CMS

À Jamait pour la vie

Yves Jamait à Marseille (photo Flag)

Yves Jamait à Marseille (photo Flag)

Yves Jamait, 15 janvier 2016, Espace Julien à Marseille,

 

Salle comble pour Yves Jamait à L’Espace Julien, cette ancienne halle maraîchère type Baltard, au décor de vitraux art nouveau, un des lieux de spectacle les plus originaux de France.
Présentation  avec une déjà ancienne chanson : « Je me donne trop en spectacle, il faut qu’je fasse relâche / Et que je coupe enfin ce poil que j’ai dans la main / Il faudrait que je cesse de boire plus que convenu. »

Le rythme est donné, et bientôt beaucoup ne résisteront pas à l’envie de siffler, chanter, battre la mesure ou taper du pied, ou se lever pour aller danser devant la scène dans l’espace resté libre devant les premiers rangs. Tant pis pour ceux assis qui ne verront plus rien ! Les habitués des concerts debout peinent à rester en place. Et nous, dans les dix derniers rangs, habitués que nous sommes aux lieux de proximité, trouvons qu’il est bien loin, Yves, entre Mario Cimenti aux percussions ou au saxo à sa droite, et Samuel Garcia,  au clavier et à l’accordéon, à sa gauche. Sans oublier Jérôme Broyer aux guitares caché tout au fond derrière lui.

Faut dire que l’ami Yves, coiffé de sa légendaire casquette des années 30, n’épargne pas sa peine, alternant airs endiablés où sa voix éraillée donne toute sa puissance, et mélodies plus douces en confidence murmurée à nos oreilles, grattant alors assis sa guitare. Il est un peu l’initiateur de cette tendance actuelle où c’est le jazz qui s’en va quand la java est là. A condition que l’accordéon soit plus argentin que musette, la guitare plus manouche que chanson française, et pourquoi pas, rejointe par un violon tzigane. Celui-ci, c’est Jean Philip Steverlynck dit Pee Wee, de Poum Tchack, qui s’y colle, car il est dit que jamais Jamait ne se produit en scène sans artiste invité !

(photo d'archives Antony Belgarde)

(photo d’archives Antony Belgarde)

Jamait mêle à la quasi-totalité des chansons de son dernier album, les plus grands succès de toute sa discographie pour la plus grande joie de ses fidèles qui les connaissent par cœur. Pas par nostalgie, simplement parce que la vie est un long fleuve où il puise son inspiration : amitiés des potes retrouvés au bar plus que sur les virtuels réseaux « C’est bientôt la fin du monde et j’ai plus rien à boire. » Souvenirs d’enfance ou d’antan, ce train et sa garde-barrière, ce Bleu de travail qui inventorie tous les bleus les plus poétiques et évocateurs du monde, seule chanson qui n’est pas de lui et qui plaît tant au public qu’il en est jaloux ! Amours débutantes ou plus souvent finissantes, où l’humour « OK, tu t’en vas / C’est triste, et ça m’ennuie / Mais si tu pouvais en partant / Descendre les poubelles » ne cache pas le manque et le désarroi. Indignations réjouissantes contre la connerie du monde et la méchanceté de certains. Ça nous fera un concert généreux de deux heures et pas moins de vingt-cinq titres, sans beaucoup de poses parlées, tant les sujets principaux du spectacle, la vie, l’amour, la mort, et surtout le temps qui coule, se suspend, se rattrape, se pense et s’oublie, fait cohérence naturelle. Depuis De verre en vers, vieux de quinze ans déjà, jusqu’à Je me souviens, le dernier.

Il dénonce la violence conjugale, dans ce poignant Je passais par hasard. Sur C’était hier, accompagnée par le superbe saxophone de Mario Cimenti, sa voix douce s’éraille soudain sur « Et le monde va comme il va / C’est la bourse ou bien c’est la vie. » Encore une fois, évoquant l’actualité d’une chemise déchirée qualifiée de violence, il s’indigne avec son public « Y en a qu’auront jamais d’problèmes : Et ce sont souvent ceux-là même / Qui nous dirigent et qui nous gouvernent. » Réprouve les intolérants de tous poils, Salauds par hasard ou par envie.

Mais le thème majeur reste l’amour. Caresse-moi repris en chœur par le public. C’est ce cri, « Je ne me souviens plus de toi » quand, l’absence efface jusqu’au visage de l’être aimé. Ou au contraire quand on voudrait tourner la page, cette image qui te hante : « Je t’oublie tous les jours /Toutes les nuits aussi / Et je ne dors plus pour/ Être sûr que j’t'oublie. »

L’étonnement du monde qui reste beau Même sans toi. Et toujours l’espoir qu’un nouvel amour donne du sens à ta vie, « Toi tu m’as pris / Tu m’as dis ce que j’étais / Toi tu m’as vu / Tu as su que je pouvais. »

Enfin le désir d’être vivant jusqu’au dernier souffle, « Adieu, à présent, à jamais, pour toujours / À la vie, à la mort, à la vie, à la mort / Et au compte à rebours » ou « J’en veux / J’en veux encore / Et ne jamais cesser / De sentir dans mes veines / Cette vie palpiter / Aussi belle que vaine. »

 

Le site d’Yves Jamait, c’est ici ; Ce que NosEnchanteurs vous en a déjà dit, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

4 Réponses à À Jamait pour la vie

  1. André 22 janvier 2016 à 15 h 22 min

    Je fais partie de ceux qui n’ont pas eu la chance de voir Brel sur scène. Mais je pourrai dire : « J’ai vu Jamait ». Et c’était ENORME !

    Répondre
  2. flag 24 janvier 2016 à 21 h 17 min

    Très belle chronique, Catherine, pour un très très bon moment.

    Répondre
  3. DESGARDIN 25 janvier 2016 à 11 h 23 min

    je ne l’ai pas encore vu, seulement en cassette DVD et j’espère bien être présente ce 5mars à Paris.

    Bravo pour cet excellent article

    Répondre
  4. André 26 janvier 2016 à 19 h 56 min

    Pour info, à Desgardin : le 5 mars Yves Jamait ne sera pas à Paris mais à Lille (théâtre Sébastoplo)

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives