Barjac 2015. Bernard Joyet, le verbe haut et le blasphème | NosEnchanteurs

Barjac 2015. Bernard Joyet, le verbe haut et le blasphème

Bernard Joyet, Barjac 2015 (photos Catherine Cour)

Bernard Joyet, Barjac 2015 (photos Catherine Cour)

Rien que le livret intérieur… Quarante-huit pages, bon poids de mots et d’arguments, jolie typographie qui plus est. Voici le retour de l’AutodidActe, son tome deux. En un cédé de dix titres nouveaux. Et un dévédé du récital (enregistré au Forum Léo-Ferré d’Ivry-sur-Seine, en janvier dernier) qui les contient, eux et quelques titres des précédents opus, du premier AutodidActe comme de plus anciens encore, des grands classiques : Vingt ans et On s’ra jamais vieux.

00Du futile au copieux, du distrayant au plus impliqué, derrière le mot Chanson se cachent bien des réalités. Aucun art, que je sache, n’échappe à ces grands écarts. Si on peut chipoter, railler même, le terme de « chanson à texte », force est d’en faire usage quant à celles de Bernard Joyet, qui regorgent de mots comme une panse bien pleine qui vient de faire bombance.

Sorti juste avant les congés, ce nouveau Joyet ne sera pas forcément votre disque de l’été, dans votre iPod, sur la plage : vous ne danserez pas dessus. Mais il sera toujours là dans des années, comme une des plus belles contributions à la chanson, quand celle-ci sait se faire intelligence, qu’elle ne flatte pas vos oreilles par des rengaines éculées et faciles mais les instruit, les distrait, leur offre ce qu’elle a de mieux.

A la voix de Bernard Joyet associons sans retard celle de Nathalie Miravette, sa pianiste qui ne sait plus n’être qu’instrumentiste. Depuis qu’elle a goûté au vedettariat en chantant Cul-cul dans le micro, elle ne se limite plus aux touches : elle touche à tout et pose sa voix, son humour, son impertinence dans les chansons de son boss, qu’il construit à dessein pour ce destin.

AUTODIDACTE II AU CHÂTEAU Session de rattrapage pour ceux qui n'ont pas (encore) acheté le CD-DVD Autodidacte II : la cour du château de Barjac. Plus venteux mais plus vaste et plus coloré que le forum Léo-Ferré ! Bernard Joyet y est chez lui. Il s'y installe et fait son show ; le public de connaisseurs lui renvoie répliques et applaudissements. Nathalie Miravette accomplit des miracles de rythme et de dextérité. C'est une "cucul-mularde" de grand luxe, aussi capable de chanter que de jouer merveilleusement bien du piano. Belle soirée sous la lune et les étoiles. CATHERINE COUR

AUTODIDACTE II AU CHÂTEAU
Session de rattrapage pour ceux qui n’ont pas (encore) acheté le CD-DVD Autodidacte II : la cour du château de Barjac. Plus venteux mais plus vaste et plus coloré que le forum Léo-Ferré ! Bernard Joyet y est chez lui. Il s’y installe et fait son show ; le public de connaisseurs lui renvoie répliques et applaudissements. Nathalie Miravette accomplit des miracles de rythme et de dextérité. C’est une « cucul-mularde » de grand luxe, aussi capable de chanter que de jouer merveilleusement bien du piano. Belle soirée sous la lune et les étoiles.
CATHERINE COUR

Enregistré les 9 et 10 janvier 2015, pile entre un massacre et quatre millions de gens dans les rues, ce disque, hasard et constance, est succession bienvenue de blasphèmes à l’adresse de ces « dieux [qui] sont panacée de frustrés de cocus. » Tant qu’il se permet même l’analyse littéraire, historique et artistique de la Bible, en dix couplets, cent-vingt alexandrins : « On peut y déceler quelques invraisemblances / Mais l’intrigue est complexe hérissée d’inventions / Et tout bien réfléchi ça n’a pas d’importance / C’est le lot habituel des romans de fiction. » Encore un qui ne sera pas autorisé à chanter dans une église, même s’il a tout compris ! C’est l’éloge de la liberté de dire, de penser, de chanter. Faudra le dire aux extrémistes de toutes religions ; ça fera de la pub à Joyet si on met son disque à l’index. Dedans, c’est aussi beaucoup de colère et de désillusion (« Le sondage aux moutons la parole aux roquets / Et le vote aux pigeons et la presse aux laquais » ; « On embrouille / Dans la trouille / L’électeur ») chantées avec l’élégance que signe un grand art. Avec aussi la précision non d’un historien, mais de quelqu’un qui fait de la chanson ce que la chanson a toujours fait : consigner l’air du temps, transcrire et chanter son époque. Etre un témoin, un chroniqueur, un passeur de nouvelles. Avec, en ce qui le concerne, un talent dont peu de ses confrères peuvent se targuer. On vous en reparle au troisième tome.

 

Bernard Joyet, AutodidActe II, Label épique 2015. Le site de Bernard Joyet, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est làImage de prévisualisation YouTube

11 Réponses à Barjac 2015. Bernard Joyet, le verbe haut et le blasphème

  1. Danièle Sala 27 juillet 2015 à 22 h 49 min

    Au forum Léo Ferré, sous les étoiles à Barjac, ou même à Blanzat où je l’ai vu pour la première fois, partout où il est passé avec la malicieuse et talentueuse Miravette, le public lui a fait un triomphe mérité ! Et, mais si, j’ai amené Autodidacte II en vacances , et je l’ai écouté encore ce matin, même que les voisins en ont profité !

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  2. Gabriel Brillard 28 juillet 2015 à 18 h 02 min

    Je ne suis pas un habitué de Barjac, j’aime la bonne chanson, sans être un mordu complet. J’ai découvert Bernard Joyet et si j’ai apprécié ses textes, en tout cas ce que j’ai pu en saisir, car la densité du vocabulaire est impressionnante, par contre j’ai trouvé son jeu sur scène des plus déplaisants. Des mimiques excessives, une gestuelle outrée, limite ridicule et une façon de cabotiner très agaçantes. J’ai été étonné que le public qui a la réputation d’être exigeant soit si enthousiaste. Ce monsieur semble avoir un égo démesuré, alors qu’il est simplement lourd. Quel dommage que ses grimaces et sa présence envahissante laissent dans l’ombre sa pianiste, beaucoup plus distinguée.

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    • Norbert Gabriel 29 juillet 2015 à 10 h 43 min

      Alors là, les bras m’en tombent presque … mais pas les doigts. Je me demande ce que vous direz de Nathalie Miravette le jour où vous la verrez dans son désopilant spectacle extrêmement expressif … Qui est en grande partie né de « l’école Joyet »…
      Les artistes de scène, en général, sont sur scène pour faire du spectacle, et en effet il faut du courage, et de l’ego sans doute pour s’exposer, faire vivre des chansons. Vous évoquez des mimiques excessives ? Vous avez vu Brel en scène?? Une gestuelle outrée, vous avez vu Ferré ? Cabotinage … Montand peut-être ? Juliette Gréco, elle cabotine pas un peu selon vos critères? J’aime beaucoup les chansons de Françoise Hardy, mais en scène – car je l’ai vue en scène- on ne peut pas dire que ce soit l’étalon-or de l’expression scénique.
      De votre point de vue, je crains que la majorité des artistes chroniqués ici ne soient pas du tout votre tasse de thé, ou de tisane. Mais c’est pas grave, ce ne sont que des chansons, comme disait Brassens, lequel dans sa sobriété scénique reconnue, ne se privait pas de quelques touches de « cabotinage »… Histoire de faire vivre un spectacle de chansons….

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      • Gabriel Brillard 29 juillet 2015 à 16 h 54 min

        Je suis trop jeune pour avoir vu Brassens et Brel et Ferré autrement qu’en vidéo, mais il me semble que c’est votre comparaison qui est déplacée : on peut être expressif à l’excès sans répéter les mêmes ficelles tous les cinq minutes. Je suis désolé, mais vous citez des gens d’une autre époque. J’ai vu d’autres chanteurs le même jour à Barjac avec autrement plus de discrétion et au moins autant de talent : la jeune femme qui faisait sa première partie, en particulier, ou encore Roucaute qui fait un vrai spectacle sans gesticuler inutilement.

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        • Norbert Gabriel 30 juillet 2015 à 2 h 07 min

          Une autre époque ? J’ai pris quelques exemples de grands noms de la chanson, pour que ce soit plus significatif, c’est tout. Le spectacle vivant ne change pas vraiment sur le fond. Claire Elzière, qui faisait la première partie de Joyet est plus sobre, comme Nathalie Miravette quand elle fait son spectacle est totalement débridée, vous ne la reconnaitriez pas « en pianiste distinguée » ce qu’elle est, mais pas que… J’avais vu ce spectacle Autodidacte II quand il a été présenté et filmé, je n’ai pas eu l’impression de voir les mêmes ficelles toutes les 5 mn, mais chacun est plus ou moins sensible à ces effets de scène. Peut-être que ce soir là à Barjac, c’était différent…

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  3. Christian Camerlynck 29 juillet 2015 à 2 h 02 min

    Et moi je trouve que s’il n’avait ce que vous appelez ses mimiques, il manquerait quelquechose. Bernard crée un personnage, qui permet à Nathalie Miravette de crêer le sien. bernard Joyet est un grand auteur comme Michele Bernard, Anne Sylvestre etc et oui comme tout artiste il a un égo sinon il ne serait pas sur une scène, Vous pouvez ne pas aimer, mais sachez que Nathalie est en parfait accord avec lui. Cordilement

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  4. Odile 29 juillet 2015 à 11 h 20 min

    J’ai vu plusieurs fois Bernard Joyet sur scène, sans me lasser.
    Je n’ai pas vu dans sa prestation, de cabotinage ou de mimiques ridicules…
    Il sait manier l’humour et le sérieux avec beaucoup de talent.
    Et son jeu de scène avec Nathalie est un plaisir immense.

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  5. Clémentine Jouffroy 29 juillet 2015 à 12 h 36 min

    Chacun a sa manière d’interpréter les chansons sur scène, la personnalité de l’artiste s’exprime aussi par ce biais et le spectateur est libre de son ressenti et de ses émotions je vous l’accorde, mais vous vous trompez cher monsieur concernant l’égo démesuré de Bernard Joyet. Je vous assure que cela ne lui correspond pas du tout. Lisez ses textes, écoutez ses chansons puisque vous n’appréciez pas de le voir et vous découvrirez des trésors d’écriture, de culture, d’intelligence et de sensibilité.

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  6. André Leclerc 29 juillet 2015 à 12 h 37 min

    Ouh là l’outrage ! A faire tomber ce qu’il reste à la Vénus de Milo. Dire que Bernard Joyet en fait trop, qu’il cabotine ? Oui c’est vrai. Il est devant son public, acquis et captif, et il en fait des tonnes. Trop. Il me fait penser à Yvan Dautin : la précédente fois que je l’ai vu, c’était sur la même scène, avec les mêmes trucs, les mêmes ficelles de pur cabotin. On peut aimer le cabotinage, c’est un genre en soi. Devant un public autre que celui de Barjac, il faudra que Bernard Joyet se fasse plus en retenue, plus sobre, les trop grandes facéties devant amis intimes et fans n’ayant alors plus lieu d’être.
    Dans cette attente, cabotinons gaiement. Et vive Joyet !

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  7. Franck Halimi 30 juillet 2015 à 0 h 54 min

    Pour ma part, lorsque l’on met tous les ingrédients dans la balance, il m’apparaît que nous aurons juste eu l’immense chance d’avoir vécu ces moments en même temps : ce mec et cette mectonne sont des géants de la chanson.
    Et ce ne sont pas quelques effets ou mimiques de trop (chacunE peut, en effet, aimer ou pas le personnage) qui viendront peser pour noircir cette oeuvre immense et lumineuse…

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  8. Danièle Sala 30 juillet 2015 à 11 h 32 min

    Grave, bouleversant quand il chante les souvenirs de Maria, Un arbre, Bernard Joyet peut être tour à tour ironique, joyeux, insolent, ou tendre , en toute complicité avec Nathalie Miravette . C’est ça la chanson vivante sur scène ! C’est quelqu’un qui s’exprime avec ses tripes et son coeur, d’où les différentes expressions du visage, et les jeux de scène . Et laissons les « mimiques » à Louis de Funès !

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