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Lavilliers : les vies volées de Yann Madé

Yann Madé (photo BV)

Yann Madé (photo BV)

Il y a deux ans et demi, nous vous présentions une insolite bande dessinée sur Colette Magny, saluant tant sa pertinence et sa qualité que son courage éditorial, tant il est vrai que la Magny n’est pas forcément tête de gondole et que l’éditeur n’a pas dû faire fortune avec. Au passage, l’occasion avait été bonne pour nous de faire connaissance avec l’auteur de cette bédé, Yann Madé, et – lui s’en souvient – de lui faire une suggestion, idée qui visiblement a grandi en lui…

N’est-ce pas Magny qui avait dit « Dans la famille coup-de-poing, Ferré c’est le père, Ribeiro la fille, Lavilliers le fils et moi la mère ». Fort de cette affirmation, il reste donc à Madé l’agréable tâche de dessiner deux nouveaux livres, un Ferré et un Ribeiro, pour que soit complète cette famille. Car Lavilliers, c’est désormais fait.

Porter un regard sur ce livre est un exercice qui m’est un peu particulier : je suis plus encore concerné. Le titre de cette bédé, Mes vies volées à Lavilliers, a pour moi, vous vous en doutez, une consonance particulière, une résonance toute familière.

Ce n’est toutefois pas une adaptation du livre que vous savez, ni même un quelconque essai sur le Stéphanois. Seulement deux itinéraires, celui de Madé, et l’œuvre et les traces de Lavilliers, qui souvent se croisent, se touchent.

Natif de Lorraine, Yann Madé est fils de sidérurgiste. Rien que ça le prédisposait à l’écoute de Lavilliers : « Viens dans ce pays / Viens voir où j’ai grandi ». Qu’il a refusé un temps mais retrouvé souvent sur son chemin d’homme.

Mes vies volees à Lavilliers Yann MadeCet ouvrage est un retour par l’image sur des souvenirs de jeunesse pour ce dessinateur marseillais, dont l’éditeur est stéphanois et pour lequel la route de Saint-Étienne, via le col de la République, n’a plus vraiment de secrets. Tout ou presque dans la vie de Madé, fait écho à Lavilliers : les origines ouvrières, les copines, le foot, l’amour de l’anarchie, la rage, l’envie d’être fort, le désir d’être tendre, un peu de dépression, beaucoup de danses et la passion pour les rencontres avec l’autre… Et des titres encore plus fameux que d’autres (Saint-Étienne il va de soi, Fensch vallée, Idées noires, Attention fragile, Betty, On the road again, Sertao, Je tiens d’elle…). Et Corto Maltese il s’entend.

Le style graphique de Madé n’est pas sans faire songer à celui du grand Edmond Baudoin : le trait tendre et nerveux à la fois, l’émotion plus que la précision. Il y a quelque chose de profondément touchant dans sa narration graphique. Et dans ces clins d’œil à ses confrères dessinateurs, tel que Baru.

C’est forcément un livre qui ne ressemble à aucun autre : des souvenirs intimes grappillés à la vie, des bouts de chansons volés à l’œuvre de Lavilliers, des petites touches de couleurs, qui tous font écho au cheminement de l’auteur de cette bédé. Comme une autobiographie par le truchement d’un chanteur populaire en dehors de la mêlée. Étonnant, mais probant.

Cet album s’inscrit dans la collection La Belle 42 des éditions Jarjille, qui a pour vocation de faire connaître l’histoire du département de la Loire. Les autochtones n’y seront pas dépaysés, qui retrouveront en cette bédé les rues de Sainté, pas que celle « artérielle [qui] limite le décor ». Les autres découvriront cette ville où « poussa tout petit cette fleur de grisou à tige de métal ».

 

Yann Madé, Mes vies volées à Lavilliers, collection La Belle 42, éditions Jarjille. 14 €. Le site des éditions Jarjille, c’est ici.

 

« Saint-Etienne » : Image de prévisualisation YouTube

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