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Keith Kouna, shérif trois étoiles

Keith Kouna (photo DR)

Keith Kouna (photo DR)

C’est par hasard, en 2013, aux Francofolies de Spa, que j’ai découvert le chanteur québecois Keith Kouna. En attendant le concert d’une grosse vedette, je flânais dans un autre espace et je l’ai entendu faire sa balance. J’ai tout de suite été accroché, à la fois par le personnage, lutin bondissant à la gestuelle rappelant Gotainer, et par sa voix nasillarde, à mi-chemin entre Didier Wampas et Richard Desjardins. Illico, j’avais abandonné mon projet d’applaudir la star que je m’étais programmée, pour me consacrer à ma découverte. Bien m’en avait pris. Son CD Du plaisir et des bombes avait confirmé tout le bonheur pris à son concert, en particulier pour Anna qui a rejoint mon panthéon personnel des chansons à emporter sur la fameuse île déserte.

J’étais donc particulièrement heureux de reprendre de ses nouvelles avec le débarquement chez nous de sa galette toute neuve (disponible outre-Atlantique depuis octobre dernier déjà), Bonsoir shérif. Et le moins que je puisse dire, c’est que la surprise était au rendez-vous…

C’est que je ne m’attendais pas à ce que le chanteur largement quadragénaire renoue ainsi avec sa jeunesse et nous ponde un disque de punk digne des groupes qui l’avaient biberonné adolescent. Vous aimez le rock qui va vite, qui fonce à l’essentiel, aux textes acérés et sans fioritures, toutes guitares hurlantes en avant ? Alors ce CD est fait pour vous ! Et bon dieu, que ça fait du bien.

a1292912325_10Le ton est donné dès le morceau d’ouverture. Les paroles sont faciles à retenir : Ding dang dong. Trois mots serinés à toute vitesse pour tout couplet et repris en chœur avec emphase en guise de refrain, sur un lit de guitare-basse-batterie (le trio éternel du rock). Morceau emballé en moins de deux minutes. La machine à remonter le temps la plus efficace du monde !

La suite sera à l’avenant. Du rock tranchant musicalement et des paroles énervées. C’est qu’il en a marre, Keith Kouna, et il a envie de le faire savoir, dans l’urgence et l’irrespect. Il le proclame même fièrement, qu’il est mal élevé (Shérif), que l’humanité ne lui inspire plus aucune bienveillance (Voilà les charognes/Et les mouches à merde/Voilà les hordes de chacals/Et les hyènes/Voilà les rangs d’asticots/En manque d’amour/Voilà les svastikas/Et les vautours) et qu’il serait temps de se réveiller (Voilà les marchands de sable/Et les autruches/Voilà les bons citoyens/Dans la ruche). La mode et sa superficialité, la religion (T’as le Coran/Et t’as la Bible/T’as la laisse/T’as la Torah/Et t’as la bride avec), la guerre, la montée des extrémismes, l’argent, les migrations… Autant de sujets qui alimentent sa colère, guident sa plume, aiguisent sa voix. Des textes durs, aux vers courts et incisifs, qui ne font cependant pas l’impasse sur l’émotion (en particulier sur Madame, tableau glacé et glaçant du choix qui s’offre au candidat à l’exil).

Bonsoir Shérif est un disque revigorant. Un disque d’ado, mais par un artiste en pleine possession de son art, qui nous offre en partage ses angoisses et ses énervements, et nous prend à témoin de sa désillusion (J’suis un hippie fataliste/Qui ferme le bar avec Bouddha/En causant suicide). Un disque old school dans sa formule musicale (le rock basique a-t-il encore la cote à l’heure du tout-venant électro ?) mais à même de plaire à toutes les générations, pour qui désire se défouler sans souci des convenances. De l’énergie en rondelle. Une cure de jouvence.

 

Keith Kouna, Bonsoir Shérif, Ambiances ambiguës, 2018. Le site de Keith Kouna, c’est ici. Image de prévisualisation YouTube

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