Michèle Bernard. 2016 : le millésime et l’anthologie | NosEnchanteurs

Michèle Bernard. 2016 : le millésime et l’anthologie

Michèle Bernard (photo DR)

Michèle Bernard (photo DR)

Ce n’est pas l’intégrale discographique mais on peut supposer que, du Kiosque (1978) à Sens dessus dessous (2012), ses fidèles (bannissons l’exécrable terme de « fans ») possèdent déjà tous ses albums. C’est une anthologie en trois disques, près de soixante titres qui se veulent être « le meilleur de ». Le coffret idéal à s’offrir s’il nous manquait un album ou si on veut (se) faire un cadeau. Oui, cadeau : le terme convient si bien pour définir tant l’objet que les trésors qui s’y nichent : Ma copine, Je t’aime, La vieille chèvre, La dame pipi, Qui a volé les mots ?, Nomade, Nous les baleines, Quatre-vingt beaux chevaux

L’actualité 2016 de la dame de Saint-Julien-Molin-Molette est chargée. On retrouvera Michèle Bernard sur la grande scène de Barjac cet été, en ouverture de ce festival, juste avant la sortie de son nouvel album qu’elle enregistre en ce mois d’avril. Pour fêter ses trente ans, sa maison de disque, EPM, n’a pas trouvé plus beau symbole que de sortir cette anthologie. Celle d’une des plus grandes dames de l’actuelle chanson française, chanteuse populaire au sens étymologique du terme, « une des créatrices les plus singulières de l’espace francophone » ajoute dans sa préface Bernard Ascal, directeur de collection chez EPM, qui souligne que ses chansons « n’empruntent pas plus aux clichés rock, rap, disco, new wave qu’aux recettes fleurant la nostalgie des temps passés [et] abordent les problèmes les plus à vif de nos sociétés contemporaines. » 1507-1Et c’est cela, Michèle Bernard, à la fois actuelle car précise et pertinente, et intemporelle, d’hier et de demain, tant il est vrai que la beauté, l’intelligence et l’émotion ne sauraient être datés, se rient des modes par nature fugaces. Et si on a pu, un temps, évoquer les chanteuses populaires d’antan, Fréhel et Piaf, c’est plus par ses capacités d’évocation, certainement pas par soumission : il n’y a rien ni personne de plus libre que Michèle Bernard. Depuis des décennies, par elle comme par Higelin, Blanchard, Têtes raides et d’autres encore, on sait que l’accordéon, ce « piano du pauvre » comme le chantait Ferré, n’est ni ringard ni moderne : pour elle c’est tant son outil de travail qu’un bouclier quand elle guerroie contre l’égoïsme, l’indifférence, l’intolérance, tous ces maux qui disloquent et ruinent le vivre-ensemble et l’amour qu’elle sait si bien chanter.

« Sur l’infini des routes », ainsi se nomme ce coffret : ce sont les derniers mots, avec points de suspension, de Maria Szusanna, l’un des incontournables chefs d’œuvre de Michèle Bernard qui, depuis quarante ans, ballade ses chansons et son accordéon Sur ces routes grises. Une compilation déclinée sous trois angles : le métissage et l’exil (Des femmes tombent, Noire nounou, Depuis combien de temps marchons-nous ?…, l’amour (Maintenant ou jamais, Aimons-nous amis, Une fois qu’on s’est tout dit…), l’espoir et le quotidien (Pleurez-pas, Les petits cailloux, Le bar du grand désir…). Les trois socles fondateurs d’une œuvre puissante où la tendresse le dispute à la colère. Si pas encore fait, on se rendra compte de l’importance de cette œuvre, trop délaissée par les trompettes de la renommée. Qu’importe, elle n’est pas un produit à l’obsolescence programmée qui ne vit que le temps d’une insolente mais dérisoire tête de gondole, et a le temps pour elle. Pour faire son travail de poésie et de sape, ouvrir une brèche certes dérisoire et fragile dans ce monde si mal en point, si bancal, si égoïste. Nous apporter chaque fois trois minutes trente de pur bonheur.

Seul dommage, les titres extraits des Nuits noires de monde le sont de la version 2009 (date d’enregistrement) avec le groupe Évasion. On aurait aimé retrouver les traces de la version 1992, parue chez Auvidis et désormais introuvable, qu’on peut préférer. Notons enfin le prix de ce coffret : 17 euros. Pas de quoi s’en passer !

 

Michèle Bernard, Sur l’infini des routes, EPM/Universal 2016. Le site de Michèle Bernard, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

4 Réponses à Michèle Bernard. 2016 : le millésime et l’anthologie

  1. Delarime 24 février 2016 à 14 h 39 min

    Un de vos collègues blogueurs m’a incité à découvrir votre site et je l’en remercie. Premier contact, cet article sur Michèle Bernard, je n’en demandais pas tant. Mais tout de même, j’espère qu’un jour sa maison de disques sortira son « intégrale » comme elle l’a déjà fait d’Anne Sylvestre. Il doit bien y avoir suffisamment d’amateurs éclairés de la chanson pour se ruer sur une telle intégrale. Car je suis allé lire sur le site EPM, la liste des titres de ce coffret de 3 albums : intéressant, mais j’aimerai retrouver des chansons qui n’y sont pas et qui je crois n’existent plus en disque. Pas question pour moi de télécharger du dématérialisé.
    ED

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  2. Gallet 24 février 2016 à 17 h 23 min

    J’ai beaucoup aimé cette vidéo des 80 chevaux/chômeurs… la chanson, l’image, le visage de Michèle Bernard .

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  3. Odile 25 février 2016 à 10 h 10 min

    Très bel article pour une artiste qui a du talent!

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  4. Denise Amar 25 février 2016 à 10 h 54 min

    Michèle Bernard, lointain souvenir d’un Printemps de Bourges, quand le Printemps souriait à la chanson, à moins que ce ne soit l’inverse. « La vieille chèvre de mon enfance… » De loin, je la suis depuis ce temps. Je n’ai pas vu tous ses spectacles, tous ne sont pas sur disque (comme « Diva’s blues »), mais elle est bien logée dans mon cœur. Vous avez raison : c’est une bien belle idée de cadeau.

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