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D’un Philippe Val l’autre…

Philippe Val et Patrick Font

« Quand on m’a dit « Vous n’passerez plus à la radio » / J’ai répondu au réalisateur « Coco / On s’en branle, on s’en branle / Les interviews bidons et les succès disco / On s’en branle » C’est peu dire que Font et Val ont secoué le cocotier des convenances, sous Pompidou, Giscard et Mitterrand (un quart de siècle tout de même !), étalant sur la scène publique le juste reflet de notre société, sous des rires qui cachaient mal notre volonté d’en changer puis la déception qui s’est vite fait jour une fois le changement venu. Le jeu de massacre de ce duo d’impertinence alliée à la chanson et la poésie s’est achevé en 1995. Autres destins, autres itinéraires… Hors quelques virées en province, Patrick Font s’illustre désormais dans un lieu parisien : le théâtre des Deux Anes. Et son œuvre commence à être redécouverte, ce qui est bien, ce qui est nécessaire. Philippe Val, lui, a longtemps présidé aux destinées de Charlie-Hebdo (de 1992 à 2009), insolence encore, peut être plus canalisée, avec Val dans le rôle d’un éditorialiste et patron de presse en quête de respectabilité. Puis vient, l’an passé, la promotion, presque la tuile : d’une quasi légion d’honneur on nous le chamarra. Il devient Directeur de la radio d’Ét…, oups, je veux dire de France-Inter. Un gauchiste occupant un tel poste, qui plus est en notre temps, chapeau bas !

« Et maintenant qu’il porte cette croix / Proférer « Merde » il n’en a plus le droit / Car ça la fout mal de mettre à ses lèvres / De grand commandeur des termes trop bas / D’chanter l’grand vicaire et les trois orfèvres / La Légion d’honneur ça ne pardonne pas » (Georges Brassens, La Légion d’honneur)

Moi j’aimerais bien que France-Inter nous passe un peu de Font et Val, la modestie du dirlo du-t-elle en souffrir un peu : on constaterait peut-être où la soi-disant impertinence de Stéphane Guillon et de Didier Porte prend ses racines (paraît-il que Val veut les sacquer, c’est à n’y rien comprendre…). J’aimerais aussi qu’Inter élargisse sa play-list à une chanson dans laquelle Val s’inscrivait il y a peu encore, qui n’avait pas à l’époque droit de cité sur l’antenne nationale et ne l’a toujours pas*. Une play-list qui échappe quelque peu au pouvoir des labels, je rêve. J’aimerais enfin, quitte à passer pour passéiste, que Philippe Val cultive encore et toujours son politiquement incorrect, celui d’un autre siècle, celui que nous avons tant aimé. Mais, mais… Peut-être que son « actionnaire » n’est pas tout à fait d’accord, peut être que Philippe Val a changé, qu’il ne lui reste de sa petite musique intérieure que l’idée de la voix de son maître. Et que, sauf à confondre la plage de Sète avec les ors de l’Élysée, ce maître n’est plus Brassens. Peut être que je me trompe. Et j’aimerais bien. Car il me reste le souvenir de ces Font et Val de naguère, des pitres certes mais qui en avaient. Qui, loin de se courber devant le pouvoir, en étaient comme l’aiguillon, le poil à gratter, les irrécupérables. J’aime de tendresse Philippe Val. J’ai simplement peur de bientôt ne plus pouvoir l’aimer.

Philippe Val en Don Quichotte (dessin de Cabu)

* Je retrouve la liste des artistes de l’agence artistique Écoute s’il pleut, saison 1976-1977 : Patrick Font et Philippe Val y côtoient, entre autres, Ange, Dick Annegarn, Albert Marcœur, Areski Fontaine, Yvan Dautin, Michèle Bernard, Gilles Servat, Henri Tachan, Tri Yann, Joan-Pau Verdier, Yvon Étienne, Béa Tristan, Gabriel Yacoub et bien d’autres encore. Ça fait beaucoup d’absents d’antenne, tout ça.


2 Réponses à D’un Philippe Val l’autre…

  1. Yvan Dautin 16 janvier 2010 à 11 h 12 min

    et oui, absent d’antenne, ou présent par hasard ou par accident, « les mains dans les poches » sera diffusé dimanche 17 janvier dans l’émission les papous dans la tête sur France Culture, l’heure ne semble plus être à l’impertinence, de même pour les salles autrefois culturelles qui cultivent le « vu à la télé » et le consensus mou…

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  2. Arthur Rainbow 16 janvier 2010 à 17 h 49 min

    Peut-être est-il resté fidèle à lui même, appliquant une de ses chanson.
    « Être seul, avoir tort, c’est bien difficile
    Mais c’est bien plus beau que d’avoir raison
    Avec une bande de con. »

    Pour le cas où vous l’ignorerez (puisque je ne vois pas le lien) il a un site auteursreunis.free.fr/ où il raconte actuellement l’aventure de Font & Val.
    On pouvait il y a quelques temps y télécharger l’intégralité de font&val et de Patrick Font (sauf l’album Ontario)

    Répondre

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