Julie Lagarrigue, sacrée powêsie
19 mars 2026, Aix-en-Provence, Le Petit-Duc « La powêsie, Jules et moi »
Julie Lagarrigue, nous l’avions vue en 2022 en coplateau au Petit Duc. C’était le report d’un concert prévu en 2021, mais vous savez la parenthèse artistique issue du trajet d’un virus en couronne… C’était l’époque de son album Amours Sorcières, tout à fait enchanteur, tout en désirs, baisers et maléfices au fond des jardins et des forêts… mais plus encore de l’amour auprès d’un chercheur, non pas d’or, mais de chaos (si, si (1)) et d’un jardin en manque d’eau, métaphore ravissante chantée avec émotion « S’il nous ne voulons pas qu’il meure, il nous faudrait planter du cœur… ». Le report du concert avait même permis de découvrir l’album suivant, La mue du serpent blanc, avec Ma douce, un poème de sa maman, des chansons sur la mort, en sarabande ou en mélancolie, l’amour, la nuit, ou la vie (et même les bonbons !). Déjà la sensibilité, la voix claire, chaude et modulée, réconfortante, la présence de Julie Lagarrigue nous avaient séduits.
Cette fois-ci c’est en solo que nous revient Julie pour son double album Rendu les armes, de ses nouvelles chansons en parallèle de celles revisitées de Nicolas Jules, paru en 2024, sur le beau piano du Théâtre. Et quelques chansons anciennes qu’elle emporte partout avec elle.
Et nous irions bien « jusqu’au bout du monde » avec Julie, qui amorce la soirée a cappella, disant, puis chantant « C’est mon volcan que tu vois, que j’essore »… Toute sa personnalité qui tient là, de celle qui parle comme elle pense, vif argent d’empathie et de sensualité, cachant sa sensibilité sous l’autodérision, montrant les dents pour se défendre. Un concert avec Julie, c’est comme une conversation entre amis. Elle nous confesse ses joies et ses peines, la génèse de ses chansons, souvent écrites après un rêve (ah ces chiens protecteurs pour éviter cette frontière qu’ « ils ont mis à l’envers »), son amour pour un mari scientifique, avec qui la vie est poétique : la mousse de la vaisselle obéit au mouvement brownien et le sable, bien que solide, coule. Une chanson à la powêsie sensuelle « Et quelquefois j’hésite / À lui dire à quel point / J’aime être entre ses mains », d’une drôlerie surréaliste. Nous parle de ses enfants nés (et conçus) sur le canapé, « De ma fontaine à moi il a coulé de l’or ». Sa fille qui a sept ans avait trouvé les mots de C’est la vie qui coûte cher, qui se muent en philosophie. « C’est la vie qui s’en va ». Qui nous ramène au souvenir de ce frère trop tôt disparu, avec La mer est immense, si forte en émotion.
La famille, amis aussi, des timides, comme ce Beau de la forêt, masculin de « la Belle au bois dormant », endormi non par un sort mais par un blocage qui l’empêche de répondre aux lettres de son amour (mais s’appelle-t-elle Myrtille, ou Cerise comme en 2020 ?). Quant à cet autre personnage de conte, le prince charmant, et surtout son cheval blanc, il fait penser à Anne Sylvestre, flanquée de Boby Lapointe, et à ce Grand fou de Nicolas Jules auquel écrit son amoureuse transie…
Car même hors des chansons reprises, le répertoire de Julie croise celui de Nicolas Jules, du Tango des squelettes de l’une au « cliquetis des fémurs » de l’autre… Et se croisent aussi leurs pudeurs de sentiment. Elle qui a mis longtemps à pouvoir lui parler, lui qui n’a pas cru qu’elle pourrait lui en apprendre sur ses propres chansons. Écoutez Des kilomètres par Julie, qui en révèle toute la sensualité tendre. Nous ne reprendrons pas le détail des correspondances entre eux, il suffit de relire l’article sur l’album… Nicolas, lui, qui a su si bien la peindre Telle ou telle « car j’ai beau n’avoir peur de rien / je sais la joie ou le chagrin / que ce genre de frisson procure ». Elle, qui a si bien parlé de ce Garçon de la lune. Et comme Nicolas lui a fait parvenir une belle guitare rock, Ça ne coule pas « de source » donne lieu à un total lâcher prise avec force miaulements sur le rodéo de l’amour. Détente après l’émotion.
« Qu’il est dur de traduire en chanson / Les choses sacrées, la vie les bonbons », nous dit cette chanson qui parle de naissance. Parler des choses sacrées, la vie, l’amour, la mort… en alternant joie et douleur avec le cri de cette nouvelle chanson Allo c’est moi « Ton numéro je n’ai pu l’effacer », c’est justement ce que sait faire Julie, et ce n’est pas donné à tout le monde. Nous aussi avons fondu dans la douceur de ces arpèges de piano roulant comme des vagues, « fondu en larmes, rendu les armes ». Une séance d’art thérapie gratuite avec Julie, dont c’est aussi le métier.
(1) C’est un spécialiste du mouvement brownien
Le facebook de Julie Lagarrigue, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs à déjà dit d’elle, c’est là. Julie était également en Concert à domicile au 51 à Pertuis le samedi 21 mars 2026. Elle annonce son concert « Poèmes de secours » à Avignon avec un batteur et une artiste chanteuse et mime, Amrit, pour un spectacle musical au Théâtre des platanes.
La chaîne web du Petit-Duc est filmée par Eric Hadzinikitas.
« La mer est immense » 2021 
« Allo c’est moi » 2024 
« Telle ou telle » 2023 



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