur Vissotski, et pourtant ils sont dans mon Panthéon musical.

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    • Michel Kemper 26 mai 2013 à 9 h 27 min

      L’ami Sarclo a un peu raison. Nous préférons, c’est vrai, parler des gens que nous aimons plutôt que des autres. Mais il y a tellement de chanteurs et de groupes qu’on ne peut non plus parler de tout le monde : il ne faut donc pas conclure trop vite que, parce qu’untel n’a jamais eu d’écho sur NosEnchanteurs, il n’y est pas aimé. C’est comme ces disques qui s’entassent par piles et dont il nous est impossible de tous chroniquer… De façon générale, et comme le dit souvent notre ami Fred Hidalgo, de Chorus, nous préférons la « pédagogie de l’enthousiasme » : faire partager notre plaisir plutôt que de casser. Il n’y a vraiment qu’en scène, là où vraiment s’exerce la chanson, et uniquement pour des artistes confirmés, que nous nous permettons parfois d’aiguiser et de sortir nos griffes, en général avec modération et toujours avec honnêteté.

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  2. Danièle 26 mai 2013 à 9 h 53 min

    J’aime bien  » Joli foutoir » avec Yves Jamait . Ceci dit , tiens, je vais passer à Amélie …Et merci pour  » Putain de métier » !

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    • Norbert Gabriel 26 mai 2013 à 10 h 22 min

      en effet, mais .. « Joli foutoir » c’est du Sarclo… et du bon..

      Nous chantons avec les sans gloire
      Quelque vieille chanson qui s´englue
      Dans l´armure de votre mémoire
      Dans l´armoire de notre âme émue
      Si nous pouvions vous émouvoir
      Ça nous en foutrait plein la vue
      Si c´est la fin du répertoire
      C´est qu´hélas, les repères tuent

      http://www.youtube.com/watch?v=osmDWsXHL5g

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  3. Norbert Gabriel 26 mai 2013 à 11 h 30 min

    PS: ne lui répétez pas, mais il y a beaucoup de chansons de Sarclo que j’aime beaucoup.. (presqu’autant que celles de Frédéric François, private joke suisse)

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  4. Norbert Gabriel 26 mai 2013 à 15 h 45 min

    Sur « la pédagogie de l’enthousiasme » de Chorus: c’est un principe qui me plait bien, mais étant donné l’air du temps, sur un plan économique par exemple, mieux vaut être un désenchanté option langue de pute, pour faire son beurre dans la presse. C’est plus payant de balancer des vacheries (par tweet si possible) que d’être le ravi de la crèche qui s’émerveille de beaux spectacles.
    La bonne santé économique de la presse trash pipole, ça donne à penser. Au lieu de ramer en action bénévole, un peu de mercenariat lucratif…
    Pour ne plus être l’enchanté du bocal, une cure peut s’envisager, une semaine d’albums médiocres, quelques spectacles bien mauvais, pour exercer son talent de plumitif aigri, et faire un peu de buzz… Une semaine, pas plus, faut pas déconner non plus et se gâter le foie et le teint avec un excès de bile, mais est-ce bien raisonnable?

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