Coline Malice / Pascal Mary : les deux font la paire
Coline Malice (photo Annick Delperdange)
Namur, La Templerie des hiboux, 11 mars 2026,
C’est une soirée en co-plateau que nous a proposée la Templerie des hiboux en ce mercredi soir. Deux artistes d’un même niveau de notoriété (trop réduite hélas, que fait la police ?), qui chacun bénéficièrent d’une bonne heure pour nous séduire. Egalité parfaite.
Celle qui ouvre le bal, c’est Coline Malice, venue retrouver ses racines. Car ainsi qu’elle nous le rappelle, l’auvergnate d’adoption depuis une quinzaine d’années est bien originaire de Belgique, comme son vrai nom – Céline Schepens – peut l’attester (un patronyme qu’elle passe son temps à épeler auprès de l’administration française, irréductiblement rétive à l’orthographe belgo-flamande).
Armée de son plus beau sourire, de son accordéon et de quelques percussions, assistée le temps d’un morceau par sa fougère de Boston, dont des électrodes judicieusement placés dans ses feuilles nous permettent d’entendre le chant, l’artiste nous a embarqués dans son univers fait de douceur, de poésie, de beauté et d’humour. De la chanson de paroles et de tradition, dans la lignée d’une Anne Sylvestre ou d’une Michèle Bernard, offerte avec cœur, sincérité et talent. 25 ans de carrière déjà, nous dit-elle. Effectivement, le métier se voit et s’entend. Son chant est parfaitement maîtrisé, mêlant la gouaille aux envolées lyriques, provoquant l’émotion lorsqu’elle nous susurre quelques confidences. La présence sur scène trahit aussi l’expérience, lui permettant d’entraîner le public sans coup férir dans les frous-frous de sa robe néo-baba. Veillant à varier les ambiances, notre folkeuse-trad n’hésite pas se replonger dans les années 80, au son d’un authentique synthé Keytar survivant de l’époque, citant Goldman ou le Gainsbourg de Lemon incest. De même alterne-t-elle les chansons d’ambiance avec des titres de révolte, quand ce ne sont pas des rires francs qu’elle déclenche, lorsque qu’elle nous fait visiter son île (pas si) déserte ou nous dresse le portrait de son homme idéal.
« La personne qui aime est toujours la plus forte », chante Coline Malice. Ce soir, elle a donné et provoqué tant d’amour que nous en sommes ressortis invincibles.
Pascal Mary (photo Annick Delperdange)
Autre ambiance avec le deuxième concert, puisque c’est Pascal Mary qui s’en est venu brûler les planches namuroises.
Changement radical, tant au niveau de l’accompagne- ment musical (un piano électrique et puis c’est tout !) que du ton de la soirée. Place à la chanson grinçante, décapante, provocante, écorchante, troublante, émouvante (et bien d’autres variantes) ! Il monte sur scène et nous balance d’emblée un Me v’là ! de circonstance. Une superbe entrée en matière que ce titre finement écrit, qui fait le bilan des différentes combats de l’artiste avec lui-même. De la chanson consistante et nourrissante, qui n’est pas sans évoquer le Jean Guidoni des débuts. Un vocabulaire recherché au service d’images frappantes, porté par une musique au parfum jazzy, pour un ensemble interprété d’une voix claire à la diction parfaite. Le concert se poursuivra sur cette belle lancée.
Nous pourrions résumer la prestation de l’artiste en une formule lapidaire : Pascal Mary, c’est du désespoir rigolo. Car c’est vrai que l’univers de l’artiste donne dans le noir absolu : la mort est omniprésente dans ses chansons et ce qui précède celle-ci ne donne pas forcément l’envie d’être vécu. Mais cette désespérance poisseuse est rendue supportable par l’humour dont il fait preuve (bel exemple avec Les dimanches), que ce soit dans ses intermèdes parlés – on n’est pas loin parfois du stand up – ou dans ses titres plus ouvertement caustiques, comme son iconoclaste Joyeux Noël.
Mais, pour efficace qu’il soit, un tel énoncé serait par trop réducteur. Ce serait en effet omettre l’émotion dans laquelle il nous plonge lorsqu’il évoque sa mère dépressive, en enchaînant deux chansons qui lui sont dédiées : Maman (écrite de son vivant, bien qu’évoquant son futur départ) et Petite sirène d’eau douce (bouleversant poème composé après la noyade de celle-ci). Ce serait aussi écarter la joyeuse truculence dont il est capable (devinez ce qu’évoque sa chanson au refrain entrainant : Toy toy toy toy…), qui nous rend débordants de vie. Ce serait enfin ne pas tenir compte des authentiques chansons d’amour, sans distance ni second degré, que sa plume lui offre lorsqu’il quitte sa carapace.
Showman émérite, le sourire en permanence aux lèvres, même (surtout !) lorsqu’il nous assène des horreurs, impudique et réservé à la fois, Pascal Mary nous a servi sur un co-plateau un spectacle brillant, classieux et intelligent. Il va de soi que tout amateur de chanson française se doit de l’applaudir un jour (et nul doute qu’il y retournera ensuite dès que possible). A découvrir séance tenante. Surtout que, comme il nous le rappelle : Dis-toi bien qu’ici-bas / Rien ne dure.
Le site de Coline Malice, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.
Le site de Pascal Mary, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.





Commentaires récents