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Arthur Jamin, ni brouillon ni bidon

Arthur Jamin (photo)

Arthur Jamin (photo Timothée Leroy)

Rien que le titre des chansons nous renvoie à celles de Souchon, comme le S’asseoir par terre : chez Jamin, c’est Poser ses fesses par terre. Jamin envoie des ballons, Souchon lance des balles… D’autres exemples ? Y’a pas copie, non, mais les deux ont une proximité, un univers presque pareil : ils vivent dans le même monde, partagent les mêmes préoccupations, ont les mêmes codes, les mêmes mots. Même position dans la chanson, dans une presqu’île de variété. Dois-je dire d’excellente variété ?

6644-1400839093-500x500-000000-80-0-0---465fx349fVoici, voilà Arthur Jamin, natif de Toulouse : le brouillon du titre de l’album correspond à une chanson à l’intérieur, pas forcément à ce jeune chanteur, ni à cet opus. C’est propre, direct sans l’être trop, net et sans bavure. La chanson dit « Je suis un garçon brouillon /A peine esquissé au crayon / Je ne suis qu’une illusion / En basse définition » : n’en croyez rien, vous avez là un des disques les plus sympas de ces derniers mois. L’un des plus lucide aussi. Lui chante le monde d’aujourd’hui où « Les plus forts sont toujours les mêmes » c’est joute de cowboys et d’indiens, Western moderne : « Personne n’en sortira indemne / On cache nos bleus sous l’anti-cerne. » Désabusé. Qui entre dans la vie déjà résigné, « envoie des ballons dans l’air pour mettre les dieux en transe », « fais des bulles de savon pour repousser les évidences. » La pop charmante de Jamin, qui parfois se donne des airs de grand orchestre, charrie des blessures et des regrets, des rêves déjà oubliés, suintant de ces temps effarants, effrayants. Même son amour prend l’eau…

Ça Souchonne ? Oui, pas d’autres mots. Est-ce un tort ? Nullement, bien au contraire. On aimera ce disque qui, parlant de notre époque, parle de nous, qui avons déjà tout dit, qui avons déjà tout fait. Précoces désillusions, réalisme mélancolique… Et précision du mot, habile, profond et léger, qui pense et panse les maux. Très bel album.

 

Arthur Jamin, La ballade du garçon brouillon, Vague de nuit 2014. Le site d’Arthur Jamin, c’est ici.

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6 Réponses à Arthur Jamin, ni brouillon ni bidon

  1. Danièle Sala 21 août 2014 à 12 h 24 min

    Ah ! j’ai envie de dire enfin ! Je suis ravie de voir Arthur Jamin chroniqué dans NosEnchanteurs, et de constater le même ressenti à son écoute, j’ai son album depuis quelque temps déjà, et j’aime beaucoup. Un premier album très prometteur.

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  2. Leo Artaud 22 août 2014 à 9 h 18 min

    le pauvre… à peine il débarque et, déjà, le voilà affublé de souchonnerie! Il ne va pas aller loin sous cet angle. laissons-le Jaminer en toute simplicité!

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  3. catherine Laugier 25 août 2014 à 17 h 56 min

    Album sympathique, mais j’aimerais qu’il se lâche un peu plus dans l’interprétation, notamment au niveau bande son, un peu trop mixé pop à mon goût (très) personnel. Pourtant les teasers de Garçon Brouillon laissaient espérer un poil de fantaisie en plus ! Qu’il « jamine » un tout petit peu moins propre et un peu plus brouillon et ce sera parfait !

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    • Céline 26 août 2014 à 18 h 45 min

      Personnellement Catherine, je trouve qu’il y a plutôt un juste équilibre : dans le fond comme dans la forme, il y a bel et bien des touches de fantaisie sur cet album pour nuancer le trouble du désenchantement. Il y a bien sûr des textes bien sentis (« Memoires d’une sardine », « Le tour de la question », « J’envoie des ballons »…) qui apportent humour, dérision ou sourire. Il y a, aussi, les arrangements : certes soignés, mais qui renouvellent notre surprise à chaque écoute parce qu’ils sont riches… Je serais tentée de dire que Jamin s’est même amusé et « lâché » lors de la réalisation de l’album ! :) Quant à la voix, c’est l’une des choses qui me touchent le plus car loin d’être lisse, elle est troublante, vraiment troublante… Et à mes yeux, c’est en partie ce qui fait la singularité de l’artiste : l’interprétation. Arthur sait mettre du soleil dans sa voix, tout en gardant une sorte de fragilité, de douceur (peut-être est-ce ce que vous lui reprochez?). Une signature que j’ai beaucoup appréciée.

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      • Céline 26 août 2014 à 18 h 48 min

        Très bel article en tout cas, qui emploie les mots justes pour partager un univers sensible et hélas trop peu médiatisé en comparaison avec certaines « oeuvres » bien fades !

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  4. Lande 26 août 2014 à 16 h 06 min

    Pardon Madame, mais, pour le connaitre et l’apprécier, ce CD n’a rien de lisse, mais glisse vers des profondeurs, des abimes, qui nous laisse Alain Souchon bien à part. Son talent sur scène est parfait, et il est capable de chanter de façon variée chacun de ses titres ! Là est la preuve d’un vrai et grand artiste

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