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Ottilie [B], une sorcière pas comme les autres

Ottilie [B] (photo Rodolphe Julienne)

Ottilie [B] (photo Rodolphe Julienne)

21 mars 2015, Festival Avec le Temps, Marseille, première partie de Jeanne Cherhal,

 

Si vous ne la connaissez pas encore, Ottilie [B] (B pour Bouchareu), c’est un peu Esmeralda, une belle fille pulpeuse plantée sur ses pieds nus, de longs cheveux frisés, une robe rousse fluide, manches aux coudes, ourlet aux genoux, décolletée mais pas trop, l’essence de la féminité. Il ne lui manque que la chèvre aux cornes d’or, elle a déjà le tambourin, la guimbarde et l’assurance effrontée.

Entourée de deux jeunes musiciens multi-intrumentistes, guitare et synthé au départ, elle démarre sur une note nasale : « ce n’est que la peur, sur les mots (…) et je peine à me dévoiler. »

D’emblée dans cette assistance, pour l’heure sagement assise sur de durs fauteuils de bois à peine rembourrés d’une galette rouge, le silence peu habituel à l’espace Julien se mue en un état proche de l’envoûtement : une tension qui vous prend à la gorge et vous mouille les yeux.

Car Ottilie [B] est une belle sorcière, une magicienne des mots et des sons, dans une alchimie qui n’appartient qu’à elle, mêlant les onomatopées et les vocalises, modulations ou stridences, les voix de gorge et de tête, les sons gutturaux, les bourdons ou les fréquences décalées dans un complexe chant diphonique hérité du fond des âges. On pense aux polyphonies baroques, aux chants traditionnels inuits haletés et gutturaux, aux voix bulgares, sardes ou mongoles, ou même aux scats des jazz-women ou aux beat box. Elle-même, aux origines métissées (Kabylie, Mongolie, Italie…), se réfère aux chants tuvas de Haute Asie mais semble avide d’expérimenter sans cesse de nouvelles sonorités.

A ces chants qui ne sont au départ que des sons à capella, elle mêle des phrases singulières et ensorcelantes : « L’automne m’étonne toujours et surprend, le vent silencieux pousse à mourir un peu », « Le temps trace et laisse son tic-tac dans les flaques », « Je n’ai pas pied / Je coule en sables émouvants », « Donne tes ailes que j’me les colle », s’adresse à Marseille, (« Toi t’es toi / Toi t’es qui / T’es toi »),vous raconte des Histoires d’O mystérieuses et audacieuses, rajoute des instruments acoustiques ou électriques, anciens et modernes, avec Didier Simione aux machines/clavier/basse et Christophe Charlemagne à la guitare électrique/basse/bendir/clarinette alto/clavier. Et n’hésite pas à mélanger le sampler aux instruments traditionnels, l’accordéon dont elle joue elle-même aux guitares ou aux cuivres.

Ottilie [B] c’est aussi une mise en scène, une poupée automate qui s’« offre des vacances sur la côte », une maîtresse aux deux fouets qui décrivent des cercles, (« je déborde de la cage, je suis une autre »), une danseuse. Elle fait participer le public au bourdon, « sort ses crayons de colère pour barbouiller blanc sur rouge » et reprend Madame rêve de Bashung… Ça n’a jamais été aussi vrai ! Une première partie qui dure une heure, qui plus est aussi ovationnée, ce n’est pas courant. La chanteuse d’après la remerciera d’avoir ainsi chauffé la salle… Ce fut bien, bien plus que ça.

Le site d’Ottilie [B], c’est ici : https://ottilieb.wordpress.com/ ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

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Une réponse à Ottilie [B], une sorcière pas comme les autres

  1. Danièle Sala 28 mars 2015 à 23 h 21 min

    En relisant les articles précédents sur Ottilie B , et celui là, je vois qu’elle en a envoûté plus d’un , et je crois que pour vivre cette magie à fond, il faut la voir et l’entendre sur scène .

    Répondre

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