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Avignon Off 2017. Clément Bertrand, les mains moites et la gueule ouverte

Clément Bertrand (photo Dominique Condou)

Clément Bertrand (photo Dominique Condou)

7 juillet 2017, l’Arrache-Cœur à Avignon,

 

Il ne faut pas se le cacher, Clément Bertrand parle aux femmes. Parce que le sujet principal de son dernier album Peau bleue ce sont elles, parce qu’il le traite bien, sans retenue, en homme sûr de lui, même s’il a aussi ses doutes, et parce qu’il sait comme peu se mettre à leur place.

Tant que même en ayant commenté son concert récemment à Venelles, en Provence, je n’ai pu que retourner le voir en juillet dès le premier jour, dans ce temple de la chanson qu’est devenu le petit Théâtre de l’Arrache-Cœur, au sein de la programmation Talents Adami.
Tant qu’Agnès André qui commentait déjà en 2014 Clément dans la Vallée du Buëch dans les Hautes-Alpes entre chanson libertaire et, déjà, chanson passion, est venue de très loin pour prendre la température de la Peau bleue de Clément (voir l’encadré).

Revu hier aussi à mi-parcours de la course de fond en Avignon, le très poétique spectacle de Clément Bertrand. Il aime le verbe mais surtout le verbe aimer. Son moteur marche à l'essence des mots, les sens interdits. XAVIER LACOUTURE

Revu hier aussi à mi-parcours de la course de fond en Avignon, le très poétique spectacle de Clément Bertrand. Il aime le verbe mais surtout le verbe aimer. Son moteur marche à l’essence des mots, les sens interdits.
XAVIER LACOUTURE

Clément a besoin des femmes de sa vie, mère tutélaire, figure de proue de la liberté, les seins fièrement à l’air. Ou sœur partie au Québec, rebaptisée  tendrement  Branleuse,  pour laquelle il veut « renflouer les trous du compte en manque ». Et puis son (ses) amoureuse(s), parce que ce n’est pas facile de signer le contrat pour 60 ans : « Demain tu vas claquer ta porte / Et voir plus loin puisque j’y suis ».

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit; Clément Bertrand ne plaît pas qu’aux femmes, les hommes sont ses meilleurs copains et les enfants sont prêts à le suivre en bateau jusqu’à l’île d’Yeu…

Ce vendredi, ceux qui ne l’ont jamais entendu ont dû être saisis par ce concert qui concentre les chansons les plus brûlantes de son répertoire, même si la mort et la mer ne sont pas oubliées.

S’il a l’habitude de dire qu’il arrive les mains moites et la gueule ouverte, certain[e]s ont dû ressentir les mêmes symptômes, jugez-en : démarrage sur Ta nuque : « Un cul qui crève tant les yeux / Qu’on lui ferait bien deux trois trucs / Mais je m’irai l’étudier mieux / Après ta nuque » Admirez l’érotisation inhabituelle de cette partie du corps…

ET L’AMER ET L'AMOUR ONT LA MER EN PARTAGE Dans la salle Moustaki de l’Arrache-Cœur qui accueille les « Talents Adami », Clément Bertrand le serre, le tord justement ce cœur. Sous les accords électriques de Nolan Rivetti qui l’accompagne, la voix se pose. Mise en scène minimaliste, il fait noir dans la salle et les mots de Clément Bertrand, voix grave, se contentent des chansons. Chansons d’amour déçu, de départ, de mort au comptoir…  Sensuelles, le corps n’est jamais loin du cœur - « elle va sa main caressant sous le tissu qui la contient », mis à nu devant nous ; nu ouvert à vif où tout s’observe et renvoie à son propre intérieur - « mais putain la vie est courte ». Salées aussi, flux et reflux lascif de la mer, cette mer qui borde l’île d’Yeu, omniprésente, île natale de Clément Bertrand où subsistent dans l’air souvenirs de famille et leurs embruns. Puis le jeu mélancolique de Nolan Rivetti, comme le reste que les mots ne peuvent exprimer, un écho qui chavire. On sort au bout de l’heure réglementaire de cette intime salle obscure un peu retourné, inadapté au soleil. L’univers qu’on vient de quitter difficilement s’évapore : allez, il faut à la couleur reparler, il faut se revêtir de sa peau de jour et revenir aux cigales. C’est que l’on prend vite goût à la mer. AGNÈS ANDRÈ (photo Dominique Condou)

ET L’AMER ET L’AMOUR ONT LA MER EN PARTAGE
Dans la salle Moustaki de l’Arrache-Cœur qui accueille les « Talents Adami », Clément Bertrand le serre, le tord justement ce cœur. Sous les accords électriques de Nolan Rivetti qui l’accompagne, la voix se pose. Mise en scène minimaliste, il fait noir dans la salle et les mots de Clément Bertrand, voix grave, se contentent des chansons. Chansons d’amour déçu, de départ, de mort au comptoir… Sensuelles, le corps n’est jamais loin du cœur - « elle va sa main caressant sous le tissu qui la contient », mis à nu devant nous ; nu ouvert à vif où tout s’observe et renvoie à son propre intérieur - « mais putain la vie est courte ». Salées aussi, flux et reflux lascif de la mer, cette mer qui borde l’île d’Yeu, omniprésente, île natale de Clément Bertrand où subsistent dans l’air souvenirs de famille et leurs embruns. Puis le jeu mélancolique de Nolan Rivetti, comme le reste que les mots ne peuvent exprimer, un écho qui chavire.
On sort au bout de l’heure réglementaire de cette intime salle obscure un peu retourné, inadapté au soleil. L’univers qu’on vient de quitter difficilement s’évapore : allez, il faut à la couleur reparler, il faut se revêtir de sa peau de jour et revenir aux cigales. C’est que l’on prend vite goût à la mer.
AGNÈS ANDRÈ
(photo Dominique Condou)

Si vous n’aviez pas bien compris, il enchaîne directement avec une chanson hors album mais de la même…trempe, Le toucher, chef d’œuvre de délicatesse érotique dont nous avons déjà parlé. J’imagine les questions à Maman en fin de concert. Je ne peux m’empêcher de vous en citer un nouvel extrait :« Elle se donne bien du mal / A se faire bien du bien (…) Elle se bat contre la nuit / Et c’est le jour qui la couche ». C’est là qu’il nous faut parler de Nolan Rivetti, dont le talent n’a d’égal que la discrétion, qui fait pleurer sa guitare électrique en parfait accord avec les cordes acoustiques de Clément, offrant aussi des solos de toute beauté. Confirmant la possibilité d’un rock poétique, mais on a tellement d’exemples qu’on ne peut guère en douter. On apprécie la qualité du son qui magnifie  les paroles, toujours compréhensibles, tout autant que la musique.

Comme  si ce n’était pas suffisant, le voici braillant aux étoiles : « Elle était nue, presque nue, je rêvais que j’étais son mec ». Si je dis braillant, c’est d’une part parce que c’est lui qui le dit (je ne me serais pas permis), et aussi parce que le niveau sonore de la voix qui s’éraille est particulièrement intense. D’autres chansons seront, en opposition, presque susurrées sur de doux accents de guitare : « Je reviens croquer ton sourire / Puisque je n’ai plus faim de rien / d’autre à la table de tes reins / Que de te regarder dormir. »

Comment rendre ses souvenirs : « On s’insultait tous les jours avec délicatesse / en emboîtant des mots comme les corps s’encastrent » Il faut venir l’écouter, ce texte qui introduit la mélancolique Montparnasse. Les mots de la séparation y sont aussi des perles de larmes, pas des imitations, mais des bijoux baroques de créateur. Perles encore, de sueur cette fois, à cœur battant, qui seront offertes en finale. Entre ces moments d’intense émotion Clément est presque timide, une certaine pudeur d’homme, comme s’il avait déjà tout donné dans sa chanson-poésie.

 

Venez, c’est tous les jours sauf le lundi, à 16h30 salle Moustaki jusqu’au 30 juillet 2017. Le site de Clément Bertrand, c’est ici . Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

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