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Sébastien Polloni, de l’air pur dans nos fêlures

Polloni ravines Av 2015S’il fallait classer ce jeune chanteur trentenaire, également enseignant  basé près de Clermont-Ferrand, on pourrait parler de la génération des poètes-musiciens modernes tels que Vincent Delerm, Alex Beaupain, Bertrand Belin ou Albin de la Simone, qui s’attachent à explorer les sentiments dans leurs plus intimes variations. Et puis Jean-Louis Murat, son aîné auvergnat également, pour le folk des grands espaces. A l’écoute de son premier album, de sa voix douce et grave, voire caressante, on se dit qu’on le connaît depuis toujours et qu’on a dû déjà le voir sur scène plusieurs fois. On se sent chez soi dans la tête de Sébastien, et prêts à lui prédire bel avenir.

De la chanson, certes. De la guitare acoustique surtout, électrique aussi, des percussions fidèles, discrètes et prenantes tout à la fois. Des claviers aux discrets sons électroniques, des chœurs présents mais à bouche fermée. Tout est parfaitement cadré, composé et écrit souvent à trois avec Papillon, son ami poète et claviériste (Dany Rodriguez) et Guillaume Cantillon, le chanteur de Kaolin. Ce dernier a produit l’album, avec l’aide du financement participatif d’une centaine de microcultivateurs par le site… Microcultures évidemment.

Tout est faussement simple, à l’image du dernier titre, Si simple, très jolie mélodie un peu lancinante qui clôture l’album et parle de l’oubli des étapes de la vie brûlantes ou blessantes. Faussement léger et joyeux aussi.

Dis-moi, proche de l’univers de Beaupain, est sortie en avant-garde accompagnée d’un clip très classe, genre porno-chic, tendance masochiste (pour la dame, en combinaison latex et tenue en laisse). Il paraît que les fantasmes sexuels des femmes tournent autour de la domination, il paraît. Ou alors ceux de Sébastien ? Ou une petite concession à notre monde qui exige qu’on appâte le consommateur ?

Parce que le texte de la chanson est peu en rapport avec son illustration. Plutôt mélancolique, sur la désillusion qui peut suivre la rencontre, et le regret de ces « heures si précieuses où je te vouvoyais » et de « ce lit à l’étroit où nous allions parfois où je n’aimais que toi. » Et qu’en scène l’élégant Sébastien conserve une certaine timidité.

Même l’évocation des souvenirs d’enfance dans Les cow-boys et les fées se mue vite en hantise dans les Hommes au revolver.  Dans Le pont des arts, dansante, paraissant pleine d’espoir, « On fait valser les verrous » pour trouver enfin son alter ego. Pourtant le « tout le monde s’en fout » nous fait douter de l’avenir radieux…

Légèreté presque pop de la mélodie de cette  gentille injonction à rester, à se cacher là-bas Dans la pénombre, pour des « étreintes qui traînent. » Mais la pénombre est-elle celle de l’intimité, ou celle de sentiments plus troubles ?  Appartement en L. accueille le début d’une histoire de cul ou d’amour dans l’abandon aux sensations du moment. « Je ne veux plus rien, je ne pense à rien entre tes mains, au creux de tes reins. » Oui, mais on parle aussi de chair froissée… et de fin.

Ambiance générale assez noire donc, comme dans La promesse, sur une mélodie très douce. Non, ce n’est pas une jolie histoire d’amour qu’il nous conte, mais bien une histoire de vengeance où nous nous doutons que le justicier blessé au cœur n’est déjà plus sur terre mais viendra hanter ses victimes…Et quand nous parcourons les paysages qui défilent de part et d’autre de la vitre dans Des étendues en fuite… sur l’ondulation du clavier soutenue par les chœurs, nous doutons de l’origine et de la fin de cette balade. C’est bien dans les Ravines insondables de nos sentiments inavouables que nous conduit ce disque énigmatique : « Dans le creuset de nos fêlures tout n’est qu’hypothétique or pur. »

 

Sébastien Polloni, Ravines, 2015. Le site de Sébastien Polloni, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, alors sous le nom de Seb, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Sébastien Polloni, de l’air pur dans nos fêlures

  1. catherine Laugier 31 août 2015 à 11 h 48 min

    Autre ambiance, La Promesse, en public, au sein d’une petite liste d’écoute qui reprend 6 titres de l’album :
    https://www.youtube.com/watch?v=_B8uvNimvkU&index=4&list=PLjgARH5GHfS8GnNKshPVLrwampyGokwxy

    Répondre

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