CMS

Avignon off 2015. L’oubli des anges, danse pour l’éternité

(photos Catherine Laugier)

La Compagnie Interface (photos Maxime Lonfat)

22 juillet 2015 au Théâtre du Balcon, spectacle musical de la Compagnie Interface (prix du Public l’an dernier pour « Teruel »),

 

C’est tout à la fois du théâtre (sur un texte de Stéphane Albelda), un opéra (sur une musique et une mise en scène d’André Pignat) et un ballet chorégraphié par Géraldine Lonfat qui en est aussi la danseuse principale. Je l’avais repéré dans la programmation dans le style danse-théâtre, alors que sur l’affiche il est présenté comme opéra-danse du monde. C’est dire s’il est inclassable, et je tenais à vous en parler, la beauté n’ayant pas de frontière.

Le spectacle, déjà créé en 2013, présente la particularité d’offrir une version multiculturelle : le texte parlé présente une version en hindi, une en chinois, une en arabe, une en coréen, une en hébreu et une en anglais, en sus de la version française jouée du mercredi au dimanche. L’ange (il n’y en a qu’un sur scène) est interprété par des artistes invitées de différents pays, qui transforment le spectacle par leur gestuelle et le jeu des sonorités de leur langue au fil des jours. Nul besoin cependant de comprendre le sens des paroles pour comprendre le thème du spectacle, juste se laisser porter par ses sensations et ses émotions.

(photo Maxime Lonfat)

Il convient d’apprivoiser la mort pour apprendre à vivre

Le sujet : la mort. N’ayez pas peur. Il convient de l’apprivoiser pour apprendre à vivre. Les humains : Lui, c’est d’abord un ténor,  David Faggionato. Elle, Géraldine Lonfat, une danseuse, à la grâce adolescente, mais c’est une femme, qui maîtrise son corps et ses émotions. Il fait noir. Elle est couchée, rigide, ses pieds de danseuse font encore les pointes dans la mort, sur son lit de gisant drapé. L’assemblée, les quatre danseurs/ses comédiens, Thomas Labaucher, Paul Patin, Virginie Quigneaux, Carmen Cruz, et son compagnon, la veillent. Lui, il chante de sa voix lumineuse le chant des morts, « Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis »

L’ange la garde. Soudain son corps s’arque, ses jambes se replient sur son menton, elle se lève, se traîne à genoux ou à quatre pattes, revit sa vie, roule de tout son corps d’un côté à l’autre de la scène, se balance, tord ses cheveux, s’agite en soubresauts frénétiques. Se calme dans les bras de son amant. Écoute l’ange, Janine Piguet, qui la prend aussi dans ses bras pour aider son âme à passer le Styx. Ce matin là, c’est en français. « Tout peut aller vite, le monde peut s’effondrer sur lui-même, mais moi je respire encore. » L’ange la cajole, la soupèse, la caresse, la berce. L’émotion sourd quand on s’aperçoit que la comédienne qui joue l’ange est enceinte.

Les chœurs murmurent des paroles lancinantes, répétitives, dans une langue incertaine qui évoque l’oc ou le latin, dans une atmosphère à la Carmina Burana. Le son monte, enfle. Les comédiens représentent les étapes de la vie de la défunte, ses souvenirs qu’elle peine à abandonner. Ils tourbillonnent, déambulent, processent autour de la défunte. Les personnages se poursuivent, s’échappent, se télescopent, s’étreignent, crient, prient, incantent…

Mention spéciale à André Pignat, et Jérôme Hugon à la régie pour la lumière, de somptueux jeux de rouge, d’or et d’argent, quand on sort du noir profond.

Entre refus et abandon, tension et apaisement, on ne sort pas indemne de ce spectacle, hymne à la mort mais surtout à la vie. « On ne meurt un jour que de se souvenir. C’est un rien. Tout à l’intérieur. Mais un matin, de se souvenir, soudain, on meurt. »

 

Le site de la Compagnie Interface, c’est iciImage de prévisualisation YouTube

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives