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Antoine Fetet fait revivre Bernard Haillant

10690319_755092634548620_4207667571688494814_nDeux poids deux mesures, nous dira-t-on. Oui, nous déplorons l’actuel déferlement de disques et de spectacles de reprises : il y en a tant qu’on ne sait plus s’il y a encore place à la création, sur scène ou dans les bacs. Mais que, quand Évasion, Alexis HK, Noah Lagoutte, Annick Cisaruk, Jehan ou Jean-Marc Héran reprennent respectivement Anne Sylvestre, Georges Brassens, Claude Nougaro, Léo Ferré, Allain Leprest ou Henri Tachan, ça nous semble être d’utilité publique. Comme ce spectacle revu récemment – et qui a de la peine à tourner cause à la frilosité des programmateurs et à leur grande méconnaissance de la chanson – sur Roger Riffard.

Pareil pour le travail que fait Antoine Fetet sur l’œuvre de Bernard Haillant.

Ils ne sont pas nombreux à reprendre Haillant, l’auteur, entre autres, de L’homme qui pleure. Décédé il y a presque treize ans, Haillant créa en 1969 le groupe Crêche (avec Mannick, Jean Humenry, Gaëtan de Courrèges et Jo Akepsimas) et mena en parallèle une carrière solo qui nous vaut une dizaine d’albums dont Des mots chair, des mots sang, grand prix de l’Académie du disque Charles-Cros en 1982. Utile mais trop court résumé d’une vie, nous vous conseillons de vous reportez tant au site de Bernard Haillant (l’intégrale discographique en cd y est disponible) qu’à sa page Wikipédia. Les possesseurs des dvd 3 (Claude Semal) et 4 (Serge Utgé-Royo) de Tranches de scènes l’y retrouveront aussi avec plaisir.

Vous ne connaissez pas Antoine Fetet. S’il chante et joue depuis l’âge de sept ans, s’il a participé à divers groupes de chanson, de folk et de rock dans les années 70-80, s’il a autoproduit un album en 1984, il a mis ensuite entre parenthèses, pendant trente ans, sa passion chanson, le temps de concevoir, tout enseignant qu’il est, des collections de manuels scolaires sur lesquels vos enfants ou petits-enfants ont travaillé. Grand amateur de Bernard Haillant, Antoine Fetet lui rend un premier hommage à son décès, en 2002, en créant un site web lui étant entièrement consacré. Avec l’idée derrière la tête d’un album de reprises de ses chansons. Il faudra attendre douze autres années pour le voir remonter sur scène, au Forum Léo-Ferré en juin 2014, lors d’une soirée « Bernard Haillant ». L’album que voici sortira cinq mois plus tard : la promesse est tenue, et bien tenue : « Bernard Haillant a accompagné toute mon existence. J’ai toujours trouvé dans ses chansons un écho à mes propres émotions, à mes sensations les plus intimes, de l’adolescence à l’âge d’homme, confronté aux expériences fondamentales de la vie : la rencontre, l’amour, la naissance, la mort aussi. Il y a dans ses chansons un lyrisme incisif, une vigueur impérieuse qui sont la marque des auteurs essentiels. »

L’interprétation d’Antoine Fetet est sobre et chaleureuse, avec juste la distance qu’il faut, timbre autrement dentelé, respectant les pleins et les déliés de l’émotion. L’orchestration apporte de fines et probantes nuances : quitte à n’enregistrer un disque que tous les trente ans, Fetet a mis les petits plats dans les grands, s’adjoignant une vingtaine de musiciens (des pointures, vraiment) et choristes. Et Jacqueline Farreyrol et Claire pour deux duos.

Dix-neuf titres (dont un d’Arthur Rimbaud, l’autre de Michel Boutet) pour renouer avec l’univers de Bernard Haillant, pour en profiter à nouveau, d’autant qu’Antoine Fetet, après une mini-tournée à La Réunion le mois dernier pour le rôder, se lance dans un tour de chant avec Patrick Leroux (violoncelle-sax), Michel Devard (guitares) et Hervé Perrin (contrebasse).

Belle occasion, après ce disque, après ce spectacle, de reposer sur la platine tout ou partie des disques d’Haillant. C’est tout le bien qu’on vous souhaite.

 

Antoine Fetet, L’oiseau qui d’un coup fend la nuit – Antoine Fetet chante Bernard Haillant, autoproduit 2014. Le site d’Antoine Fetet enseignant, c’est ici ; sa page facebook de chanteur, c’est là. En scène le 22 mai 2015 à Epinal, le 5 juin à Vandœuvre lès Nancy et le 19 juin à Oberhaslach. Image de prévisualisation YouTube

Une réponse à Antoine Fetet fait revivre Bernard Haillant

  1. catherine Laugier 9 mars 2015 à 11 h 55 min

    Bernard Haillant (son souvenir), je l’ai rencontré cette année, beaucoup de chansons sur le temps qui passe, la vieillesse, et Antoine Fetet l’interprète magnifiquement: Du frêle esquif : http://youtu.be/1DjeeeP6ARki
    Quelle chance ont ses élèves et ceux qui travaillent sur ses manuels !

    Répondre

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