MonsterSongs, chanson d’effroi et de frissons | NosEnchanteurs

MonsterSongs, chanson d’effroi et de frissons

MonsterSongs (détail de la couverture - dessin Olivier Le Discot)

MonsterSongs (détail de la couverture – dessin Olivier Le Discot)

Deux fois ne font pas coutume, mais. Par deux fois, cet éditeur (Y.I.L.) de bandes dessinées, sort de ses presses un ovni conjuguant livre et disque. Non des monstruosités, loin s’en faut, mais. Ce livre là se nomme MonsterSongs et se présente en deux produits différents. A l’origine, un beau livre fantastique, avec des histoires à ne surtout pas dormir : MonsterLand, de Jean-Pierre Joblin et d’Olivier Le Discot. Et désormais ce livre-disque en guise de second tome : MonsterSongs.

MonsterSongs, donc. En fait quatorze chansons interprétées par Lou Saintagne, écrites par Joblin, composées presque toutes par Malto (une par Joblin, l’autre par Lulu Borgia) par ailleurs arrangeur du disque. Un disque dans un écrin où, pour mieux entrer dans les chansons (pour les prolonger aussi), nous sommes invités d’abord à lire un récit, La Perruque, nouvelle pièce de la série MasterLand, dont les chansons sont en partie inspirées, comme elles le sont aussi de la littérature fantastique, d’Edgar Poe à Maupassant. De Baudelaire et de Villon aussi. Si vous appréciez les histoires sombres où l’horreur vous attend à chaque coin de page, à chaque plage, où les coupe-gorge sont légion, alors vous aimerez plus que de raison. « Nos crânes craquent nos dents déraillent / On donne dans l’horreur surannée / Face à vos warriors qui mitraillent / Les glace-murailles font rigoler » Tout est du même acabit, glaçant et un tantinet sanguinolent.

monstersongs 2La chanson fait peu dans ce genre habituellement. Est-ce d’avoir aux 18e et 19e siècle, par ses colporteurs, raconté tant de crimes, mis en rimes tant de criminels, de Joseph Vacher, le tueur de bergers, à Landru, le coupeur de dames, qu’elle s’est tue, toujours est-il qu’elle a depuis longtemps déserté ce champ d’investigation, ces chants d’effroi et de frissons. Tout juste il y a quelques années, Thomas Fersen s’en était fait un malin plaisir, sur tout un album (Je suis au paradis, 2011). Là, par Joblin et Saintagne, on replonge dans l’hémoglobine, on se refait une santé ! « Démon d’ébène, diable moqueur / Retire ton bec froid de mon cœur / Retourne à ta nuit de malheur ! » Chansons nocturnes où s’ébattent Dieu et Diable, faites de demeures lugubres, de cercueils comme s’il en tombe, de lits et de pieux, de voletées de chauve-souris… « Aussi ne me réveillez pas / Quand sous ma chevelure de lierre / J’entends des voix, j’entends des pas / J’écoute le murmure des pierres ».

13718507_128341927599963_8853083464258218338_nStylée Gréco ou Mischler dans la voix, Lou Saintagne fait merveille, chaleur au sein de textes souvent glacés (« On a du froid dans les entrailles… ») mais pas sans humour (parfois) ni amour, alternant l’ombre et la lumière, le désir et bien pire (« Moi j’ai du goût pour les vampires / Les vampires avec des dents »), épousant toute situation, ajoutant même aux dramaturgies. Jolie interprétation d’une artiste méconnue, qui évolue certes dans la chanson mais aussi dans nombre de disciplines des arts tels que cinéma, télé et radio, danse et publicité. C’est excellent ! Tant qu’on aimerait voir sur scène une telle sélection de chansons par cette dame.

Seul reproche à ce livre-disque (nous pouvions le dire pareillement pour le François Villon corps à coeur de Joblin et Daraquy dans cette même collection) : ces caractères au corps trop petit, ce texte au fer, non justifié donc, à l’interlignage bien trop serré, handicapent la lecture et peuvent freiner nos ardeurs.

 

Joblin, Le Discot, Malto, Lou Saintagne, MonsterSong et Chansons monstrueuses, livre-disque, YIL 2017. La page facebook de Lou Saintagne, c’est ici.

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Une réponse à MonsterSongs, chanson d’effroi et de frissons

  1. Catherine Laugier 10 juin 2018 à 10 h 17 min

    Est-ce que Yanowski avec le Cirque des mirages ou La passe interdite n’est pas également de cette veine là ?

    Répondre

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