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Arno, le chic du charme clodo

Archive. La semaine prochaine débute la 19e édition des Oreilles en pointe (dont le programme est sur le site du festival), à côté de Saint-Étienne, à deux pas de chez moi. Je vous en entretiendrai… Occasion s’il en est de se plonger dans le passé récent de ces Oreilles toutes dressées, à l’affût d’une chanson pour le moins engageante. Ainsi en 2004, salle Daquin à La Ricamarie, la prestation d’Arno, superbe concert, entre rock frénétique et spleens étrangement amoureux…

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"Dans les yeux de ma mère / Il y a toujours une lumière…" (photo Danny Willems)

«Chui chanteur de charme / J’veux êt’ mince comme un pneu de vélo / J’veux que tout l’monde m’aime / Même les clodos». Clope entre les doigts, balançant d’une pogne l’autre le pied de micro, titubant ce qu’il faut, Arno aime à se donner l’allure d’un clodo aux atours d’un chanteur de charme. Disons de Cloclo et ça f’ra la rime. C’est voix grave, râpée, rugueuse à l’extrême, presque négligée, nicotinée c’est sûr, gorge chaude qui pétrit des mots sans calcul, hors l’émotion. Car l’homme qui tantôt se trépigne tantôt est assis, selon le tempo, est un bouleversant condensé de ce qui se résumerait vite fait bien fait à la vie, la mort et tout «l’bazaaaard». Arno, c’est ça, masse pas forcément légère qui vit l’ivresse du moment tant dans le calme de textes prenants, voluptueux et poisseux, que dans la démesure d’un rock envoûtant, limite tribal. Question musiciens, Arno tape dans les bons : un quart accordéon dont on sent une complicité qui remonte à l’aube de l’amitié, trois-quarts jeunes dont la valeur n’attend visiblement pas le nombre des années. Tout juste s’il y a peu, ils ne tétaient Les Yeux de ma mère. Tiens, la v’là, elle : grand classique d’Arno et chanson de géant ! Celle-là et quelques-unes encore qui nous feraient penser, par ce belge, à un autre et fameux… Pas tant d’ailleurs parce qu’Arno reprend Le Bon Dieu, non… : c’est une posture, un trop plein d’émotion, un truc d’en-dedans qui vous dit que cet artiste ne triche pas. Même quand il se la joue Bukowski (« Lola c’est pour toi / Que je me lave sous les bras »), rôle qu’il s’est assigné et joue bien, bien crade, façon de nous brusquer. « Quand on est con et malheureux / On a toujours besoin du bon Dieu »… Comme en fatigue, comme en souffrance, c’est assis qu’Arno nous livre le meilleur de lui, nous fait littéralement vaciller. Et là, on n’est pas loin de Brel, de Jef. Sauf qu’Arno ne chante pas le désespoir mais cette vie qui, selon lui, est une partouze. Qu’il flonflonne en de lourdes orchestrations du côté des Filles du bord de mer, qu’il pochtronne Chic et pas cher : c’est une plongée en un drôle d’univers aux personnages singuliers et attachants, d’une profondeur humaine sans beaucoup d’égales, dramaturgie onctueuse qui suinte la souffrance. Le meilleur chanteur ne peut donner que ce qu’il a. Lui, la tête dans le brouillard, les œufs pochés, les yeux hagards (« Regarde les traces de mes larmes / Faire pleurer c’est mon jeu »), a tout de grand et de généreux, qu’il donne en entier et plus encore. A la définition de bête de scène, inscrivez Arno. Et allez le voir en scène pour comprendre en quoi. C’est de l’inestimable !

A noter qu’un best-off Arno de 3 CD est sorti en bac en début de ce mois d’octobre 2009.

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