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Charlie, des chansons à dessein

Paris, place de la République, janvier 2015 (photo DR)

Paris, place de la République, janvier 2015 (photo DR)

100154370« Chanson de circonstance ou chanson d’op- portunité ? » question que se posait encore il y a quelques jours notre érudit ami Michel Trihoreau, grand spécialiste s’il en est de cette chanson de circonstance, à l’annonce de la participation de Johnny Hallyday lors de la célébration parisienne des victimes de Charlie-Hebdo et de l’Hyper-Casher. Si chanson d’opportunité ne veut pas dire obligatoirement opportuniste, alors on dira que ce sont les deux.

Il y a un an pile, de prétendus émissaires d’un prétendu dieu décimaient une bonne partie de la rédaction du très satirique Charlie-Hebdo : les dessinateurs Cabu, Wolinski, Charb, Honoré et Tignous, l’économiste Oncl’Bernard et quelques-uns de leurs collègues de bureau tombaient sous les balles de trous du cul fanatisés. « Si t’es athée, sais-tu / Pour ces gars, t’es foutu / Turlututu / Ils dis’que tu te gourres / Et que Dieu est amour / Et après, ils te tuent » chante Pierre Perret dans Au nom de Dieu. Horreur, effroi et tristesse : un an et un Bataclan après, nous n’en sommes toujours pas remis. Le sang n’était pas coagulé que l’encre coulait à flot : celle des rotatives et celles, plus modestes mais quand même, des plumes émues de leurs confrères de dessin. Même le magazine Spirou se fendit d’un numéro spécial pour saluer les dessinateurs tombés au champ d’honneur. Un dessin, c’est vite fait : une idée, trois ou quatre coups de crayons et voilà le travail, souvent remarquable, du dessinateur de presse.

(dessin François Boucq)

(dessin François Boucq)

Une chanson c’est plus long. Il faut là aussi l’idée, et puis l’écrire, refrain et couplets, la faire rimer, la composer, l’enregistrer, la produire, trouver l’argent, presser le disque et imprimer la pochette… La diffuser, ce qui est encore plus dur quand on n’est pas d’un grand label. Parfois la chanson se fraye un chemin plus rapide pour presque gagner l’efficacité du dessin de presse, pour bien être dans les temps. Ainsi quand, par chance, la télé crée elle-même les conditions, mais ce sera là qu’un certain nombre d’artistes triés sur le volet, déjà célébrés par les médias : seuls les connus peuvent s’immiscer dans l’émotion publique, la colère institutionnalisée. Ainsi par internet, sur You tube ; écriture, composition, interprétation devant une caméra fixe et, zou, en ligne ! Les autres chansons ne naîtront qu’à la fin du processus normal… Certaines sont encore en fabrication, comme Morituri, le nouvel opus de Jean-Louis Murat, enregistré à Paris en fin novembre dernier, qui sort en avril prochain et reviendra sur l’année 2015.

Sans doute parce que dessin et chanson sont des arts bien plus proches qu’on peut le croire, nos chanteurs ont sorti leurs crayons et leurs guitares. Dare d’art ! A tel point qu’il est déjà difficile de recenser toutes les chansons relatives au carnage de Charlie-Hebdo. De la part d’un hebdo qui avait, il y a peu encore, une rubrique au doux nom de « Je hais la chanson française » (dessinée par Luz), ça fait tendrement sourire… Mais c’est bien, c’est surtout évident.

Tentons ici, sans nulle exhaustivité, une revue, sinon de presse, au moins de chansons.

Il y a ceux qui nous entretiennent des dessinateurs assassinés ce mercredi-là. Parmi lesquels :

Grand Corps Malade* avec Charlie« Les artisans de la liberté ont rencontré leur destinée / Ce soir j’écris pour eux parce que je ne sais pas dessiner » ;

Georges Chelon avec La belle endormie sur l’album au même titre : « Ceux qui voulaient les faire taire à jamais / Leur ont offert un coin d’éternité / Ils sont assis aux pieds d’Allah / Aux pieds de Dieu, de Yahvé, de Bouddha / Depuis ce triste mercredi / Là haut tout le monde est Charlie » ;

Magyd Cherfi avec Mais que fait l’arbitre ? (titre extrait d’un disque à venir) : « Mais que fait l’arbitre, bon sang / Devant cette mare de sang / Il n’a pas sorti son carton rouge / C’était que des clowns, des dessins… » ;

Très belle chanson d’Antoine Élie, Je suis Charlie, d’une voix grave et mélancolique : « La liberté l’a coûté cher / Je l’ai payé de l’ironie / Si aujourd’hui le barbare lit / C’est grâce à moi, je suis Charlie » ;

1425545_10152626133697883_2575797041955699375_nMi slam, mi hip-hop, mi chanson, Jimmy Magardeau y va de formules simples mais efficaces, faciles à reprendre : « Charlie à terre, nous nous relèverons / On va pas s’taire / On retaillera les crayons » ;

Souvent les chansons écrites sur un événement le furent « sur l’air de ». JB Bullet respecte la tradition en reprenant la musique et la forme de l’Hexagone de Renaud pour son Je suis Charlie : « Si tu demandes où est Charlie / A jamais dans nos esprits / Un coup d’kalash pour un coup d’crayon / Tu salis ta religion. » https://www.youtube.com/watch?v=-bjbUg9d64g

Éric Frasiak fait le parallèle entre le 11 septembre et ce 7 janvier : « Rien qu’une cartouche noire / Dans mon stylo désarmé / Juste une plume trempée dans l’espoir / D’un monde de fraternité / Aux fiers messagers de la haine / J’envoie cet avion de papier / Chargé des seuls mots de ma peine / Contre leurs tours d’inhumanité. »

Nos quatre de Tryo* chantent pour leur ami Tignous : On a tué ta vie, Charlie / Mais pas tes idées, Charlie / On va les chanter, mon frère / Et ces cons vivront l’enfer. »

Par empathie, Francis Lalanne est chacune des victimes : « Je suis Cabu, je suis Tignous / Je suis eux parce que je suis nous / Parce que c’est le fait d’être humain qui nous relie / Je suis humain, je suis Charlie / Tu vas nous manquer Wolinski / Pourquoi es-tu mort et pour qui / Poser la question et dire que c’est folie / Je suis vivant, je suis Charlie. »

Et il y a ceux qui nous parlent du dimanche suivant, quand quatre millions de femmes et d’hommes défilent en silence dans les rues de Paris et d’ailleurs, quand, selon Manu Lods, « Tout l’monde portait le même prénom / Ce jour-là dans la rue / Entre République et Nation ». Ainsi Johnny Hallyday (Un dimanche de janvier, paroles de Jeanne Cherhal) : « Pour apaiser la peine / De tout un pays soulevé / Nous étions venus / Sans peur et sans haine / Ce dimanche de janvier. »

Du cortège des grands de ce monde tente de se faire remarquer un petit homme, qui pousse des coudes pour être sur la photo. Le chanteur-chansonnier humoriste Frédéric Fromet le raille à présent, sur l’air de Cadet Rousselle, par Coulibaly Coulibalot : « Avez-vous vu notre Bismuth / Au premier rang taper l’incruste ? / Ah ah ah pousses-toi de là / Je suis petit on me voit pas. »

(dessin Bojesen)

(dessin Bojesen)

Manu Lods est, lui, dans le défilé, précisément avec ses copains survivants de Charlie-Hebdo, dont il fut il y a peu coursier puis collaborateur. Défilé qu’Hollande, délaissant un moment les chefs d’états présents, vient rejoindre. Lui ainsi qu’un facétieux pigeon, drôle de colombe de la paix qui provoquera le fou-rire de Luz et de Patrick Pelloux : « Moi je survolais le cortège / Et de mon point de vue de pigeon / L’idée de larguer un flocon de neige / Ça m’a paru trop bon (…) J’ai préféré lâcher une jolie p’tite guirlande / En pleine cérémonie / Sur l’épaule de François Hollande / Pour faire marrer Charlie. »

 

* chansons écrites dans la foulée pour une émission télé le 15 janvier 2015.

5 Réponses à Charlie, des chansons à dessein

  1. catherine Laugier 7 janvier 2016 à 12 h 09 min

    Une des chansons « Je suis Charlie », il y en a d’autres…

    Dès le lendemain de l’attentat, Jeanne Cherhal, Camille, la Grande Sophie et Emily Loizeau, quatre des six « Françoises » interprètaient « Je m’appelle Charlie », chanson hommage à Charlie Hebdo adaptation de leur chanson « Je m’appelle Françoise » le jeudi 8 janvier 2015 dans « A’live » de Pascale Clark sur France Inter.

    « (…)
    J’trouve pas les mots
    J’ai pas d’ennemis
    J’ai des crayons alors j’écris
    J’ai le prénom d’un beau pays
    Qui s’indigne, qui chante, et qui crie
    Je m’appelle Françoise
    Et dans ce beau pays
    Moi j’ouvrirai les portes
    Même si le vent s’emporte
    Je resterai ici

    Je m’appelle Françoise
    Et je vivrai ma vie
    Sous le ciel qui s’embrase
    Je te ferai l’humour
    Le jour comme la nuit

    Je m’appelle Françoise
    Et Je m’appelle Marie
    Et Je m’appelle Fatma
    Et Je m’appelle Yaching
    Je m’appelle Jérémy
    Je m’appelle Françoise
    Et Je m’appelle Ladji
    Je m’appelle Anita
    Je m’appelle Mohamed
    Et Je m’appelle Charlie »

    https://www.youtube.com/watch?v=_8pEeKYH36g

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  2. Mary Jacky 7 janvier 2016 à 12 h 33 min

    Oxmo Puccino dans le before du grand journal en hommage aux victimes de l’attentat de Charlie Hebdo le 07/01/2015 :
    « Prenons-nous dans les bras/ Pendant que le loup n’y est pas »
    https://www.youtube.com/watch?v=2cW6IoeXgfw

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  3. Stéphane 7 janvier 2016 à 18 h 34 min

    Michel,

    Comment as-tu pu passer à côté de ceci , qui nous vient du Québec : https://www.youtube.com/watch?v=F8B7YZMs_3g ?

    Mononc’ Serge – Charlie Hebdo.

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    • Michel Kemper 7 janvier 2016 à 19 h 11 min

      Ben oui, et je suis persuadé d’en avoir loupé d’autres. D’où le rôle important de nos lecteurs qui participent autant que nous à la vie de ce site. N’hésitez pas notamment à compléter cette anthologie de la Chanson pour Charlie. C’est utile pour l’Histoire.

      Répondre
  4. Gabriel Douset 22 février 2016 à 9 h 19 min

    Et cette remarquable chanson d’Anne Vanderlove
    « Pour-toujours-nous-serons-charlie »

    ici:

    https://www.youtube.com/watch?v=qZwsdqp6qvA

    Répondre

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