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Raphael, en cœur et en chœur

RAPHAEL Somnambule 2015Des albums peuvent vous séduire dès la première écoute, quitte à vous lasser aussi vite. D’autres en nécessitent plusieurs avant qu’ils ne vous accrochent… Somnambules, de Raphael fait partie de la seconde catégorie. Super-Welter m’avait séduite avec son côté tourmenté à la Daniel Darc-Alain Bashung, la voix plus adulte ; je ne retrouve rien de cet esprit en ces chorales d’enfants et ces la la la, ces comptines répétitives, messages bizarres pas toujours très audibles, déprimante atmosphère.

Puis j’ai ouvert mes oreilles à ces chœurs pas du tout conventionnels, ces cordes qui se distordent parfois, ces tambours qui battent comme un cœur dans la chanson titre, ces voix d’enfants qui enflent, engloutissent celle de Raphael, la porte. Même s’il dit, lui, à son fils fragile « Je te porte sur mon dos /Je peux sentir tes os. »

Car rien d’innocent dans ces histoires d’éternelles bagarres, « Tu t’es pris une raclée (…) Tu es un homme à présent, on ne montre jamais rien. » Les enfants sont ici à la fois pervers et naïfs, victimes et bourreaux.

Après avoir joué le rôle du père, il incarne souvent le fils, seul à s’entraîner à écrire dans le noir un Samedi soir, « le nez en sang, la paupière noire. » Ou malade, voix douce et plaintive dans ce poème de Jules Laforgue, rebaptisé Maladie de cœur (déjà interprété avec force sur une autre musique par Catherine Sauvage).

Voici cette voix d’enfant samplée toute en échos sur un court morceau, Primaire qui vous interpelle à nouveau, de même que le Chant d’honneur de Samuel Benchetrit avec un « couteau dans le dos », ses halètements, son rythme fiévreux, sur fond de cris de récréation.

Des accents parfois de Polnareff dans Tous mes petits enfants ; beaucoup de nostalgie dans Si jamais je nais demain où les ailes, en écho à la brève Par ici les ailes d’oiseau uniquement interprétée par les voix d’enfants, semblent peu à peu lui pousser dans le dos, tirées par les chœurs qui s’amplifient…

Final sur le balancement d’Eyes on Island, sur fond de mmm et de chœurs en anglais, qui nous emporte vers la mer…

L’album a été enregistré dans des conditions proches du direct avec les voix d’une classe de CM2, afin de garder un aspect naturel, voire imparfait nous confesse Raphael. Les musiques ont été composées avec David-Ivar, de Herman Düne, groupe pareillement attaché à la spontanéité des enregistrements.

Doit-on reprocher à Raphael de passer derrière le chœur d’enfants ou saluer l’osmose obtenue ? Se réjouir de l’atmosphère burtonienne ou se désoler d’un opus pessimiste ? Déplorer quelques chansons oubliables de ce treize titres ? Un essai pas complètement transformé, mais de belles surprises dans cet album qui déroutera les amateurs des précédents mais se révèle, à l’écoute, entêtant, addictif.

 

Raphael, Somnambules, Play One, 2015.

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2 Réponses à Raphael, en cœur et en chœur

  1. Danièle Sala 15 mai 2015 à 9 h 39 min

    Ce qui est paradoxal, c’est que Raphaël sort grandit de cet album , la voix plus adulte, comme Aymeric Caron je pense à Yves Simon, et les imperfections de l’album ajoutent à la spontanéité et à l’émotion . Mais je n’ai écouté qu’une fois sur Deezer, et pas encore saisi toutes les nuances .

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  2. catherine Laugier 15 mai 2015 à 20 h 47 min

    Raphael tout seul en acoustique dans Samedi soir :
    https://www.youtube.com/watch?v=NRQktoJ42GA
    dans Eyes on Island (Gaëtan Roussel) :
    https://www.youtube.com/watch?v=GF__5PocctU
    dans Sur mon dos :
    https://www.youtube.com/watch?v=CVwaqYhpqCY

    Les chansons sont ici plus épurées, sans leur accompagnement de voix d’enfant, mais elles tiennent la route, qu’en pensez-vous ?

    Répondre

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