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Barcella, pétillant champagne

Barcella (photos Flag)

Barcella (photos Flag)

MJC de Venelles (13), 5 février 2016,

 

Un piano, un escalier géant fait de cubes lumineux, des candélabres en dégradés de lampes à filament d’avant  l’obsolescence programmée, des podiums pour les musiciens. Et un tabouret industriel. Il a intérêt à être stable et solide celui-là, car l’artiste s’y tient debout la moitié de son temps, dans un équilibre qui pour tout autre serait précaire (à peine a-t-il la place d’y poser les pieds.)

Moitié fauve sur son plot, genre chat, moitié clown pour les petits enfants (qu’il régale en spectacle dédié), et un grand tiers de poésie, pour paraphraser Pagnol.

Vous ne le connaissez pas ? Né en Champagne, grand, mince, la peau blanche, le muscle fin et délié apparent sous le marcel rayé, gilet noir, pantalon tenant par miracle et par ceinture (non, il ne tombe pas en dessous de la limite autorisée, on ne sait comment) lacé autour des chevilles fines, aspect pantalon de golfe, baskets à finitions espadrilles. Idéal pour danser, grimper jambes à son cou au-dessus du piano, enjamber les fauteuils rouges de la salle jusqu’en haut, tenir son équilibre de fildefériste. J’oubliais : un visage expressif, les yeux doux, barbe et cheveux coupés courts. Et, dans certaines chansons, une guitare de poche.

C’est vous dire combien il mérite le nom d’enchanteur, capable de vous emporter sur sa barque légère dans un slam endiablé, se jouant des mots et des sons filés avec une agilité virtuose. Tout autant que de susurrer à votre oreille, de sa voix caressante au phrasé particulier, les émotions les plus tendres, amours et aléas de la vie, et surtout celles qui vous rappelleront votre enfance, Le cahier de vacancesL’île au trésor où il rêve de son futur enfant, legos et playmobils sous le préau, et cette histoire de Monstres, qui « ne font peur / Qu’à ceux qui n’ouvrent pas leur cœur », araignée velue ou ogre du placard. Son Age d’or n’est pas celui de Léo ou de Matisse, mais la nostalgie de « L’époque des mamans » où défilent tous les souvenirs, objets, personnages de Flam à Zorro en passant par Pierrot, qui construisent l’imaginaire de notre enfance.

BARCELLA 5 02 16 MJC photo FlagSaltimbanque, il rebondit sur les syllabes d’un Mixtape décoiffant où Barcelettes riment avec mistinguettes, pâquerettes avec galipettes ou bistouquettes, se moquant au passage des rappeurs de banlieues, de telles billevesées prononcées avec tant de candeur que les oreilles des enfants n’en sont guère écorchées, dans un flow/flot époustouflant. Capable aussi de jouer à l’infini sur des jeux de mots poissonniers, écornant au passage la réforme de l’orthographe,  dans un stand-up hilarant. Donnant des cours de step ou d’orthophonie avec la même pédagogie, car « C’est qui qui fait flipper les filles, swinguer les rimes, c’est Babar ! »

Mais déjà du Puzzle de ces mots rebondis s’échappent des écharpes de poésie pour vous envelopper de douceur : « Poète maudit cherche rime subtile (…) Gorge nouée cherche cœur fleuri (…) Ventre vide cherche pain d’épice / Mandoline cherche mélodiste. »

Car troubadour il l’est aussi, chantant l’amour de sa Douce, « Et ne sois pas farouche, si ma langue fourche / C’est que je m’enfrimousse de tes deux petits seins » aux accents Souchonniens, Fragile derrière sa carapace, ou de Caroline, qui elle fait penser aux amoureuses infidèles de Brassens. Capable tant de nous émouvoir aux larmes que de nous faire rire sur des sujets graves, Le suicide ou cette interpellation de la mort, où il parvient à nous faire exorciser nos craintes les plus profondes, tout le public hurlant Salooope  dans un salutaire exercice. (Les enfants peuvent se défouler aussi dans un Escalope ! moins évident…).

Le succès de ce concert tient à la facilité naturelle qu’à l’artiste, bien entouré de ses excellents musiciens très jazz, Thomas Nguyen au piano, Julien Gaujon et Marcel Ebbers aux trompettes (ah ! ce solo au milieu de la Symphonie d’Alzheimer) et à la guitare, Romain Darbon à la batterie, à faire participer le public, enrôlé sans s’en rendre compte, des enfants jusqu’aux seniors, dans ce bonheur chantant. « Il rallume les étoiles à chaque fois », selon une de ses admiratrices, pour nous lire Les plus belles pages du livre (inédit).

 

La page facebook de Barcella, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Barcella, pétillant champagne

  1. catherine Laugier 11 février 2016 à 13 h 13 min

    Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Barcella a chanté, si j’ai bien compté, cinq chansons de son dernier album Puzzle (2014), les huit autres étant issues de l’avant-dernier, Charabia – mot qu’il affectionne à l’instar de billevesées et autres mots expressifs – sorti en 2012. Il a aussi chanté avec le public la reprise de Nino Ferrer, Le Sud. Et présenté l’inédite Les plus belles pages du livre, plus les « dits ».
    Petite playlist des vidéos disponibles sur YT correspondant à ce spectacle :
    https://www.youtube.com/playlist?list=PLjgARH5GHfS8PU5GQdDtoKnTL0YTzlAut

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