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Fabian Tharin, un petit truc en suspension

Fabian Tharin et Patrick Dufresne à la MJC de Venelles Photo ©NicolasBlanchard

Fabian Tharin et Patrick Dufresne à la MJC de Venelles Photos © NicolasBlanchard

MJC de Venelles, 17 mars 2018, Fabian Tharin en duo,

 

Nous en France on n’aime pas les Suisses. Ils sont trop riches, on est jaloux. Trop disciplinés, tout le temps en train de voter. Leur herbe est trop verte, leurs vaches trop mauves, leurs montagnes trop blanches et leurs lacs trop grands. D’ailleurs on n’a jamais de chanteurs suisses sur NosEnchanteurs. A part Auberson, Aymon, Bel Hubert, Buhler, Eicher, Fraissinet, Gerbert, Gilles, Huser, Kisling, Lautomne, Narcisse, De Pool, Rinaldi, Romanens, Sarcloret, Scheder, Tharin et consorts… on n’en connaît aucun.
 
La seule chose qu’on porte à leur crédit, c’est qu’ils chantent en général de la chanson recherchée avec de jolis instruments. On n’écoute que ceux qui parlent français, parce que les autres, on comprend pas ce qu’ils disent. Et puis, la semaine prochaine, c’est celle de la francophonie, et on y tient. Alors même si on sait que Fabian Tharin a un côté punk, on est venu sans crainte à Venelles. On sait qu’il chante des incongruités mais en souriant, et d’une voix douce, souvent à la guitare avec clavier et batterie. Qu’il s’y hasarde, à venir nous narguer dans nos villages traditionnels de Provence.

Pourtant sur scène il n’y a que des instruments électroniques. Ordinateurs, pads, synthé, séquenceurs, pédales, que sais-je, je suis loin d’être spécialiste de cette musique de sauvages. Je me permets d’utiliser ce qualificatif, puisque le disque de ce projet alternatif – pour l’instant quatre titres, mais on nous annonce pour bientôt un album complet – est édité par Musique sauvage/[PIAS]. Je n’invente rien.

À ma gauche, Patrick Dufresne, le maître du drumpad, en blouson bomber de satin crème, marqué au dos en très grosses lettres Fabian Tharin, et Fosbury. Le nom de l’album, parce que Fabian, il a décidé de faire les choses de dos, pour changer, comme le célèbre athlète. Et même l’amour, pour ne jamais s’en lasser : « On s’ra allongé l’un contre l’autre. On s’aimera à l’envers ». Et donc, à droite, Fabian, cheveux discrètement patinés légèrement ébouriffés « J’ai les cheveux qui s’envolent en rond », t-shirt rayé, sweat gris attesté INCOHÉRENT, jeans à revers, tennis de toiles blanches.

Tharin dufresne dansantDéjà dans son précédent album long Swiss Rebell (2014) – deux termes en principe incompatibles – il nous disait qu’il fallait écrire avec les pieds, et sans les mains. Il va d’ailleurs s’acharner à nous le prouver pendant tout le concert, à danser sur place tout seul en nous lançant des petits sourires craquants d’ado pris en faute à la fin de chaque chanson, comme pour s’excuser de nous secouer les neurones, de nous faire taper des pieds au risque de provoquer l’effondrement de la salle par résonance. Et il réussira, puisque certains, ou plutôt certaines, finiront par aller danser sur scène. Faut vous dire Messieurs, que ça ne fait que trois ou quatre fois que le duo présente cette nouvelle performance, toujours devant une salle debout de jeunes déchaînés, et qu’ils balisaient grave devant l’assistance tranquille de la MJC. Fallait pas.

Fabian semble utiliser en premier ses dernières cartouches, en défonçant dès le départ tous les tabous : l’amour (la très tendre Ne va pas te faire foutre), le sexe, la mort (« J’sais pas vous mais moi aux enterrements j’ai (…) toujours  un peu envie d’baiser »), la vieillesse « Même la dernière pluie vieillit pour pas que le monde se grippe (…) Et tout ça sans pathos, sans réclamation, juste avec un léger voile de tristesse ».

THARIN solo WSur la forme, c’est entre hip-hop et chanson, une voix très douce mais très efficace, d’insistantes répétitions qui donnent le rythme, et l’arrangement électro percutant. Il y glisse quelques mots d’anglais juste pour emm… son ancien manager. On est rebelle ou on ne l’est pas. Sur le fond l’art de la formule, issue d’un cerveau en ébullition perpétuelle : « L’angoisse sans doute et ce rapport un peu névrotique que j’entretiens avec la symétrie » - « C’est pas toi qui m’a plu / C’est tout ce mouvement qu’y avait au fond de nous » – « La mort est quand même une intrusion grave dans votre intimité » – « Elle laisse traîner ses idées partout dans ma chambre » – « Y’a des bouts de verre un peu partout sur la surface de contact ».

Il prétend que le but de cette soirée, c’est faire les couillons, danser et baiser en rentrant. Pourtant rien à voir avec les phrases vides des pops singers à paillette. Même si ça fait Ta ta ta ta tam et que les idées se suivent et ne se ressemblent pas toujours, ne se rassemblent pas. Les sujets : la Beauté, la Poésie… la Vie. 

Tharin vertical WLa poésie, c’est comme un streaker qui court libre et léger avant de se faire plaquer par un stadier : « Que pensent mes g’noux de la beauté / C’est ça que tu veux savoir ? » L’art de saisir chaque instant comme un événement : « Et nous deux en sortant du bain c’est rigolo / On  a la peau des mains toutes ridées », d’en démonter l’absurdité tout en réordonnant le chaos : le froid d’une route de montagne, une nuit de Noël, la déception d’un mythe qui s’écroule : Michael Jackson était chauve…

Assis face à nous sur une baffle dans une posture pas si loin de celle du penseur de Rodin, il nous parle de sa quarantaine, de son désir de dire la même chose mais dans une nouvelle forme, de se poser des questions, de faire des essais. Las de s’auto-congratuler dans de la belle chanson, il  cherche à se décaler d’un degré pour créer des  réactions chimiques. Et bien, je vais vous faire un aveu : ça marche. Tout ça pour vous dire, que des enfants aux grands mères, on a tous aimé ce spectacle, et qu’on y reviendra. S’ils veulent bien remettre leurs pieds dansants à Venelles. Il n’y a pas de raison, ils nous ont dit avoir été très bien reçus !

Nous les Suisses, on les adore.

 

Le site de Fabian Tharin, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là. En vidéo Michael Jackson, encore accompagnée par un orchestre, et un des quatre clips de Fosbury, Y’avait d’la lumière partout.

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