CMS

Barjac (9) : prendre son bien en patience

Catherine Cour, notre envoyée spéciale, s’attarde un peu sur la joyeuse troupe des « Attentistes de la vingt-et-unième heure » !

Avant l'attente, bien réviser son bréviaire de la chanson pour nourrir la conversation (photos Catherine Cour)

C’est une joyeuse et sympathique secte qui, chaque année, se reforme au moment du festival. Sa chapelle se situe devant les grilles du château, les horaires du culte sont immuables : de 19 h 45 à 21 h 00. Ensuite, sur un signal du diacre préposé à l’ouverture de la grille (moment essentiel et point d’orgue de la cérémonie quotidienne) qui lance la phrase sacrée : « Ça va bientôt ouvrir ! Poussez pas ! Ceux qui ont déjà leur billet vont à droite, ceux qui doivent les retirer à la billetterie vont à gauche ! », la secte éclate et chaque membre s’en va porter la bonne parole aux quatre coins de la cour du château. Pendant une heure, les discussions autour de la chanson française, des spectacles vus, ou à voir, de l’actualité de tel ou tel chanteur vont bon train ! Les membres-fondateurs de la secte se connaissent depuis les premières éditions du festival – des temps immémoriaux – mais ils accueillent volontiers en leur sein les nouveaux arrivants qu’ils reconnaissent à la lueur s’allumant dans leurs rétines quand on prononce quelques mots magiques, sésames de toute digne conversation : « Allain Leprest », « Jean-Michel Piton », « Gaston Couté », « Claude Nougaro », « Colette Magny », « Anne Sylvestre », « Francesca Solleville »… et, quand démarre la litanie des souvenirs, les « Ah, je l’ai vu en 1962 à Toulouse ! » ou « Savez-vous qu’elle enregistre un nouveau CD ? »« Son dernier spectacle m’a tiré les larmes », « Il était à Avignon cette année… j’ai a-do-ré ! (ou détesté !)« , « Si, si, j’ai connu Gérard Morel avec des cheveux, moi ! »
Il n’y a ni grand prêtre ni gourou : chacun, à égalité, prend la parole s’il en a envie et communie dans le grand bain de la fraternité de la chanson « de parole » (ils sont si peu nombreux à savoir qu’elle existe qu’on ne peut qu’être frères et sœurs dans son sein !)… sauf quand il s’agit de bloquer les resquilleurs qui veulent contourner le rempart de leurs corps qui se soudent de plus en plus sous la pression de la foule !
Il faut dire que certains membres de la secte sont bien organisés : ils délèguent un sacristain qui fait la queue pendant que les autres vont fabriquer les sandwiches qu’ils apporteront à leur collègue vers 20 h 30 : il en va de la survie du groupe. En échange de cette nourriture terrestre, le sacristain se dévouera encore pour garder deux ou trois places assises (si possible au centre du premier rang) pour ses collègues et ce au péril de sa vie !
Dans la secte, il y a des parisiens (qui tous tutoient Pantchenko), des provinciaux (eux ne jurent que par Trihoreau), ceux qui vivent hors de France et se font une joie de venir chaque année se ressourcer à Barjac… Et puis il y a les absents, dont on parle. Ceux qui nous ont quittés depuis l’année d’avant, ceux qui ont décidé de ne plus venir (message personnel à Chris Land, de la part de Caro et de moi : t’as tort ! Et on s’éclate bien… Bises !)

De la bonne organisation entre festivaliers dépend la survie de la secte

Là, j’étais inquiète (et je n’étais pas la seule !) en ne voyant pas Danielle et Gérard, un couple super-sympathique qui vient chaque année depuis la Drôme. Gérard a dû chouraver plusieurs cerveaux (j’ai les noms de ceux auxquels il les a piqués. Certains ne l’ont pas encore réalisé ! Chuttt !) pour être capable d’emmagasiner autant de connaissances sur la chanson… et puis il a certainement dépassé le cap des dix mille spectacles auxquels il a assisté, et il est capable d’en raconter le moindre moment ! Ce qui est formidable, c’est qu’il continue à avoir la même curiosité pour les générations qui arrivent et qu’il a sûrement déjà applaudi deux ou trois fois le jeune chanteur encore débutant que vous venez juste de découvrir !
Dernier regroupement ce soir, avant la dispersion… jusqu’à l’année prochaine ! Certains membres filent à Aizac, pour un autre festival ; d’autres iront à Conceze, en Corrèze, du 12 au 17 août…, églises plus modestes. Mais chacun espère bien pouvoir revenir à la prochaine grand’messe de Barjac, en 2012.

Une réponse à Barjac (9) : prendre son bien en patience

  1. Festiv'Art 5 août 2011 à 17 h 41 min

    Sympa, vraiment … d’avoir ainsi si bien retranscrit l’atmosphère … En novice, je me suis demandée pourquoi, bougre, fallait-il se bousculer ainsi puisque, de toutes les façons, on voit très, très bien, et on entend de même de tous les rangs ???… la jauge étant, avouons-le, très raisonnable !! Ici , nulle besoin d’écran relais… Ouf ! C’est précisément ce que j’aime !!
    Et que dire de la même queue d’attente devant le chapiteau où l’on est condamné à transpirer pendant tout le concert à la limite de la suffocation… ?? Car 16h45, à Barjac, en plein mois d’Août… sous un chapiteau, ça tient de la torture… !! Faut-il que tous ces spectateurs soient des passionnés ! Ils le sont en effet, mais là… il y aurait aussi beaucoup à dire… Jofroi d’ailleurs s’est senti obligé de rappeler quelques vérités qui ne vous aura pas échappé, je pense…
    Je suis repartie, très, très heureuse des quelques heures passées là… mais aussi impatiente de retrouver mon public à Lavelanet, si spontané, si simple… et si vrai… qui vient faire des découvertes… et ne se gausse d’aucune prérogative… Il est vrai que chez nous, c’est gratuit !
    Merci encore pour la qualité de ce blog qui nous rappelle l’heureux temps de CHORUS !
    Claude

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives