Barjac 2016. Mehdi Krüger : le slam à l’âme, Barjac s’enflamme | NosEnchanteurs

Barjac 2016. Mehdi Krüger : le slam à l’âme, Barjac s’enflamme

Mehdi Krüger (photos Anne-Marie Panigada)

Mehdi Krüger (photos Anne-Marie Panigada)

Deux regards au profit de Mehdi Krüger : celui de Francis Panigada, celui de Catherine Cour, qui chacun nous raconte ce concert étonnant…

 

 

Mille mercis à Jean-Claude Barens et à l’équipe de « Barjac m’en chante » de nous avoir permis la découverte de ce nomade du verbe, ce voyageur qui écrit ses mots « autant sur nos lignes de vie que sur la ligne d’horizon. »

Mehdi Krüger ne se définit que par l’urgence de dire, de partager sur scène des moments d’intimité, un vécu qui se fait universel, une parole qui relie les hommes par delà les frontières, démarche singulière pour ce solitaire « désertaire » qui se décrit comme « un arabstrait, une race, un peuple à moi tout seul ».

MEHDI KRÜGER, L'ARABSTRAIT Ça débute par un coup de poing : Tout s'envole, qu'on peut ressentir comme un hommage aux victimes du récent attentat de Nice… et d'ailleurs : "Les pièces d'un puzzle tombent sur le sol au ralenti / Debout, seul et déboussolé / Je comprends que je contemple les fragments de ma vie / Les yeux grands ouverts / J'avance à l'envers en suivant les bandes blanches qui deviennent les néons du plafond des urgences / Tout ceci n'a plus de sens / Je suis au bord des larmes sans pouvoir m'en empêcher / J'ai les mains qui tremblent, couvertes de sang séché…" Mehdi Krüger est amoureux des mots : il s'en délecte, les fait rouler en bouche, les mâche, les savoure, nous les offre en bouquets. Il les vit, les danse, acrobate sur un fil tendu depuis ses débuts comme chanteur de rap à son projet actuel : un spectacle épuré, n'ayant gardé du slam et du rythme que l'essentiel, la beauté des sons d'une guitare qui sert d'écrin à des textes ciselés, d'un intime qui touche l'universel. Le dialogue s'instaure entre le chanteur et Ostax, son musicien : "Cause toujours / La parole est vivante / La parole est vibrante / La parole évidente…"  Il le dit : "entre Rive Gauche et East Coast", il est un pont, un passeur de mots… Je pense que Mehdi refuserait de mettre l'étiquette "slam" sur son chant… et puis ça ferait fuir les amateurs de chanson "à texte", qui auraient bien tort ! Il écrit des chansons "urbaines", actuelles, mais encrées dans l'histoire ancienne de la chanson. Il veut être le "Saint-Germain d'après". J'ai retrouvé du Gainsbourg dans sa volonté d'associer intimement textes forts et sonorités des mots avec lesquels il joue, pour le plaisir de les entendre sonner…   « Je suis un Arabstrait / Une race, un peuple à moi tout seul / Écoute ma langue, j'en suis le seul possesseur... » Spectacle visuel : Mehdi danse ses textes, les appuie, les envole, nous aide à y entrer, tellement désireux de nous y accueillir, avec ses grandes mains de magicien qui sculptent l'air et nous guident le long de son chemin de mots. "S'il te faut un être qui t'accompagne pour que tu t'accomplisses / S'il te faut une main dans la tienne pour que tu y parviennes / Mais sans qu'aucune ne convienne / S'il te faut les fautes des autres pour que tu te pardonnes à toi-même / Ouvre ma main / Voici une gomme pour tes erreurs d’hier /  Un stylo pour celles de demain".  Ne pas nous perdre, nous ouvrir la voie… la voix… les bras…"Nous abolirons la mort et la peine / Et à jamais notre ombre s'étendra sur l'infini des plaines / Déserteurs et libertaires / Nous serons les désertaires…"  Mais avec le talent qu'il a… je suis sûre que Mehdi ne chantera pas dans le désert ! Ni ne s'y taira… CATHERINE COUR

MEHDI KRÜGER, L’ARABSTRAIT
Ça débute par un coup de poing : Tout s’envole, qu’on peut ressentir comme un hommage aux victimes du récent attentat de Nice… et d’ailleurs : « Les pièces d’un puzzle tombent sur le sol au ralenti / Debout, seul et déboussolé / Je comprends que je contemple les fragments de ma vie / Les yeux grands ouverts / J’avance à l’envers en suivant les bandes blanches qui deviennent les néons du plafond des urgences / Tout ceci n’a plus de sens / Je suis au bord des larmes sans pouvoir m’en empêcher / J’ai les mains qui tremblent, couvertes de sang séché… »
Mehdi Krüger est amoureux des mots : il s’en délecte, les fait rouler en bouche, les mâche, les savoure, nous les offre en bouquets. Il les vit, les danse, acrobate sur un fil tendu depuis ses débuts comme chanteur de rap à son projet actuel : un spectacle épuré, n’ayant gardé du slam et du rythme que l’essentiel, la beauté des sons d’une guitare qui sert d’écrin à des textes ciselés, d’un intime qui touche l’universel. Le dialogue s’instaure entre le chanteur et Ostax, son musicien : « Cause toujours / La parole est vivante / La parole est vibrante / La parole évidente… »
Il le dit : « entre Rive Gauche et East Coast », il est un pont, un passeur de mots…
Je pense que Mehdi refuserait de mettre l’étiquette « slam » sur son chant… et puis ça ferait fuir les amateurs de chanson « à texte », qui auraient bien tort ! Il écrit des chansons « urbaines », actuelles, mais encrées dans l’histoire ancienne de la chanson. Il veut être le « Saint-Germain d’après ». J’ai retrouvé du Gainsbourg dans sa volonté d’associer intimement textes forts et sonorités des mots avec lesquels il joue, pour le plaisir de les entendre sonner…  
« Je suis un Arabstrait / Une race, un peuple à moi tout seul / Écoute ma langue, j’en suis le seul possesseur… »
Spectacle visuel : Mehdi danse ses textes, les appuie, les envole, nous aide à y entrer, tellement désireux de nous y accueillir, avec ses grandes mains de magicien qui sculptent l’air et nous guident le long de son chemin de mots.
« S’il te faut un être qui t’accompagne pour que tu t’accomplisses / S’il te faut une main dans la tienne pour que tu y parviennes / Mais sans qu’aucune ne convienne / S’il te faut les fautes des autres pour que tu te pardonnes à toi-même / Ouvre ma main / Voici une gomme pour tes erreurs d’hier /  Un stylo pour celles de demain ».
Ne pas nous perdre, nous ouvrir la voie… la voix… les bras… « Nous abolirons la mort et la peine / Et à jamais notre ombre s’étendra sur l’infini des plaines / Déserteurs et libertaires / Nous serons les désertaires… »
Mais avec le talent qu’il a… je suis sûre que Mehdi ne chantera pas dans le désert ! Ni ne s’y taira…
CATHERINE COUR

« Écoute ma langue, j’en suis le seul possesseur », il nous fait cette offrande et nous l’écoutons cette voix profonde, grave qui s’insinue dans l’âme, dans nos cœurs, ces mots qui déferlent en vagues, qui s’envolent, qui envoûtent.

Mehdi Krüger ouvre les mains et celles-ci accompagnent chaque rime, chaque rythme,  nous invitant à le rejoindre dans son périple, assis sur les toits de Paris (Le cerf-volant), en transit dans un aéroport d’Alger avec tout la complexité d’une identité à construire (« Les arbres ont des racines et moi juste une paire de Nike Air »), en errance toujours avec pour tous bagages le spleen, la séparation, le deuil, le manque comme dans cette évocation d’un amour poison, d’un plaisir qui laisse la chair et le cœur à vif :

« Elle est ma vénéneuse
Mon amour par intraveineuse
Et comme chaque jour elle attendra
Que je lui ouvre les bras »

Entre quêtes intérieures et remises en cause, Mehdi Krüger porte un regard lucide et perçant sur le monde. Sa parole engagée est « une parole vivante, une parole vibrante, une parole évidente », elle sait se faire percutante avec ce texte criant d’actualité (Une seconde avant l’impact) instantanés terribles d’une tragédie meurtrière, vies volées et déchirées dans un éclair.

Si le regard est noir, sombre, si la détresse est bien souvent présente, il y a toujours chez Mehdi Krüger une place pour la tendresse, pour l’espoir, pour une aube qui se lève, un soleil qui s’éveille, une odeur de printemps et une main qui se tend : « T’as tout pour être heureux mais tu te sens pas complet / Comme si tu savais plus vraiment ce qui comptait / S’il te faut un être qui t’accompagne pour que tu t’accomplisses / S’il te faut une main dans la tienne pour que t’y parviennes mais sans qu’aucune ne convienne / S’il te faut les fautes des autres pour que tu te pardonnes à toi-même / Ouvre ma main / Voici une gomme pour tes erreurs d’hier / Un stylo pour celles de demain. »

Ce sont encore et toujours les mots comme planches de salut, l’écriture comme mémoire et credo, le stylo comme arme du futur qui sont essentiels, vitaux. Le verbe est roi chez Mehdi Krüger mais la musique est reine, musique des mots eux-mêmes, portant leur propre rythme, leur propre mélodie, musique de la guitare d’Ostax qui souligne, s’insinue, dialogue dans une superbe alchimie avec la poésie de Mehdi, passerelle entre le slam, le rap, le spoken-word et la chanson traditionnelle, entre rive gauche et east coast, tentative de « faire penser les danseurs et danser les penseurs ». Chanson ou non ? Quelle importance d’ailleurs ! Le public de Barjac ne s’est pas embarrassé de cette question et lui a réservé un bel accueil, une écoute attentive et fait une chaleureuse ovation !

Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse !

FRANCIS PANIGADA

 

Le site de « Sensible Project », c’est ici ; celui de Mehdi Krüger (on peut y lire les textes), c’est là.

Image de prévisualisation YouTube

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives