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Dutronc, la tête et l’état des membres

Jacques Dutronc (photo DR)

Jacques Dutronc (photo DR)

Reprises donc, cette fois-ci de Jacques Dutronc. Cet hommage se nomme « Bon anniversaire, m’sieur Dutronc » et vient de sortir chez Sony, décidément en pointe dans le pillage la valorisation du répertoire.

Dutronc, rien que cette idée nous plait. Un peu moins à l’écoute effective du disque. Ce n’est d’ailleurs pas qu’il n’y a pas grand’chose à sauver de ce disque ; il n’y a simplement pas grand’chose à mettre en exergue.

L’impression générale que dégage cette suite de reprises de Dutronc, c’est que c’est du vite fait, du bâclé, à l’économie. Peu de temps de studio, pas vraiment de travail, pas de nouveaux arrangements, rien. Ah si ! Zaz a troqué la flûte d’Il est cinq heures, Paris s’éveille par un zax. Et rebaptise cette chanson en Paris s’éveille : c’est vrai que son dernier album (de reprises aussi, s’intitule Paris). C’est tout, c’est bien peu.

Sur quasi toutes les chansons, on se limite à faire pareil. A tel point que parfois, souvent, on chante pareil. Étrange mimétisme qui fait qu’on fait du Dutronc, qu’on imite Dutronc. On a beau aimer Cabrel, être indulgent, force est de constater qu’il fait là sous Dutronc avec On nous cache tout, on nous dit rien. Que Thomas Dutronc, le fiston, fasse pareil, à la rigueur ça se tient : lui à le timbre paternel, alors s’il chante son père on ne voit pas la différence. A quoi ça sert ? Dutronc père chante en duo (sur L’opportuniste) avec Sirkis, d’Indochine : là il faut tendre l’oreille pour distinguer chaque voix : heureusement que le tutélaire, le titulaire, fait le Jacques et sauve la mise.

Au moins, avec Joey Starr, on est sûr que ce sera différent. Le timbre, la posture, la façon de chanter… L’idole par lui devient une chanson de Starr, d’idole.

Jacques-DutroncSans passer en revue le générique de cet album, signalons la présence, a priori réjouissante, de l’aïeule Annie Cordy, toujours pimpante (presque 87 ans), qui doit ici réaliser un vieux fantasme dont elle a rêvé toute la vie. Elle qui endossa, chez les Carpentier comme dans des opérettes, un peu toutes les tenues, se retrouve avec celle d’hôtesse de l’air. Mais là comme sur les autres plages du disque, c’est juste bien, pas inspiré. Dommage. Mais elle a l’excuse de son grand âge.

Quelques bons points néanmoins : si Julien Doré ne brille pas, Camélia Jordana s’en sort honorablement dans Le plus difficile et c’était pas facile. Pareil pour Brigitte sur Opium. Miossec apporte sa sensualité, guère plus, sur Le temps de l’amour. C’est déjà ça. Seul Tété crève raisonnablement l’écran dans un Merde in France très teinté musique des bayous, très éloigné de l’original donc. Rien que pour ce titre ça vaut l’écoute.

Non, la surprise Dutronc ce n’est pas pour cette fois-ci. Mais peut-être pour bientôt. Car l’événement est annoncé pour l’automne : un nouveau disque original, concocté par Gaëtan Roussel et Jean Fauque, deux des plumes de feu Bashung. Une telle promesse nous fera oublier cet hommage sans avenir, sans conséquence non plus. Quand on pense à ces disques de reprises l’un de Nino Ferrer l’autre de Joe Dassin que nous ont offert il y a peu par les Ben Ricour, Laurent Madiot, Tom Poisson & Co (chez Naïve) on s’étonne du grand écart de qualité, d’originalité. Dans un cas les artistes ont été embauchés, débauchés pour de telles reprises, faites précipitamment et sans âme ; dans l’autre, une bande de copains l’ont désiré, se sont battus pour, ont travaillé. C’est simplement dommage de savoir que c’est le travail bâclé qui se vend le mieux. Et de loin.

 

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2 Réponses à Dutronc, la tête et l’état des membres

  1. Pol de GROEVE 23 mars 2015 à 14 h 02 min

    Encore une occasion manquée, alors ? Dommage car les disques-hommages peuvent parfois se révéler de belles réussites, permettant une ré-écoute totale des titres repris. Outre le « On dirait Nino » évoqué dans l’article, on peut citer les excellents « Route Manset » et « Le grand Dîner » ( où c’était Dick Annegarn qui passait à table).

    Répondre
  2. catherine Laugier 27 mars 2015 à 18 h 01 min

    J’aime bien « André » par Tom Novembre, dédié à Bourvil. Il y est lui-même, version jazz, avec sa belle voix grave, et c’est souvent très bien : http://www.deezer.com/album/305387.
    Pas pu trouver les reprises de Dutronc, ni celles de Joe Dassin.
    Mais voici une playlist du CD Naïve The Nino’s:https://www.youtube.com/playlist?list=PL9rzIMuFu1EK66hOfbe0q4_2a1U_4VCH_
    Il y a aussi un livre-CD « Joe Dassin pour les enfants », interprété par Les Joyeux Urbains, Oldelaf, Fred Joiselle, Chloé Lacan et Féloche: https://youtu.be/kudbEaHp974 par exemple, ou les Dalton, ou la Bande à Bonnot, cette fois-ci par les excellents Blérot de Ravel : https://youtu.be/zXejeph9qGc
    On dirait Nino est une reprise multi-artistes comme Dutronc, je n’ai pas eu le temps de l’écouter.

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