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Gérard Prats, élégante chanson, racée et sans âge

ca65e3_e28fcbd8d61b4dc7922e768c8c8ea7b4.jpg_srz_p_475_463_75_22_0.50_1.20_0Dire qu’il chante depuis longtemps est peu dire. L’index de (feu) Chorus nous signale trois disques y étant chroniqués, entre 1993 et 1997. Là, on vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… En fait, son nouvel album est déjà son dixième. Si on dit qu’il est un inconnu, il l’est de certains c’est évident, mais certainement pas de tous. Et pas dans la région de Cavaillon, son antre. Gérard Prats n’est pourtant pas venu dans la chanson tout de suite. Comme quoi les chanteurs ont parfois un passé : lui fut d’abord flic, puis brocanteur (« Quand j’étais antiquaire / A sauver quelques bouts de bois / Refusés chez Roche Bobois »). C’était il y a des lustres.

Loin de toute mode, de tout prétendu air du temps (qui, entre nous, manque singulièrement d’oxygène), Prats cultive une chanson sans âge. Qu’il écrit, souvent compose aussi. Et parfois qu’il va, avec sagesse et grand talent de choix, prélever à autrui. Il a chanté Dimey, Fanon et quelques autres du même tonneau. Ce disque n’y échappe pas, qui fait place à un poème mi naïf mi grivois de Madame de Grignan, fille de Madame de Sévigné, Cousin Eugène : « Il prend sa p’tite bête / La fourre dans ma cachette / Où vous placez l’honneur / Quelle drôle de raideur… » Et à un texte inédit (on n’a pas fini d’en découvrir de lui) d’Allain Leprest, Nos morts, nos morts. Prats aime les beaux textes, bien ouvragés, ces paroles qui s’agrippent à nos oreilles parfois distraites et y font leur travail. Lui même, Prats, a de l’élégance dans sa façon d’écrire, d’ordonner ses vers, d’appeler des émotions, de les partager : « Mon esprit crie famine / De rimes alexandrines / De mots aventuriers / De ceux qui sont à naître / De mots perdus peut-être ? / De mots excommuniés / De langues moribondes / Ceux que les temps émondent / Ou rendent immortels / Et moi l’écrivaillon / Je garde tout au fond / Ceux de Brassens et Brel. » On a envie de convoquer plein de beau monde pour vous situer Prats dans la Chanson. Comparaison vaut-elle raison ? Mais c’est vrai qu’en écoutant Le fou, une des pépites de cet album, on se dit que cette chanson ne déparerait pas au répertoire de Leny Escudéro. Car il y a dans les chansons de Gérard Prats à chaque fois une grande force d’évocation, de mise en situation. Qu’il chante le temps des sorcières ou les vendeurs des marchés de Provence, nous sommes dans l’ambiance chaque fois. Chanson engageante vraiment et, sans être engagée, pas tout à fait neutre (c’est mieux ainsi), cultivant en son sein des petites graines de subversion, des piques bien venues (« Je voyage dans la temps / De Louis XI à Sarcosette / J’n'ai pas vu de progrès flagrant ») en notes d’estime et de solidarité : « Cordes aux vents, musique de vie / Tziganerie, Manoucherie / Echo d’un peuple errant sans patrie / Quand les guitares deviennent un cri. »

Le notoire accompagnement de Prats, lui-même gratteur de guitare, est le piano de Jean-Sébastien Bressy, qui parfois laisse place à une guitare manouche, un violoncelle, une contrebasse, des percussions, même un cromorne et un accordéon. Musique sobre, au seul service des textes, orchestration qui ne risque pas de prendre des rides.

On aimerait voir plus souvent le nom de Gérard Prats au générique de saisons culturelles, de petits et moyens festivals. Comme d’autres, il mène avec intelligence et talent son petit commerce de chansons, dans son coin. Un coin qu’on aimerait élargir à une plus grande (re)connaissance. Il vaut largement notre écoute, notre estime.

 

Gérard Prats, Parce que je vous aime, autoproduit 2015. Le site de Gérard Prats, c’est ici.

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5 Réponses à Gérard Prats, élégante chanson, racée et sans âge

  1. Albert R. 26 septembre 2015 à 12 h 42 min

    Il y a hélas bien peu de commentaires sur ce site quand il nous propose des totales découvertes (ce que Gérard Prats est à mes yeux et c’est assurément une belle découverte). Que les Enchanteurs continuent à le faire pour nous. Merci.

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  2. sev 6 octobre 2015 à 23 h 41 min

    Un voyage à fleur de mots…

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  3. Anne 3 décembre 2019 à 20 h 23 min

    Merci à Gérard Prats : de l ‘intelligence, du coeur, de la distinction de l’âme, chez un véritable artiste. Merci

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  4. Marie 1 novembre 2020 à 12 h 50 min

    C’est écrit, c’est musical, quel plaisir ! Un merci admiratif

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  5. Marie 1 novembre 2020 à 12 h 51 min

    Du coeur, de l’écriture, de la musique. Merci!

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