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Grand Corps malade, puissance dix

Grand CM Il nous restera ça 2015Votre mission, si toutefois vous l’acceptez : placer dans une chanson la phrase « Il nous restera ça. » Vous avez trois quarts d’heure.

C’est peut-être ainsi que Fabien Marsaud (Grand Corps Malade) s’est adressé à dix auteurs, de la plus jeune, Luciole, (la seule à vraiment chanter, non à slammer) « Nos mots resteront là, gravés dans le décor / les mots sont nos trésors / il nous restera ça », au doyen toujours vert, Charles Aznavour, qui a choisi d’Écrire, et de dire en vieux sage ce magnifique texte qu’on peut étendre à l’art tout entier : « Désenchaîner le trait par mille variations / Tuant les habitudes / Changer, créer, détruire (…) Et puis l’œuvre achevée, tout remettre en question (…) Il nous restera ça. »

L’unité est donnée par les compositeurs, qui rythment l’ensemble, Babx et Angelo Foley (seul Renaud a fait appel à la compositrice Leslie Bourdin), et par Fabien qui sert de colonne vertébrale, depuis L’Heure des poètes qui ouvre l’album jusqu’à la conclusion éponyme, faisant lien entre les titres.

Donnée aussi par la poésie, qui semble le seul bien qui nous restera lorsque ce monde aura fini de s’auto-détruire. Convoqués dans la journée de notre hôte, à l’heure du réveil « Brassens c’est du pain chaud sur lequel tu mets du miel », NTM après la douche pour le réveil musculaire, puis Kéry (James, le rappeur, NDLR) à l’heure du gros son sur le périph, Ferrat chantant Aragon à midi, Aznavour au dessert, « Quinze heure trente, plein soleil, j’veux du solide, pas du frêle », c’est Brel, puis Renaud au crépuscule « C’est un cœur de moineau dans la poitrine d’Hercule. » Enfin, Barbara « quand la lumière s’habille en noir. »

De ces poètes disparus, ou qui n’ont pas répondu à l’appel, restent Aznavour, et puis Renaud, dont on guettait l’enregistrement, après cette longue éclipse. Voix parlée qui nous rappelle Léotard, ou Leprest, l’émotion nous étreint à nouveau. Comme naguère à Lola, c’est à la chair de sa chair, Malone, qu’il s’adresse, pour cette Batterie offerte pour un anniversaire : « Tu voulais faire du bruit /Comme j’en ai fait parfois /Ça m’a bouffé la vie. » Des regrets, des remords, mais il ne renonce pas et se veut rassurant : « Pour que tes « tatatam » / Rejoignent mes « tatatsin » (…) Oublie tous les vautours / Ton papa est bien là. » Et sa voix prend un nouvel élan pour chanter le refrain, « Tape, tape (…) sur mon amour. » Il leur restera ça, et à nous aussi, pleins d’espoir.

Des chanteurs, tels Jeanne Cherhal qui a préféré évoquer l’ultime vieillesse, « Quand nous aurons cent ans », et elle l’espère, encore l’envie de rire. Ou Ben Mazué, fidèle aux thèmes du temps et des couples qui passent, des souvenirs, des objets, un abonnement à deux noms seuls traces d’une vie commune. Le temps encore, les étapes de la vie, les premières fois, et la joie qui restera quand on aura rencontré sa Pocahontas, c’est l’espoir de Fabien.

Le conteur québecois Fred Pellerin, chanteur aussi, a préféré slammer ses mots, accompagner les visions pessimistes de Fabien, assis sur son banc (il lui restera ça !) à regarder les gens dans ce monde qui marche à l’envers. Pour lui aussi le monde se délite, les arbres sont arrachés pour faire profit, mais la grand-mère garde l’espoir : « Regarde mon enfant / C’est la lumière / Et ça, ça appartiendra jamais / A personne. » Quant au romancier de l’équipe, Éric Orsenna, s’il envisage un air si chaud que le dernier Ours blanc ne sera plus accroupi que sur un glaçon, c’est encore aux livres, aux poètes et à l’amour qu’il se raccroche, dans le plus bref et le plus imagé de ces poèmes. Presque aussi court, celui du comédien Richard Bohringer, dans sa Bleuette à sa Loulou dédiée, n’a d’espoir qu’en l’amour.

Les plus ambitieux restent le rappeur Lino (Gaëlino M’Bani) et son « Cinéma pour aveugles », qui s’en réfère au Graal, à Faust et à Rimbaud pour revendiquer haut, fort, en flot et en flow, sa qualité de poète : « Mes rimes sont des crimes, Bien et Mal coexistent / On est de passage, les mots, la poésie / Il nous restera ça. » Et le toujours abscons mais séduisant Hubert Félix Thiéfaine qui évoque un monde apocalyptique au Temps des tachyons, ces particules plus rapides que la lumière : « MC2 sur racine carrée de 1 moins V2 sur C2 / Nous rêvons tous un peu de jours plus lumineux… »

 

Grand Corps malade, Il nous restera ça, 2015. Le site de Grand Corps malade, c’est ici ; ce que nous en avons déjà dit, c’est là.

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Une réponse à Grand Corps malade, puissance dix

  1. Merc 29 décembre 2015 à 10 h 57 min

    Salut,
    Je te remercie pour cet article ainsi que cette vidéo. J’adore cet artiste et mon texte préféré est Définitivement, qu’il a écrit avant la venue au monde de son fils.
    A+

    Répondre

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