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Le rock-électro de Feu ! Chatterton crève les écrans

Feu ! Chatterton (photo Antoine Henault)

Feu ! Chatterton (photo Antoine Henault)

Le quintet parisien Feu!Chatterton marque sa première décennie d’existence avec un troisième album entre énergie et un soupçon de mélancolie sur l’époque. Leur Palais d’argile, s’impose comme une construction ambitieuse et réussie. Bien dans l’esprit du temps où émergent des colères et des aspirations au changement.

Les trentenaires ont composé leur nom en associant le poète anglais Thomas Chatterton et le neuvième album d’Alain Bashung datant de 1994. Ils se déploient sur ces fondements hybrides réussissant à s’imposer parmi les représentants d’une chanson française, textes et musiques, renouvelée et libre. A la fois insaisissables et un brin précieux, amateurs de mots choisis et de rimes inattendues, ils se sont imposés.

Leurs récits quasi labyrinthiques ont été conçus à l’origine pour un spectacle à donner dans le théâtre parisien des Bouffes du Nord. Les circonstances et un méchant virus en ont décidé autrement. Palais d’argile garde l’esprit de cette origine, album où les univers s’enchaînent. Comme dans un roman. La plume du chanteur Arthur Teboul, à la voix grave, traduit les thèmes chers au groupe. L’apport pour la réalisation d’Arnaud Rebotini (César 2018 pour la bande originale du film 120 battements par minute), considéré comme un des maîtres français des sons électro, apporte la touche nécessaire à la pleine transformation des intentions premières à la réalité.

Prenant le pouls d’un monde préoccupé, les premiers titres de l’album interrogent notre rapport à des vies réglées par les écrans et les outils numériques (Monde nouveau, Cristaux liquides, Écran total). Au cœur des solitudes connectées et à la lumière bleutée des écrans, se joue une partie de notre destin commun: « Un monde nouveau / On en rêvait tous / Mais que savions nous faire de nos mains ? / Zéro ! / Attraper le Bluetooth…Presque rien ».

Palais-d-argileDe ce pas grand-chose, désabusé, se dégage une évidente finitude : « L’homme qui vient de la terre y retourne à la fin / C’est un vase qu’on brise / C’est une herbe qui sèche / C’est une fleur qui fane / Comme une ombre une brise ». Cette quête aux accents mystiques d’un nouvel horizon se profile, ambitionnant de balayer le vieux monde. Comme dans ce Cantique plus profane que surnaturel, adressé on ne sait à quel grand principe (Dieu, la nature, l’inspiration) : « Ouvre-moi ton cœur (ton âme) / Ouvre-moi ton cœur (Ton âme) / Oublie d’où venait la peine / Oblige mon âme ancienne / Mon âme même / Que je parvienne à toi.. Changer les deuils en danses joyeuses. ».

Autre versant de cet univers, l’évocation des départs, des exodes. Comme dans le titre La mer où l’infortune des migrants et les empêchements de l’Europe sont évoqués. Puisque le sens de tout cela nous échappe encore, le mot de la fin se précise : « Laissons filer.. Laisse, laisse- toi porter / Fais comme le sable et le vent / Retrouve la vérité nue / De tous les éléments ».

La vérité est donc dans la poésie. Feu ! Chatterton reprend un poème de William B.Yeats « Avant qu’il n’y ait le monde » (adaptation Yves Bonnefoy) et un autre de Jacques Prévert (mis en musique par Kosma) : Compagnons des mauvais jours. Et les fans de littérature de signaler dans leurs sources d’inspiration l’extrait d’un texte de Christian Bobin (Le plâtrier siffleur, aux éditions Poesis) appelant à habiter poétiquement le monde, comme on l’habite humainement. Un texte qui suggère que « Le monde est rempli de visions qui attendent des yeux. Les présences sont là, mais ce qui manque ce sont nos yeux ». Être présent au monde réel tel est le défi. En chansons comme dans d’autres domaines.

 

Feu ! Chatterton, Palais d’argile, Universo Em fogo/Caroline Records 2021. Le site de Feu ! Chatterton, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.

« Monde nouveau » : Image de prévisualisation YouTube
« Compagnons » : Image de prévisualisation YouTube

2 Réponses à Le rock-électro de Feu ! Chatterton crève les écrans

  1. migliiorini 21 mars 2021 à 14 h 33 min

    Des esprits avisés observent que la version de Feu!Chatterton diffère de celles, notamment au niveau du texte, de Serge Reggiani et d’Yves Montand.

    Répondre
  2. Catherine Laugier 21 mars 2021 à 20 h 34 min

    La version de Reggiani
    https://www.youtube.com/watch?v=XYv7jX1Hexc
    doit être celle de Prévert (à vérifier dans « Paroles »), et celle de Feu! Chatterton ne diffère que dans l’ordre ou quelques détails.
    Il y est question de chiens, de phoques et de saumon dans un délire surréaliste:
    « J’aurais dû jouer du caniche
    C’est une musique qui plaît
    Mais je n’en ai fait qu’à ma tête
    Et puis je me suis énervé.
    Quand on joue du chien à poil dur
    Il faut ménager son archet (…)
    Pensez à celui qui joue du phoque et du saumon fumé »

    Montand (et après lui Les Frères Jacques) l’a édulcorée :
    « J’aurais dû faire le beau caniche
    C’est un numéro qui plaît
    Mais je n’en ai fait qu’à ma tête
    Et puis je me suis énervé
    Et j’ai chanté l’histoire trop triste
    D’un pauvre chien abandonné »

    Mais pas Salvador (version jazz) qui respecte l’original
    https://www.youtube.com/watch?v=LWD9HqqQlkM

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