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Frasiak, un disque dont on reparlera

Frasiak (photo Vincent Capraro)

Frasiak (photo Vincent Capraro)

Oh, vous m’objecterez que cet album n’est composé, à un titre près (On en reparlera, c’est le cas de le dire), que de reprises. Que le Frasiak nouveau ré-exploite un matériel existant. Qu’il n’est que compile de titres parus entre 2003 et 2022 : deux flamboyantes décennies pour cet artiste de Bar-le-Duc, cet héritier de Béranger, que tout vrai amateur de chanson se doit de connaître. Et que NosEnchanteurs ne chronique que rarement des compiles. Mais…

Mais l’événement est de taille, et l’addition de ces reprises en « akoustic » nous apparaît paradoxalement comme un album tout neuf, qui plus est épatant au delà des mots. Comme quoi, il suffit de désorchestrer des chansons, les déshabiller un peu, les mettre à nu, presque à l’os, pour en tirer une possible autre lecture, en tous cas une toute autre écoute. Et un plaisir renouvelé.

Aux commandes (paroles et musiques on le sait, arrangements, réalisation, enregistrement et mixage, guitare aussi) : Éric Frasiak. Et pour complice, au piano, Benoît Dangien. Le duo est épatant. Si Frasiak continue à chanter qu’il « y a trop de mots dans [ses] chansons », rassurons-le : il n’y a ici pas une note superflue.

Il y a tout Frasiak en cet album : le révolté et résistant (Mon anarchie, Non-essentiels), l’amoureux des mots et de la chanson, le tendre et sentimental, le poète. « Bienv’nue dans mes chansons vivantes / Mes aujourd’huiS qui chantent ». Frasiak a tout de la chanson populaire sans jamais emprunter à la démagogie, lettrée sans être intello, engageante car bienveillante et exaltante, de celle qui vous requinque au besoin, vous fait chaud au cœur. Et peut, le cas échéant, vous panser, vous relever pour les combats à venir. « J’traîne mes coups de gueule, mes mots qui s’battent / J’traîne où la vie m’entraîne… »

FRASIAKOUSTIK-768x768Treize titres donc, extraits de Repartir à zéro jusqu’au récent Tumulte. Et, c’est là qu’on en reparle, un inédit : « Si tu viens dans ma bulle / Avec des idées brunes / Parce que tu capitules… » Il faudrait faire du titre inédit de ce disque un tube, un hit, un succès, une chanson incontournable, j’ose : un hymne. C’est la chanson qu’on aimerait entendre de tous ceux qui chantent dans un micro. Quitte à gonfler sa voix, quitte à s’énerver, il est important désormais de savoir pourquoi on chante. Et si on pourra encore chanter dans quelque temps, si ce n’est d’insipides bluettes sur la télé Bolloré. Les fachos sont à la porte de chez nous comme ils sont à la porte de partout, avec le soutien des grands argentiers de ce bas, de ce vil monde. Cette chanson, Frasiak va l’interpréter sur toutes les scènes qui lui sont offertes. Que d’autres fassent comme lui, il y a rare urgence. Dans dix-huit mois il sera trop tard. « Quand tu me dis faut voir / On n’a pas essayé / Je te dirai l’histoire / Prête à recommencer / Les Hitler, les Franco / Mussolini, Staline / Les morts sous leurs drapeaux… » À croire d’ailleurs que c’est l’urgence qui pousse Frasiak à sortir cette compile, rien que pour sortir ce titre, ce cri : « À préférer le camp / Des flammes, de la colère / Tu cultives le champ / De toutes les misères ».

Frasiak, le savez-vous, est une des fiertés de la chanson. Il nous le prouve une fois de plus.

 

Éric Frasiak, Frasiakoustik, Crocodile Productions 2025. Le site d’Éric Frasiak, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

 

« On en reparlera » (maquette) : Image de prévisualisation YouTube

« Les Aujourd’huiS qui chantent » : Image de prévisualisation YouTube

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