CMS

Joulik, le tour du monde en quatre-vingts minutes

Joulik (photo  Clément Puig)

Joulik (photo Clément Puig)

Le Petit Duc, Aix-en-Provence, 23 janvier 2016,

 

…Et quelques minutes de bonus !

Une fois encore la programmation du Petit Duc nous fait voyager, avec ce jeune groupe à la géométrie variable (actuellement un trio), Joulik. Ceux qui déjà regrettent l’arrêt du groupe Bratsch se souviennent de leur chanson dont le titre russe peut se traduire approximativement  par « chenapan».

C’est que le groupe a commencé en chantant des airs traditionnels d’Europe de l’Est, où les influences tzigane et yiddish se font ressentir. Avant d’étendre son répertoire au monde entier, triturant le terreau du chant traditionnel pour en tirer une musique universelle. Les thèmes récurrents seront donc l’amour, la vie et la mort. Et les langues, multiples. D’une langue imaginaire au français, à l’anglais, l’italien, le portugais ou l’espagnol, en passant par des langues de l’Europe de l’Est, c’est une tour de Babel où soudain tout le monde retrouverait l’innocence initiale et la compréhension de toutes les langues. L’impression donnée est qu’elles sont à chacun des interprètes toutes naturelles, voire maternelles.

Il n’en est pourtant rien. Robin Celse, le spécialiste des sons, élégant sous son panama, à l’oud, au bouzouki et aux guitares ; la fine Mélissa Zantman, formée aux polyphonies traditionnelles, un faux air d’Audrey Tautou, chemise fleurie, jeans et boots, à l’accordéon chromatique à touches piano, aux percussions (une cymbale, une stand caisse, et quelques petits accessoires à main) et à la guitare ; Gabrielle Bonin la contrebassiste à la chevelure feu, qui les a rejoint plus tard, sont tous français, même si Mélissa a une lointaine ascendance polonaise.

Au Petit Duc (photo Fred Lameche)

Au Petit Duc (photo Fred Lameche)

De chants traditionnels en variations contemporaines, de valse à deux temps trois mouvements en instrumentaux galopants, nous voici partis autour du monde, de l’Europe de l’Est à l’Albanie, la Grande Bretagne, l’Italie ou la France, avant de traverser les océans pour voguer vers le Brésil, Puerto Rico ou l’Inde, alternant les voix et les instruments, les chœurs et les soli, les vocalises et les mots qui ont du son et du sens. Si chacun tour à tour chante, compose, écrit des textes ou des variations, c’est en commun que sont faits les arrangements, et l’ensemble se caractérise par sa cohésion, son rythme, son répondant qui entraîne derrière lui le public prompt à claquer des mains. Le quatrième personnage du groupe, discret, est l’ingénieur du son, tant ce dernier est capital  pour ce groupe qui allie tradition, recherche et innovation.

Mélissa est la voix principale, surtout dans les chants venus de l’Est, le Mama à l’ambiance festive russe, l’aveu  à sa mère de son sentiment amoureux pour un tzigane, le chant d’amour tamoul Uyire aux sonorités très orientales, ou le Beshena d’Albanie, aussi pour le Maria Elenor, chanson de la Brésilienne Renata Rosa. Gabrielle et son allure un peu anglo-saxonne est parfaite dans sa composition en anglais, « Come back home, forgive me… » et en français « Je suis seule comme la terre / Au milieu des êtres humains/ Et je sens comme une pierre / qui dévale mon chagrin » (Des Espoirs) où la montée finale des instruments, avec le bourdon de l’accordéon soutenu par les  percussions donne un effet entêtant. Toutes deux jouent enlacées l’une derrière l’autre de la même contrebasse pour l’autre titre en français, battant comme un rythme cardiaque, où l’on parle aussi de pierres : « Si j’ai passé tant de temps à attendre / c’est que j’ai peur que les pierres dévalent la route / c’est que j’ai peur que les pierres sous mes pieds / dévoilent la route de mon cœur. » Elles sont également en trio avec Robin pour les vocalises consonnales du chant bulgare Poustono, où la voix lead est celle de Mélissa, bien soutenue par les chœurs de ses deux partenaires.

Quant à Robin, on apprécie particulièrement son solo très doux, dans le chant traditionnel afro porto-ricain Sueño, joué au bouzouki irlandais accordé en sonorités chinoises (sic) au très joli refrain « Yo me llamo sueño de la madrugada » (« Je m’appelle le rêve de l’aube »), et dont le couplet résume à lui seul la philosophie du groupe : « Nancy tuvo un sueño / En India y África / En cada cabeza / Vive otro mundo » (« Nancy a trouvé un rêve / En Inde et en Afrique / Dans chaque tête /Vit un autre monde »).

 

Le site de Joulik, c’est iciImage de prévisualisation YouTube

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives