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Magyd Cherfi : si jamais je m’en sors, je vous dis pas…

Magyd Cherfi (photo DR)

Magyd Cherfi (photo DR)

A en croire sa bio, il serait né « avec de l’encre dans les veines à la place du sang ». Longtemps « scribe » de sa cité, à la manière d’un écrivain public de proximité, il va bientôt nourrir, en parallèle, une œuvre plus personnelle faite de poèmes, de pièces de théâtre et de bouts de roman. Et, dit-on, à la manière d’un Cyrano, de lettres d’amour pour ses potes… Bientôt, dès 1985, ses vers nourriront les chansons du groupe Zebda, dont les membres sont tous issus du même quartier des Izards, à Toulouse : Le bruit et l’odeur, Essence ordinaire, Utopie d’occase… Et les siennes : Cité des étoiles, en 2004, et Pas en vivant avec son chien, en 2007.

Le chanteur est devenu écrivain. Son troisième livre, Ma part de gaulois, fut l’an passé en lice pour le Prix Goncourt.

magyd-cherfi-categorie-reine_3358018Catégorie Reine, le nouvel album de Magyd Cherfi, tient de l’autobio- graphie. En des chansons teintées sépia, la mélancolie prédomine. Une mélancolie joyeuse qui, même s’ils sont parfois tristes, convoque les souvenirs de son enfance, de son adolescence. Du quartier. Comme le ferait un historien du lieu, impliqué car acteur, l’écrivain public qui en consigne les faits, les mœurs de l’époque cheveux au vent « où les brunes ne voulaient pas du voile ou du couvent ». Où le rapport aux filles a son importance : « Nous c’était ils / Sur le trottoir d’en face il y avait c’était elles / Le petit problème / Voyous au féminin / Ça fait jamais voyelles ». Faut-il vous dire que ce disque est féministe au-delà des rimes ?

En douze plages, tout est témoignages, souvenirs. Il y a Papa, à qui personne ne jamais dit « vous » (« Est-ce qu’il faut deux tu pour faire un vous ? »). Et maman, qui toujours dit « non », et « inch’allah » : « […] elle parlait, la malheureuse / Un français à la scie sauteuse / Pour comprendre un mot sur deux / On s’accrochait à ses yeux ». Cherfi a les mots de l’amour, de la douceur… « Pleurer sa mère / Tant la vie est amère ».

Cherfi chante de petites choses qui ne le sont pas. Des bribes d’émotions et d’indignations qui, mises bout à bout, font histoire, font roman. Et pure dignité. Il y a en Magyd Cherfi le Cavanna des Ritals, belle écriture qui est une part de siècle, témoigne de vies avec humour et émotion. Qui, longtemps après, porte encore en son sein les humiliations, les espoirs même vains, les relate : « Les gens tristes ont plein d’espoir » (très beau duo turfiste avec Olivia Ruiz, un des sommets de ce disque).

TOUJOURS « MOTIVÉS ! » Signalons, vingt ans après, la réédition (et nouvelle version) du fameux disque éponyme de Motivés !, dont la formation reprend la route pour une série de concerts. « Un participe passé qui continue à se conjuguer au présent ». Motivés !, ce sont des chants de lutte d'ici et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui : Bella ciao, La butte rouge, L'estaca, L'âge d'or, La Cucaracha, Hasta siempre, Le temps des cerises, Bandiera rossa... Largement de quoi participer aux luttes actuelles, en entretenir la flamme, les alimenter en chansons. Dans le groupe toulousain, on retrouve les frères Amokrame (Mouss et Hakim) mais pas, cette fois-ci, Magyd Cherfi. Aux chants avec eux, Carima Amarouche (Karimouche !) et Laetitia Dutech.

TOUJOURS « MOTIVÉS ! »
Signalons, vingt ans après, la réédition (et nouvelle version) du fameux disque éponyme de Motivés !, formation qui reprend la route pour une série de concerts. « Un participe passé qui continue à se conjuguer au présent ». Motivés !, ce sont des chants de lutte d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui : Bella ciao, La butte rouge, L’estaca, L’âge d’or, La Cucaracha, Hasta siempre, Le temps des cerises, Bandiera rossa… Largement de quoi participer aux luttes actuelles, en entretenir la flamme, les alimenter en chansons. Dans le groupe toulousain, on retrouve les frères Amokrame (Mouss et Hakim) mais pas, cette fois-ci, Magyd Cherfi. Aux chants avec eux, Carima Amarouche (Karimouche !) et Laetitia Dutech.

Tronches et tranches de vie, dans la Cité, vies banales et bancales, monotones, frustrations, soumission et transgression. Et d’irréalistes rêves. « Mais que fait l’arbitre ? / Il déconne à plus d’un titre ». Cherfi est un humaniste, un sage, capable de poser un regard lucide sur lui et les siens. Et, par eux, sur une société.

Il est facile avec un peu de savoir-faire, d’habileté, d’écrire quelques couplets, de se mettre à la place d’autrui. Magyd Cherfi le fait, lui, avec sa propre vie, sa chair. Il écrit et compose (c’est rythmé et joyeux, un peu « caraïbes ») avec son propre sang : « Si jamais je m’en sors, je vous dis pas… » Il s’en est sorti et nous le chante.

C’est un disque bouleversant, qui se lit, s’écoute, se pleure et se rit. Au terme de 2017, quand viendra l’heure des bilans, il y a de fortes chances qu’on retienne ce disque comme un des plus beaux de l’année.

Magyd Cherfi, Catégorie Reine, LKP/[Pias] 2017. Le site de Magyd Cherfi, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

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