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Romain Didier : qu’y a-t-il à l’intérieur d’un piano noir ?

UN TOUR DE FORCE QUE CE TOUR DE CHANT Imaginez, si vous ne l’avez déjà vu en scène, d’habiles et fluides transitions musicales vous donnant l’impression d’une seule et unique chanson, sans interruptions, sans applaudissements, sans respirations presque. De cet apnée (juvénile) découle imperceptiblement une tension, une attente, une écoute assez extraordinaire qui rapidement  s’affranchit des carcans et des formats pour toucher à quelque chose de l’ordre de la grâce, du recueillement païen, presque, comme une sorte d’hypnose auditive qui nous laverait l’âme de son aura lustrale… On touche peut-être bien là à l’ADN même de la chanson, une espèce d’universalité qui dépasse et transcende les clivages du format et les modes d’expression. Ainsi, les mélodies, les mélopées presque  incantatoires, tel un karma désincarné, nous renverraient rien moins qu’à l’essence même de l’humain, ce qui n’est pas une mince affaire en ces temps de disette de carburants divers (…)  PATRICK ENGEL (juin 2016)

UN TOUR DE FORCE QUE CE TOUR DE CHANT
Imaginez, si vous ne l’avez déjà vu en scène, d’habiles et fluides transitions musicales vous donnant l’impression d’une seule et unique chanson, sans interruptions, sans applaudissements, sans respirations presque. De cet apnée (juvénile) découle imperceptiblement une tension, une attente, une écoute assez extraordinaire qui rapidement  s’affranchit des carcans et des formats pour toucher à quelque chose de l’ordre de la grâce, du recueillement païen, presque, comme une sorte d’hypnose auditive qui nous laverait l’âme de son aura lustrale… On touche peut-être bien là à l’ADN même de la chanson, une espèce d’universalité qui dépasse et transcende les clivages du format et les modes d’expression. Ainsi, les mélodies, les mélopées presque incantatoires, telles un karma désincarné, nous renverraient rien moins qu’à l’essence même de l’humain, ce qui n’est pas une mince affaire en ces temps de disette de carburants divers (…)
PATRICK ENGEL (juin 2016)

« Dans ce piano tout noir y’a une pute en soie blanche / Et des seins de madone en marbre de Carrare / La misère des gens simples en habit du dimanche / Et le long bavardage des conteurs de comptoir… » C’est une chanson-titre (créée en 1988, sur l’album 88) qui se suffit à elle-même, qui explore le ventre des chansons de l’artiste, surligne les lignes de sa vie « et la mort qui attend comme un chat mal nourri », fait l’inventaire de ses préoccupations, sujets d’inspiration et souvenirs. Reprise inspirée qui est le prétexte, le point de départ de cette nouvelle introspection, l’œil dans le rétro, autobiographie (en fait, astucieuse compilation) pour partie amoureuse, dont les repères sont les chansons, les siennes comme celles de ses maîtres et collègues. Au plus profond du piano à queue il y a l’enfance, et son idole de frère « occupé à trier dans son bol de lentilles / les éclats de diamants, les poussières de lune / les galets de Morgat et l’agate des billes ». Premiers blue-jeans, premier amour (« T’as quinze ans pour la vie / J’t'aime encore aujourd’hui / J’veux pas savoir si t’as grandi… »), autres amours et cette manie de tout noter, les heures à faire l’amour et le nombre de je t’aime, la vie, tout simplement.

Par trois fois, trois plumes (la plus récente à Barjac l’été dernier), NosEnchanteurs a posé sinon un jugement au moins des mots sur ce spectacle (créé au Off d’Avignon en 2015), dont voici la version discographique, celle qui s’arrachera après ses concerts. Un disque passionnant, plus prenant encore, car intime, bien plus que les précédents, même s’il ne nous apporte rien de nouveau, pas le moindre inédit à se mettre dans l’oreille. Il se contente d’agencer, de rassembler, mettre en perspective des éléments tirés d’une œuvre. C’est brillant.

On a tellement écouté Romain Didier en pleurant Allain Leprest qu’il nous agréable de le retrouver uniquement dans ce qu’il a composé et écrit. Et dans ce qui l’a nourri. Parfois il chante autrui (Jonasz, Mouloudji, Bécaud), plus souvent il les évoque de son seul clavier (Aznavour, Barbara, Michel Legrand, Brel, Brassens, Vigneault, Ferré… subtils inserts plus parlants encore que s’ils étaient chantés), créant presque la bande-son de sa vie, retraçant sa route et les bornes blanches et rouges qui la jalonnent et en marquent à chaque kilomètre les étapes..

Sur scène, tout est chanté sans interruption aucune. Comme sur ce disque où tout s’enchaîne, comme dans la vie. C’est fou comme en écoutant cet album, on pense à soi-même, à nos vies faites d’événements et de p’tites chansons, parfois futiles, parfois très grandes, petits cailloux blancs du P’tit Poucet. Il y a beaucoup de mélancolie dans ce piano tout noir, qui a consigné toutes nos victoires, tous nos échecs. Et des passantes « qu’on laisse pourtant descendre / sans avoir effleuré la main ».

 

Romain Didier, Dans ce piano tout noir, Tacet/L’Autre Distribution 2016. Le site de Romain Didier, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. En concert le 5 décembre au Café de la Danse à Paris, les 13 et 14 janvier 2017 à l’Azimut à Estavayer-le-lac (CH), le 20 janvier au Théâtre Toursky à Marseille.

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Une réponse à Romain Didier : qu’y a-t-il à l’intérieur d’un piano noir ?

  1. Odile 2 décembre 2016 à 12 h 39 min

    En avril 2016 , j’ai eu le bonheur de découvrir en avant première son hommage à Francis Lemarque, avec Niobé au Train Théâtre de Portes les Valence, remarquable.
    j’aimerai beaucoup l’écouter dans ce piano tout noir!!
    Merci Michel et Patrick pour ce très bel article.

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