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Off Avignon 2019. Noëmi Waysfeld & Blik, le blues de l’Est

Noëmi Waysfeld & Blik - Florent Labodinière OFF 2019 détail © Héléna Mnks

Noëmi Waysfeld & Blik – Florent Labodinière OFF 2019 détail © Héléna Mnks

15 juillet 2019, Cour du Collège Vernet,

 

A Avignon en juillet il y a le Festival. Dans le Festival il y a le Off. Et dans le Off pour voyager immobile dans le temps et dans l’espace, il y a Là ! C’est de la musique. Il vous suffit de rejoindre la cour ombragée de platanes du Collège Vernet, suivez les remparts à partir de l’Office du tourisme vers l’ouest en remontant au Nord le long de la rue Joseph Vernet, dépassez le Musée Calvet où vous trouverez quelques œuvres de ce peintre avignonnais romantique, entrez par la petite porte un peu plus loin à gauche, vous y êtes.
C’est un festival dans le festival qui accueille pour sa quatrième édition des musiques du monde entier sur cinq jours, du  13 au 17 juillet :

Deux spectacles pour enfants, chanson de Yacouba Konate (Côte d’Ivoire) ; épopée clanique de la rebelle occitane Léona par La mal coiffée .
Un spectacle différent par jour de Musiques d’ici et d’ailleurs, l’après midi le duo Abozekri d’Iran, le Tigana Santana du Brésil, Noémi Waysfeld & Zik des Balkans, San Salvador (Massif central), le Breton Erwan Kéravec, les grecs Katerina Fotinaki & Evi Filippou…
Le soir à 21 h c’est le tour d’Antoine Tato (rumba catalane), Tigana Santana, Laurent Cavalié (Occitanie), Bad fat & Napoléon Maddox (Brass band hip hop), et Vocal sampling de Cuba.
C’est aussi une conférence, des Méditations musicales (Gérard Kurkdjian) et les siestes acoustiques de Bastien Lallemant à la Collection Lambert.

Dans cette riche mais épisodique programmation j’ai pu accéder au concert de Noëmi précédé d’un aperçu du concert de Laurent Cavalié en première partie.

Cavalie Laurent mon_ombra_e_ieu _2018Laurent Cavalié cueille dans le répertoire traditionnel languedocien des chansons-contes qu’il arrange à sa façon avec un accordéon virtuose, un énorme tambour ou des tambourins subtils, la voix mêlée à la résonance de la membrane, juste arrêtée par la baguette portée sur le cercle du tambour, pour faire vibrer les tripes et le cœur.
Ce n’est pas un hasard total si j’ai éprouvé en l’écoutant la même émotion qu’à la première écoute de Sylvain Giro qui vient aussi d’un répertoire traditionnel, breton dans son cas.
Il chante en occitan mais prend la peine de nous situer l’action, bistrot de campagne glauque un jour de pluie, olivier dont les feuilles sont autant de petites langues que les morts utilisent pour quereller les vivants.
L’album de 2018 Mon ombra e ieu a obtenu un coup de cœur de l’Académie Charles Cros en 2019 ; il est également musicien au sein du groupe occitan Du Bartàs et directeur artistique du groupe vocal La mal Coiffée.

Noemi Waysfeld est d’ascendance polonaise et vit à Paris; avec les musiciens de Blik (mot qui veut dire regard en yiddish) elle chante des chansons d’exil d’Europe centrale, chants yiddish du ghetto de Varsovie ou de prisonniers sibériens, mais aussi saudade du Portugal, tango argentin ou chants des afroaméricains suppliciés, car la plainte des dissidents, des opposants, des réfugiés est la même sous toutes les latitudes. Sa voix douce, ronde et rauque à la fois lui permet d’exprimer toutes les émotions, des chants mystiques Klezmers au blues-jazz en passant par les musiques méditerranéennes.
Ce soir elle nous présente les chansons de son album Zimlya (La terre en russe), troisième album de ces chants d’exil, après Kalyma et Alfama, où le français surgit enfin pour dépasser cet état d’exil, « en suppliant l’imaginaire de parcourir à nos côtés ».
Mais Noemi & Blik brouillent les pistes, car si plusieurs chansons russes sont chantées dans leur langue d’origine, elle n’hésite pas non plus à chanter en russe une chanson du
Cuarteto Cedron argentin au titre français, Soleil de cendre, où l’accordéon pleure sur un rythme ascendant de guitares, ponctué par les notes sourdes de la contrebasse. Ou encore le déchirant chant flamenco Soledad (pour Solitude) de Diego El Cigala ( qui l’avait d’ailleurs enregistré en Argentine ) accompagné par la belle guitare de Florent Labodinière. En point commun, la douleur de vivre de l’homme exploité, pourchassé, privé de liberté ou simplement solitaire ou malheureux. Quant au tango Ausencia du serbe Goran Bregovic, il est interprété à l’accordéon et en français : « Si j’avais des ailes pour voler sans distance, si j’étais une gazelle…»

Blik Off 2019 ©Héléna Mnks

Blik Off 2019 ©Héléna Mnks

La poignante La fin du bal de Vladimir Vyssotski est chantée (en français) forte et nuancée, mais aussi déchirante quoique moins expressionniste que par son auteur : « Son chant s’appellera silence / Il peut toujours le commencer / Nul ne viendra jamais danser / Nul ne le reprendra en chœur / Il n’aura jamais rien fini / À part cette blessure au cœur / Et cette vie / Pourquoi. Je voudrais savoir pourquoi… Pourquoi ? / Elle vient trop tôt, la fin du bal  / C’est les oiseaux, jamais les balles / Qu’on arrête en plein vol » sur le bourdon de l’accordéon de Thierry Bretonnet, avant que ne s’élèvent les notes des cordes de la contrebasse frappées par Antoine Rozenbaum. Et quand la voix de Noemi se fait douce, pourquoi, pourquoi, les cigales se dépêchent de rythmer la chanson, réclamant leur part de l’orchestre.
Les autres chansons de Vyssotski, Mes mains (…ne tremblent plus ), ponctuées par les claques sur le bois de la contrebasse, et Zimlya seront interprétées en russe. Tout comme l’entêtante Les bottes del’autre barde russe, Bulat Okudzhava, plainte en amples vocalises, imprécations dans une urgence musicale où les trois musiciens semblent se défier, ou la mélancolique Je vous écris de Séguei Nikitine sur la guitare mélodique.

Le miroir est l’ œuvre de son guitariste Florent Labodinière, globe-trotter également joueur d’oud : « Clic clac le miroir se retourne pour aller boire à la source de mon souvenir… Ça me rend fou, et je questionne ce stupide reflet qui lui, se tait »

« Qui a dit que la terre ne chantait plus ? Non elle retient son souffle, car la terre c’est l’âme. Et l’âme ça ne s’écrase pas sous les bottes »
Et symboliquement deux pigeons s’envolent tandis que les cigales cymbalisent à qui mieux mieux, et qu’au loin les cloches sonnent…

 

Laurent Cavalié, Mon ombra e ieu
Noemi Waysfeld & Blik, Zimlya

 

Le site de Laurent Cavalié, c’est iciLa page facebook du groupe du Bartàs là. 
Laurent Cavalié est en concert le 26 août à StVaast la Hougue (50)

La page facebook de Noemi Waysfeld & Blik c’est ici   et leur site là 
Noemi Waysfeld & Blik sont au Forum Léo Ferré à Ivry le 21 septembre.

On peut découvrir tout l’album Zimlya ici

Laurent Cavalié La canzon de la fièira
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Noemi Waysfeld, La fin du bal (Wyssotski)
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Noemi Waysfeld, Le miroir ( Florent Labodinière)
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Noemi Waysfeld,Zimlya (Wyssotski, en russe)
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