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Alissa Wenz, une chanson classique mouillée de malice

(Gravure : Charlotte Mollet / Photo du CD : Thomas Guerigen / Graphisme : Cécile Marzloff)

(Gravure : Charlotte Mollet / Photo du CD : Thomas Guerigen / Graphisme : Cécile Marzloff)

Sauf à ne franchement pas aimer le genre, c’est un album devant lequel on ne peut que s’incliner, qu’en constater la perfection. A un détail près, certes mineur, mais qui relève un peu du sacrilège : on ne baptise pas « live » un disque enregistré dans un tel lieu de résistance de la chanson d’expression française. On dit « En public au Forum Léo-Ferré ». C’est ce qui aurait valu à cet album – le troisième de cette dame – nos quatre clefs à nous.

Une captation en public que ne fait pas pour autant doublon avec ce qu’elle a déjà gravé : seuls cinq titres, sur quatorze, nous étaient connus sur disques.

C’est un piano-voix (Alissa Wenz s’est longtemps produite en cette formule, l’accordéon jamais loin d’elle) qui trouve ici le renfort et le réconfort d’un violoncelle et d’une trompette (par Agnès Le Batteux), d’un accordéon et d’une guitare (par Léo Varnet), tout en intelligence, en finesse, presque en discrétion.

C’est d’un grand classicisme, tant que derrière Alissa Wenz, on se plait à compter, à contempler des ombres tutélaires telles que Juliette, Barbara, Véronique Pestel, Anne Sylvestre et quelques autres du même cru. Quand on ose, dans un article, de tels parentés, il est inutile de dire la qualité des textes, de leur construction, ça ferait pléonasme. Leur pertinence, leur malice, leur droiture. Une chanson comme Les femmes de la publicité aurait pu être écrite, je crois, des vers sinon identiques, au moins similaires, par Sylvestre : « Nous avons des corps pour agir / Pour s’inventer et se construire / Nous avons des cœurs pour s’aimer / Et pas sur du papier glacé ».

52974044_2524833560864459_799856393803792384_nAllisa Wenz croque les tics et les travers de notre quotidien, nous en fait sourire, brosse quelques portraits qui forcent respect (comme La femme à la rose où, sur le quai du métropolitain, chaque rime frôle le drame imminent ; comme celui de La statue de la liberté qui nous fait part de ses réflexions, de ses exaspérations surtout), capte la vie d’un square mieux ne saurait le faire des caméras de surveillance, avec humanité et le regard attendri d’un jeune enfant. Fait l’amitié buissonnière et met du bleu dans les yeux et les souvenirs. Raille les bons sentiments pour flatter le pire, le gore même : « J’aime mieux les enfers / J’veux un airbnb chez Satan pour la vie ». Et tente la définition du mot aimer : « Est-ce que c’est ça aimer quelqu’un / Se dévorer / Penser que l’on ne fait plus qu’un / Se consumer / Et dans les draps de sa jeunesse / Echanger cent mille caresses… »

Dramaturgie et décor : chaque chanson est en soi une histoire, qui parfois prend la durée d’une vie, comme dans ce Rue Gît-le-Cœur déjà gravé sur chacun de ses deux précédents albums mais dont il aurait été difficile de nous priver ici tant il signe la patte d’Alissa Wenz.

Certes, cet album ne révolutionnera pas le genre mais atteste de la persistance d’une qualité très « chanson française » qui défie tant le temps que la logique commerciale du moment. C’est un ravissement sur quatorze plages consécutives. Et sur scène, à n’en pas douter.

 

Alissa Wenz en trio, Live au Forum Léo-Ferré, autoproduit 2019. Le site d’Alissa Wenz, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

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