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Gul de Boa, constricteur de chansons

Gul de Boa (photo Catherine Dente)

Gul de Boa (photo Catherine Dente)

Mais pourquoi donc ce type, Gul de Boa, n’est-il pas plus connu ? Que les programma- teurs fassent leur boulot, que Varrod et Manoukian se retirent les doigts du cul, qu’on remette en marche la machine à chanson non formatée, le bon sens, le bon goût. Et Gul de Boa (et pas mal d’autres, j’ai la liste) caracolera lui-aussi sur les ondes et dans le fenestron de nos soirées télévisuelles. C’est dit, ça fait du bien.

Gul de Boa, donc. Pour vous le situer, il y a l’ombre et l’adn de pas mal de chanteurs secoués en lui. Par quel prodige n’est-il pas parvenu encore à vos oreilles, nul ne sait ? Car il a tout pour lui, même et surtout cet improbable nom, c’est pas sa faute, non du boa de la Grande Zoa mais de nordiques origines.

C’est son septième album et vous ne le connaissiez pas encore. Si après cet album où Gul met les petits plats dans les grands vous ne le calculez pas plus, c’est à désespérer. Gul de Boa a un peu en lui de la complexité du poster plié en six qui tient lieu de livret à ce disque, d’une calligraphie joliment dessinée mais difficile à déchiffrer et des dessins pas à la Edika mais presque : Gul ne se surnomme-t-il pas avec raison « dessinateur de chansons pour oreilles » ? Le verso du poster célèbre 36 petits métiers de merde, du Renieur de mère à l’Effaroucheur de vierge, de l’Entrelasseur de grole au Compreneur de rien, qu’un des titres de l’album, Laissez-moi vous présenter, vous présente effectivement. Mine de rien, ça et le disque sont un tout, un tout ou rien : c’est du Gul, c’est de Boa.

Gul de BoaC’est fou ce qu’on peut faire avec des guitares (Gul et Olivier Hue), basse, contrebasse (James Freasure) et batterie (André Pasquet). Le pire sans doute. Et son exact contraire : notre Boa fait presque dans l’exotisme des notes, dans la musique à rebours aussi, qui sonne souvent comme dans les kermesses des années soixante, parfois dans la pure folie d’un free-rock, d’un blues trangénial. Ce qu’il chante n’a rien de très original mais c’est traité comme si personne ne l’avait déjà fait, déjà dit, pas encore pensé : « L’amour dure trois jours / pas à tous les coups / et c’est déjà beaucoup / plus c’est déjà du chiqué / c’est pas long trois jours / ne perdons pas de temps. » C’est tout d’une voix scandée, grave et crachée, juré. Ça peut parfois faire songer au belge Sttellla mais en plus raisonnable, en presque structuré, moins déjanté, quoique.

Quant au Luxe, calme et volupté qui donne le titre de l’album, sans être totale arnaque, on ne sait pas, car, à l’entendre « j’écoute de la musique zen et ça m’énerve / je bois des tisanes verveine et ça m’énerve / tai-chi-chuan, chicon méditation transcandentale et ça m’énerve » alors il met le doigt dans la prise et ça le détend. C’est un mutant. Quitte à irriter les amateurs, il dit aussi « j’écoute la bonne chanson française et ça m’énerve / j’en écoute aussi de la mauvaise et ça m’énerve / non je n’donnerai pas de nom. »

Nostalgique, il liste ses regrets de tout de qui a disparu : tractions avant, lits à baldaquin et général de Gaulle, paye en liquide, Mike Brant et Cloclo, Flipper le dauphin, Skippy le kangourou, Window 92, le jeu démocratique : « ça n’se fait plus quel dommage / ça aurait pu faire d’l'usage… » Surréaliste il allie et unit en un seul corps des animaux, calamarabout ou canarhibou pour mieux les hiérarchiser : « mais le plus cruel c’est le crocolion / il a deux cervelles alors il est colère / mais le plus cruel c’est le crocolion / alors il a pas d’derrière alors il est grognon. »

Allez, on ne va pas vous passer en revue tout l’album. Juste vous dire que c’est fou comme Gul peut parfois faire songer parfois à Loïc Lantoine, parfois à Jacques Higelin, folie surnuméraire qui les relie, qu’on a envie de suivre presque à la lettre, de prendre aux mots, surtout quand il nous encourage et nous donne ses conseils culinaires : « peut-être c’est pas la fête du ventre / mais ça cale ! / mangeons des cons à la vanille, mangeons des connards aux lardons / des petits salauds aux lentilles. » Si c’est que d’la merde aurait crié Coffe mis récemment en boîte, reste que c’est politiquement correct : Gul de Boa est un chanteur révolutionnaire qui sait de plus utilement recycler les ordures.

 

Gul de Boa, Luxe, calme et volupté, autoproduction La Royale zone 2016. Le site de Gul de Boa, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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2 Réponses à Gul de Boa, constricteur de chansons

  1. Catherine Laugier 17 mai 2016 à 13 h 05 min

    Pas pu écouter le nouvel album, mais déjà, Le chant des peaux si bleues (2012), ça donne envie. L’article aussi.

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  2. Catherine Laugier 17 mai 2016 à 13 h 06 min

    Si en fait, l’album s’écoute sur SoundCloud

    Répondre

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