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Namur 2018. Des Négresses vertes et des bien mûres

 

Stéphane Mellino des Négresses vertes à Namur Photo Soline de Goeve

Stéphane Mellino des Négresses vertes à Namur Photos DR

Les Solidarités, Namur, 25 août 2018.

Enfourchons notre machine à remonter le temps et rejoignons la fin des années 80. En ces temps heureux, le rock français se découvrait un nouveau visage et une véritable identité, loin des influences stoniennes de Téléphone, du hard rock gentillet de Trust ou de la new-wave d’Indochine. La France se réveillait soudainement métissée et se lançait dans un melting pot musical de rythmes orientaux, de musette traditionnelle et de rock déconneur. Les groupes phares s’appelaient Mano Negra, les Garçons bouchers, Pigalle, Les Satellites ou les V.R.P. Tous synthétisés dans ce sketch immortel des Inconnus : la Négra Bouchbeat.

Au sommet de la montagne trônait un ensemble bigarré : Les Négresses vertes (surnom qu’un sorteur leur avait balancé un soir, eu égard à la crête de punk colorée qu’ils arboraient). En 1988 sortait leur premier album, culte s’il en est : Mlah (« Tout va bien » en arabe). Du rock festif, mêlant guinguette et rythmes méditerranéens ou latinos. De la world music biberonnée au punk. Un modèle de rock alternatif, source d’inspiration majeure pour tant d’autres formations des années 90 et suivantes.

Négresses vertes Namur 2018 Soline de Groeve webLe groupe a encore connu un joli succès avec son Famille nombreuse de 1991. La mort par overdose de son chanteur charismatique Helno lui portera toutefois un coup fatal. Les Négresses vertes poursuivront leur chemin quelques temps, explorant d’autres voies mêlant électro et rythmes orientaux, avant de se séparer en 2001.

2018 est l’année de leur grand retour sur scène, à l’occasion des 30 ans de leur premier album mythique. A les voir débarquer sur scène, malgré le sang neuf de nouveaux musiciens à la batterie et à l’accordéon, on craint un peu, avouons-le. C’est que les punks qui ont bercé notre adolescence sont à présent des sexagénaires grisonnants. Ne risque-t-on pas de sombrer dans le pathétisme, sur l’air de « On ne peut pas être et avoir été » ? Était-ce vraiment une bonne idée que cette reformation ?

Le début du concert confirme nos doutes. Les Négresses ont beau démarrer en fanfare avec Voilà l’été et enchaîner avec Orane, c’est un peu poussif, convenu, sans véritable énergie galvanisante. On redoute alors de devoir suivre un concert qui fera mal à nos souvenirs, figé dans le passé, revisitant les heures de gloire d’un groupe comme on sillonne un musée. Sauf que…

PENDANT CE TEMPS-LÀ Autre scène, autre époque, autre style, autre ambiance. Au Théâtre de Verdure, voici Feu ! Chatterton. Du rock sophistiqué, flirtant parfois avec le free jazz, interprété par une bande de modernes dandys. Les paroles sont à haute teneur poétique, frisant l’obscurité (Bashung en aurait été pâle d’envie), avec des traces d’humour malicieux. Entre deux morceaux, le chanteur du groupe, Arthur Teboul, tente de relier les chansons entre elles par un vague fil conducteur, mais ses propos nous ont semblé bien incohérents. Qu’importe, son charisme, sa diction particulière et son abattage permettent au concert de décoller, à coups de mélodies imparables jouées par un solide équipage (guitares, basse, batterie et claviers-synthés). Le final avec La Malinche viendra à bout même des plus réticents. Original et puissant.

PENDANT CE TEMPS-LÀ
Autre scène, autre époque, autre style, autre ambiance. Au Théâtre de Verdure, voici Feu ! Chatterton. Du rock sophistiqué, flirtant parfois avec le free jazz, interprété par une bande de modernes dandys. Les paroles sont à haute teneur poétique, frisant l’obscurité (Bashung en aurait été pâle d’envie), avec des traces d’humour malicieux. Entre deux morceaux, le chanteur du groupe, Arthur Teboul, tente de relier les chansons entre elles par un vague fil conducteur, mais ses propos nous ont semblé bien incohérents. Qu’importe, son charisme, sa diction particulière et son abattage permettent au concert de décoller, à coups de mélodies imparables jouées par un solide équipage (guitares, basse, batterie et claviers-synthés). Le final avec La Malinche viendra à bout même des plus réticents. Original et puissant.

Sauf que le combo est visiblement doté d’un moteur diésel et réclame un peu de temps pour être performant ! A mi-parcours, voilà que débarque leur archi-culte Zobi la mouche, dans une version inutilement étirée, mais qui réveille incontestablement le public. Lequel s’allume pour de bon avec une version à la dynamite de Face à la mer. Suivront la valse triste Il (c’est une vie de chien), le toujours aussi réjouissant Les yeux de ton père et le moins populaire Les mégots. Le groupe a alors trouvé son rythme de croisière et nous prouve qu’il en a gardé sous la pédale. Les cuivres pètent, la guitare flamencote à tout rompre, les 3 chanteurs s’éclatent. Le final avec Les rablablas les roubliblis et un tonitruant Sous le soleil de Bodega mettra tout le monde d’accord.

Certes, 30 ans et nombre d’émules plus tard, le rock festif et panaché des Négresses vertes n’a plus le parfum d’originalité de leurs débuts. Mais ils ont incontestablement de beaux restes et, malgré le poids des années, sont toujours à même de livrer des concerts excitants en diable. Comme cela est rassurant : s’ils ont bien vieilli, peut-être que nous aussi !

La page facebook des Négresses vertes c’est ici.
Le site de Feu ! Chatterton là. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, ici.


Le clip d’origine de Sous le soleil de Bodega (1991)
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Une version en concert aux Vieilles Charrues (2018)
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Feu Chatterton, La Malinche aux Vieilles Charrues en 2015
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