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Sarah Olivier, belle et rebelle

Sarah Olivier sur la scène de Venelle (photos XXX)

Sarah Olivier sur la scène de Venelles (photos Nicolas Blanchard)

Samedi 9 janvier 2016, MJC de Venelles (13),

On l’avait connue punk, la frange courte, les cheveux rouges, fardée comme une chanteuse de cabaret allemande expressionniste, entre Liza Minelli et Nina Hagen. Est-ce en raison de la salle qui l’accueille, habituée à un répertoire de chansons plus sage, elle nous arrive toute blonde, à peine maquillée d’un rouge à lèvre écarlate, dans une robe de velours noire faussement sage, manches froncées au coude, longueur aux genoux dévoilant ses jambes de danseuse, juchée sur des escarpins rouges…Le décolleté plongeant au dos achève de nous convaincre que la sagesse n’est qu’apparente, ce qu’elle nous confirme d’emblée « Icône à pleurer / paupière de cuivre et bouche d’apparat (…) M’as-tu vue toute crue, m’as-tu vu toute nue / M’as-tu cru toute nue, m’as-tu cru? » Poésie et érotisme mêlés, jeu de scène discret derrière le micro, l’opération séduction est en marche. Nous nous retrouvons dans une ambiance de films des années trente, femme fatale trop blonde à la peau trop nacrée et gangster en costume rayé (Stephen Harrison, son contrebassiste anglais et arrangeur, a plus le physique d’Orson Welles que de David Bowie).
Sans commentaires superflus, des titres de l’album Pink Galina sont enfilés comme des diamants noirs, des Prières des Nuits froides pas très catholiques « Des démons qu’on empaille / Des gestes frénétiques/ Ce sont de grands trous rouges / De bave et de frou-frou / Les prières des nuits froides » au titre éponyme chanté en rappel, cette pauvre petite pute droguée au sort dramatique « Leurs coups de rein te piquent la peau / Comme ces seringues qui te mangent / Y suent, y puent, y sont pas beaux. » Mais qui a pu saisir tout le tragique de ces paroles au milieu des gloussements de poule qu’elle simule, ou de la vanne « Maintenant j’ai l’air d’un panda qui a taillé une pipe. » Panique évoque le mouvement surréaliste de son peintre de père, ami d’Arrabal et de Topor. Ce seront les seuls extraits de l’album, avec Blues qui en est l’unique titre anglophone.
OLIVIER Sarah et Stephen Harrison par Nicolas Blanchard 2016Suivent d’autres textes dans une écriture poétique libre et audacieuse, où les mots brefs se heurtent et s’accrochent tels Uppercut chanté avec des gants de boxe, ou la désormais classique Punkette. Quand on entend des « J’ai tracé sur le sable de folles initiales / J’ai gravé dans la roche / Des lettres qui m’écorchent » ou « Dors la belle au bois terni / Les éraflures du passé dans les dentelles d’antan » on regrette un peu que presque la moitié des titres soient en anglais, les « I’ll spend with you my life » ou autre « I want you/ I need you » nous convainquant moins. 
Les musiciens complices alternent slows et rocks endiablés : Stéphen qui balance et frappe sa contrebasse usée par le jeu, saute ou fait des claquettes, faisant preuve d’une légèreté étonnante vue sa corpulence, ou groove à la basse électrique avec la « Queen » Elisabeth Keledjian à la batterie, et le discret mais efficace Raphaël Dumas à la guitare électrique. Elle-même qui s’avoue gazouilleuse, babillarde et siffloteuse, s’accompagne souvent au mélodica, à l’harmonica ou aux grelots.
Sa voix souple et  puissante (elle a fait partie d’un groupe de polyphonie vocale) lui permet de passer aisément du  registre de Sarah Vaughan à celui de Marianne James, de cette histoire syncopée de serial killer qui a tout niqué « du karaté à la mosquée ou au parloir », à la reprise du « Remember me » de la Plainte de Dido de Purcell, une des plus émouvantes  pièces du répertoire baroque.
Un regret, l’absence de certains titres récents comme l’onirique Ophélie, pièce maîtresse de l’album et  durant onze minutes, le duo Voleuse ou le flippant Bloody Mary. Dans un prochain concert ?

 

Le site de Sarah Olivier, c’est ici ;  ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

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