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La Maison Tellier : il était une fois dans l’ouest

La Maison Tellier (photo d'archives Sarah Desti)

La Maison Tellier (photo d’archives Sarah Desti)

24 mars 2015, Festival L’air du temps, Espace Julien à Marseille,

 

Il règne sur scène un fort parfum de testostérone, avec cette fratrie à la Dalton où la seule présence féminine serait une Ma dépassée par ses fils et seulement évoquée, atmosphère de western viril et barbu ou d’aventures épiques sur l’océan (la sirène de Love Boat est… un homme). Les femmes n’y jouent d’ailleurs aucun rôle, à part dans Mauvais coton où l’amour est difficile (« On s’est souvent piqué sur un fuseau dans un palais ») mais parfois salvateur (« Et quand je marchais dans le noir / C’est ta main accrochée au fil qui m’a sauvé de mon exil »), à moins qu’elles ne soient les pensionnaires du bordel de La chambre rose, telles celles de la Maison Tellier de Maupassant.

Ils sont de l’ouest, normands de Rouen, inspirés par le folk britannique et américain, mais ils ont peu à peu abandonné les paroles anglaises des premiers albums pour des titres très majoritairement en français – deux airs seulement sont chantés (parfaitement) dans la langue de Shakespeare par Helmut, prof d’anglais dans le civil. Ils ont aussi laissé la pure ballade folk pour une chanson à texte de plus en plus engagée, nous parlant d’un monde au bord de la catastrophe, à moins qu’il ne soit déjà trop tard.

La musique a phagocyté le blues du prêcheur jusqu’au free de Mingus, le rock lourd et folk de Led Zep, le trip du Maghreb, le planant de Pink Floyd, pour aboutir à un rock français luxuriant et profond qui peut parfois évoquer Noir Désir.

Même si Helmut, le chanteur aux beaux attributs pileux, nous les présente tous sous le nom de Tellier, y compris les techniciens, la fratrie n’est que musicale. Helmut, c’est Yannick Marais aux textes, et Raoul, barbu aussi, c’est Sébastien Miel à la musique (simple duo à l’origine).

Riche de ses guitares sèches, archtop ou électriques et banjo (Raoul), basse électrique ou contrebasse violonée (Alphonse), trompette, bugle et autres cuivres résonnant au fond des bois (Léopold), batterie pulsative (Alexandre), la musique vous entoure, vous fait vibrer ou danser, vous sature au point de couvrir parfois la voix pourtant puissante d’Helmut, qui s’accompagne souvent lui-même à la guitare.

Et c’est là le petit problème, propre à beaucoup de groupes actuels : on ne comprend plus le texte. Le rythme est tel qu’il fait lever un public interpellant Raoul ou Helmut comme s’ils avaient gardé les vaches ensemble. Mais sans rien entendre du propos, à moins qu’il ne le connaisse déjà par cœur : « A quoi sert notre venue / Oh dansez dansez / Tout est perdu », « J’entends déjà sur la plaine, le vol noir de jais / Toujours les corbeaux reviennent / Signé un bon français »…

Car le message est sombre, très sombre sous les rythmes envoûtants, même dans Les beaux quartiers « L’homme est un animal de bien mauvaise compagnie. » Le rappel, chanson à venir sur un futur album, nous parle lui-aussi de crise, de guerre, de catastrophe. Qui suit un dernier chant, en anglais, presque a capella, retour au blues des chants de prière américains. Ne nous reste-t-il qu’à prier ?

 

La page facebook de la Maison Tellier, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là
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2 Réponses à La Maison Tellier : il était une fois dans l’ouest

  1. Danièle Sala 30 mars 2015 à 22 h 08 min

    Des chanteurs et musiciens debout sur le bord d’un volcan, dans la rumeur assourdissante d’un monde qui explose . Le message est sombre, mais ils l’exorcisent par leur chant incantatoire . S’il suffisait de prier …

    Répondre
  2. catherine Laugier 23 avril 2016 à 17 h 51 min

    La vidéo illustrant l’article étant devenue privée, voici le lien pour le clip officiel de « Sur un volcan » dont le succès montre la popularité du groupe dans le créneau des artistes reconnus par leur public et aussi par certains médias comme la radio, mais pas « starifiés » et c’est tant mieux.
    https://www.youtube.com/watch?v=RLOQCqGKVt8

    Ce titre vient d’être repris en hommage par Louise Attaque :
    https://www.youtube.com/watch?v=31UI1ai6PLY

    La maison Tellier est actuellement en tournée partout (sauf à Castelsarrazin) avec son nouvel album « Avalanche ». Il vient de se produire à Pézenas au Printival.

    Répondre

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