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Barbara Weldens, 1982-2017

(photo DR)

Barbara Weldens (photo DR)

L’ironie du sort veut que la presse nationale parle d’elle aujourd’hui. La presse enfin parlerait de chanson ? Oui, mais non : c’est pour tartiner autour de sa mort accidentelle, comme si nos charognards, nos pisse-copie, se substituaient au médecin légiste. Europe1, Le Parisien… toute la presse ou peu s’en faut, même Closer et le blog de Morandini qui aiment tant à racoler… Barbara Weldens est morte foudroyée hier, lors de son concert dans l’église des Cordonniers à Gourdon, dans le Lot, en Quercy, dans le cadre du 9e Festival Léo-Ferré.

Le monde de la chanson est en deuil, d’un deuil cruel car tragique. Barbara Weldens, 35 ans, s’était imposée depuis quelques années sur scène, où elle nous impressionnait chaque fois.

Rappelons que Barbara Weldens venait de sortir, en février de cette année, son premier album, Le grand H de l’homme, qu’elle avait été lauréate du Pic d’Or de Tarbes et venait de recevoir un Coup de cœur de l’Académie du disque Charles-Cros. Barbara Weldens devait se produire à Barjac, en première partie d’Yves Jamait. Un artiste n’est pas interchangeable et Barbara ne sera pas remplacée.

Le festival Léo-Ferré de Gourdon, débuté il y a deux jours, est, lui, annulé.

 

En guise d’hommage, voici que qu’écrivait il y a peu, pour NosEnchanteurs, Sylvie Milczach : nous n’aurons pas d’autre mot pour dire notre peine, pour accuser ce coup du sort.

A Thou bout d’Chant, Lyon, 26 janvier 2017. C’est fin, c’est fort, c’est audacieux. Barbara Weldens porte en elle le vibrant étendard de la condition d’être femme. Petit f rencontre petit h, elle porte haut et avec des textes ciselés l’envers du décor amoureux. D’entrée, le ton est donné. Escarpins rouges, élégance en noir, du glamour sur mesure, l’illusion est parfaite, étincelante comme les lumières accrochées à ses pendentifs d’oreille aux éclats argentés. Stop ! A peine le temps d’écrire cette phrase, elle avait déjà ôté ses souliers, descendu le micro de dix centimètres et narré l’hystérie d’une nuit loin de lui. « Reste ! et je t’expliquerai pourquoi du pain bloque les rouages du réveil matin ? » Comme si Bridget Jones s’était étoffée d’accents à la Klaus Nomi, d’une belle énergie punk, de cris d’entrailles, de tripes, de sang, de vie, de vrai.

« Vous aimez les chansons d’amour ? » Sous la plume précise et incisive de Barbara Weldens, on se laisse porter d’une histoire désastreuse à un « va voir ailleurs », embarqué par de jouissifs oxymores. « Faire de ma vie une suintante symphonie », l’artiste nous la joue réaliste et nous balade jusqu’à cette Purple room qui fait monter le cri. Lumière sur le public, « à la genèse, elle a 13 ans dans sa chambre mauve », frisson, mélopée du chœur des femmes qui saigne. Elle est fortiche la Weldens, a jeté une bombe et poursuit, Madame Loyal de ce grand cirque émotionnel pour une ambiance gramophone et encore un amour raté. Ah, la vie est mal faite des fois, s’exclame la gouailleuse poétesse. Parce que ses textes, elle les écrit depuis longtemps et sa subtile maîtrise affleure à chaque mot.

Des envies toujours inassouvies, des hommes blessés, les flancs, le corps, ses attributs décortiqués, féminine condition de gourgandine incarnée par la violoniste Marion Diaques, alter ego de la pianiste Barbara Hammadi ; acide, acidulé, le tour de chant se resserre. Le trio de choc et de charme dégaine toute la puissance de sa verve. On y vient, et ça grince sous l’archet, Lewis Carroll au-delà du miroir, référence introduite d’un ton si innocent. Poème d’introduction, avec une petite touche qui fait basculer une fois encore avec brio vers un autre registre. Barbara Weldens s’est permis d’y ajouter un refrain : « Merci Monsieur Lewis, merci Monsieur Carroll, d’avoir fait d’Alice au pays des idoles une baby doll, un sex symbol. »

(photo Barbara Heide)

(photo Barbara Heide)

Les oripeaux de la féminité conditionnée s’effeuillent comme des couperets pour faire « place au macho de (ses) tripes ». Chair androgyne arborée, le rythme primitif remplace les variations parfaitement exécutées de la panoplie séductrice. La conquête du grand H commence ! Homosapiens, Homme, eux, nous, quoi. Et de bondir en simiesque déambulation, l’esprit de ses origines circassiennes n’est jamais loin. Le public assiste alors à un manifeste féministe de haute tenue, la parade du trio, mais, excuse, « je ne suis pas misandre, je suis poète ». Et quelle voix pour clamer cette identité bicéphale. On rit, on exulte, le on étant ces femmes, ces hommes, « égaux dans le grand H qu’ils ont conquis » : « je les entends parfois rire à la même table », entonne-t-elle assise au milieu du public, soudainement frêle, « viens, il n’y a plus rien de ce foutu passé qui puisse nous réchauffer ». Un couple s’embrasse, un autre s’enlace, ça frisonne sous les voûtes.

« Je me sens trop légère, il faudrait me lester », un cri incarné qui prend feu a capella, porté par le trio ovationné. Thèse, antithèse, synthèse.

 

Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Barbara Weldens, c’est ici. Image de prévisualisation YouTube

8 Réponses à Barbara Weldens, 1982-2017

  1. mabut christiane 20 juillet 2017 à 11 h 35 min

    Infos de 11 h sur France Inter : journée noire, quelle tristesse, quelle injustice ! je l’avais découverte – éblouissante ! – lors du festival Attention les Feuilles au Rabelais à Meythet – heureusement il reste qq enregistrements, 1 Chanson Boum, Hexagone n° 1… Barbara on ne t’oubliera pas !

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  2. Eva Daugey 20 juillet 2017 à 11 h 52 min

    (commentaire sur cet article publié sur facebook)

    Ho merde, elle était géniale à suivre la dame… Ho bordel…. C’était une môme…

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  3. Pol de Groeve 20 juillet 2017 à 11 h 53 min

    Décédée en plein concert ? La mort idéale pour un artiste, mais bon, c’est quand même 50 ans trop tôt…

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  4. Jean Luc Dieu 20 juillet 2017 à 11 h 55 min

    Quoi ? Merde alors ! Je la découvrais et me réjouissais de la voir dans 10 jours à Barjac.
    Tragique ! Que dire de plus ?

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  5. Jean-Marc Roullet 20 juillet 2017 à 11 h 56 min

    Quelle claque et des émotions fortes pour cette nouvelle triste, j’ai eu la chance de la découvrir cette saison à A Thou Bout d’chant à Lyon, une si belle soirée avec une femme de caractère, talentueuse et sans concession, Au revoir Barbara !

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  6. Martine Rigaud 20 juillet 2017 à 11 h 59 min

    Pas possible ! Je ne peux le croire… Elle était si belle la semaine dernière à Blanzat ! C’est pas vrai !!!

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  7. Catherine Laugier 20 juillet 2017 à 19 h 38 min

    Lasse que le public ne découvre les artistes véritables que nous défendons seulement au moment de leur mort (je ne parle pas des fidèles lecteurs bien sûr). Je suis triste et très perturbée. Voici la liste d’écoute commencée il y a longtemps déjà et mise à jour :
    https://www.youtube.com/playlist?list=PLjgARH5GHfS_C6pkKqLV5zgzQYDci2Kn3

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  8. Michel Kemper 21 juillet 2017 à 8 h 06 min

    Complément d’information paru ce vendredi 21 juillet 2017 sur le Quotidien La Dépêche :
    http://www.ladepeche.fr/article/2017/07/21/2615911-chanteuse-pieds-nus-est-morte-scene-festival-gourdon.html

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