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Les Chants de mars 2017. Rodolphe Burger : chantonne cavalier mental

Rodolphe Burger (photo d'archives Ray Flex)

Rodolphe Burger (photo d’archives Ray Flex)

23 mars 2017, festival Les Chants de mars, Marché Gare à Lyon,

 

Entrée en scène de Rodolphe Burger, secondé par Christophe Calpini qui tient la batterie, le clavier de l’ordi et les autres sortilèges techniques. L’ex-leader de Kat Onoma nous emporte tout de suite avec le premier morceau, Good, de son album éponyme fraîchement sorti, dans une envolée musicale de haute volée, et enchaîne sur le deuxième titre de l’album, pour une Happy Hour aux notes ironiques, voire carrément mordantes : « On se retrouve ni mieux ni pire au bar […] / C’est le signal pour servir les cocktails de flatteries au venin aux voisins / Quant à moi merci bien je ne bois rien / Que des liqueurs abstraites produites à l’œil / Par magie blanche », déclare le chanteur sur son tabouret, sourire en coin et verre d’alcool à la main.

Ensuite, changement d’ambiance : « Quand reviendras-tu ? », répète-t-il  dans Poème en or d’Olivier Cadiot, toujours tiré de Good, s’abandonnant dans une interprétation presque incantatoire qui évoque son Cantique des cantiques, suivi d’une mise en musique du poète palestinien Mahmoud Darwich sur un ton semblable : « S’envolent les colombes… se posent les colombes » et nous font planer dans des boucles obsédantes « d’un pas immobile… » « je t’aime jusqu’à la fatigue ».

La suite nous offre quelques morceaux plus toniques. La guitare à la main, toujours assis sur son tabouret, le chanteur s’exprime aussi avec ses mains et de tout son corps, avant de revenir aux boucles avec An Lili d’après Goethe qui dit la peine d’aimer en allemand. Dans Providence d’Olivier Cadiot, il donne avec malice « un conseil d’ami » à celui qui souffre : « Il faudra apprendre à chanter / Et juste si possible / Mais pour ça, mon petit / Il faut être de bonne humeur / Sinon c’est sinistre. »

L’inoubliable Samuel Hall nous ressuscite le temps d’une chanson le grand Alain Bashung. Ensuite Burger abandonne définitivement son tabouret pour dire le début de Lenz, nouvelle de l’écrivain allemand Georg Büchner, le morceau qui clôt l’album Good: dévalant la pente avec le personnage, les mains dans les poches d’abord, puis s’exprimant de tout son corps, et finalement avec une guitare de plus en plus intense, il s’enfonce dans la nuit, l’obscurité qui tombe sur le paysage et l’esprit de Lenz pris dans la confusion et l’angoisse qui montent en crescendo « comme si la démence montée sur ses chevaux lui donnait la chasse »…

MAL ARMÉ, EN PREMIÈRE PARTIE Le ton est donné d’emblée : « Je suis atteint de poésie chronique », lance le chanteur de Mal Armé, trio de jeunes Lyonnais qui attaque ainsi frontalement. Entre chanson engagée aux prises avec une actualité révoltante, poésie revendiquée, affirmée et envolées musicales, ils nous communiquent « cette soif du monde dans les tripes / Loin des horizons de basse-cour », opposant un cri du cœur poétique et déterminé aux gens sages, trop sages et à un monde désenchanté : « Il n’y a pas de crapaud sur ta route, pas de princesse […] / Mais c’est la tristesse vagabonde qui nous grandit. » L’ambiance musicale se fait tantôt planante, prenante, en boucles, tantôt plus tonique, rythmique, un air de Noir Désir, aussi dans l’interprétation de Hugo Benin au chant qui déclame, réclame avec intensité… Mal Armé(s), « comme un glaçon dans le désert » ? Ils ne se défendent plutôt pas mal. « On reste en vie / Pas plus utile que le colibri dans l’incendie », mais en toute beauté; ils nous quittent sur des notes plutôt enjouées, pleines de vie, de soif d’avenir. Une belle découverte, à suivre !

MAL ARMÉ, EN PREMIÈRE PARTIE
Le ton est donné d’emblée : « Je suis atteint de poésie chronique », lance le chanteur de Mal Armé, trio de jeunes Lyonnais qui attaque ainsi frontalement. Entre chanson engagée aux prises avec une actualité révoltante, poésie revendiquée, affirmée et envolées musicales, ils nous communiquent « cette soif du monde dans les tripes / Loin des horizons de basse-cour », opposant un cri du cœur poétique et déterminé aux gens sages, trop sages et à un monde désenchanté : « Il n’y a pas de crapaud sur ta route, pas de princesse […] / Mais c’est la tristesse vagabonde qui nous grandit. »
L’ambiance musicale se fait tantôt planante, prenante, en boucles, tantôt plus tonique, rythmique, un air de Noir Désir, aussi dans l’interprétation de Hugo Benin au chant qui déclame, réclame avec intensité…
Mal Armé(s), « comme un glaçon dans le désert » ? Ils ne se défendent plutôt pas mal. « On reste en vie / Pas plus utile que le colibri dans l’incendie », mais en toute beauté; ils nous quittent sur des notes plutôt enjouées, pleines de vie, de soif d’avenir. Une belle découverte, à suivre !

Après cette descente aux enfers, Rodolphe Burger se tourne vers des sonorités plus rock, plus dures, comme dans Painkiller qui rappelle sa reprise magistrale de Radioactivity de Kraftwerk avec Kat Onoma, et Rien ni personne : « C’est le premier / Et le dernier / Et c’est le seul / Commandement / Tu ne tueras point / Veut dire / Tu ne tueras pas / C’est tout / Rien ni personne / C’est tout », rappelle-t-il d’un ton ferme.

À la fin, l’énergie musicale se déchaîne sur la scène et dans la salle, dans ce concert qui offre un bon équilibre entre l’enchanteur obsédant et le rockeur dynamique et entraînant que Rodolphe Burger incarne avec tant de charme et de brio. Il ne tirera pas sa révérence sans revenir pour deux rappels : un Eisbär en allemand qui fait danser l’audience, et un dernier retour avec un grand classique de Kat Onoma, La chambre, tout seul sur scène et tout en douceur pour ce morceau intimiste qui boucle la boucle.

Alternant ses guitares aux sonorités multiples et intarissables et les langues (français, anglais et allemand, parfois mélangés dans la même chanson), il nous entraîne aussi dans une improbable rencontre littéraire : on vire et tourne dans l’espace et dans le temps, de Samuel Beckett, Cummings, T.S. Elliot, Olivier Cadiot et Mahmoud Darwich à la littérature allemande des XVIIIe et XIXe siècles, avec Goethe et Georg Büchner…

« Seulement il lui était désagréable parfois de ne pas pouvoir marcher sur la tête », écrivait Büchner dans Lenz. À la sortie de ce concert, cela ne nous paraît pas tout à fait impossible…

 

Le site de Rodolphe Burger, c’est iciImage de prévisualisation YouTube

Une réponse à Les Chants de mars 2017. Rodolphe Burger : chantonne cavalier mental

  1. Popp 28 mars 2017 à 7 h 25 min

    Bonjour, je me souviens l’avoir vu avec Kat Onoma. Quel guitariste envoutant ! L’extrait posté ci-dessus m’évoque des groupes comme Television ou Can. (qui sont bien différents mais avec ce côté « free »)

    Répondre

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