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Pour ne Jamait oublier !

JEMESOUVIENS_longboxEncore Yves Jamait ! Que voulez-vous, qu’il se pare des chansons de Guidoni, de Tachan, de Leprest et d’autres ou simplement des siennes, il est sur tous les fronts de la Chanson, donc de Nos Enchanteurs… Encore que nous n’ayons pas chroniqué son fabuleux Bar à Jamait le mois dernier au Zénith de Dijon. Tout frais pondu (un an d’écriture, tout de même), voici son nouvel opus, Je me souviens…, son sixième album studio. Treize titres appelés d’évidence à devenir les classiques de demain.

D’emblée, on sent non un séisme musical mais une nette inclinaison vers d’autres types d’arrangements, plus pétillants encore, comme une sucrerie qui distille ses bulles, musiques faites tant de rigueur que de pures fantaisies, guitares pop, accordéons argentins, cordes indoues et tango passionnel. On doit l’orientation à Eveno et Bravo du groupe Tryo (les deux tiers du groupe, alors ? Non, la moitié : ils sont quatre, comprenne qui peut).

Que des chansons de Jamait (qui, à deux exceptions près, de Samuel Garcia, en signe les partitions), sauf une… de Gil Chovet (sur une musique de Romain Didier). Chovet ? Peut-être que seuls les lecteurs de NosEnchanteurs savent cet artiste-là, doué comme pas deux. Ça s’appelle Le bleu, le bleu de travail : « Le bleu d’ici / On le suspend au porte-manteaux / Le bleu d’ici / On s’le remet sur le paletot / Et au boulot. » Ça nous rappelle forcément d’autres bleus, tous défraichis, élimés, portés avant lui par Govrache (Le bleu de travail), Renaud (Son bleu) ou Lavilliers (L’homme en bleu)…

Car nous sommes ici en terrain de souvenirs, de nostalgies, de ce temps qui emporte tout : « Quand aujourd’hui sera hier /Tu ne t’en souviendras plus guère. » La mémoire se morcelle. S’il reste des détails, des anecdotes, l’essentiel s’est fait la belle et la belle a disparu… De cette mémoire hémophile qui chine ses souvenirs, Jamait tente de sauvegarder des bribes d’une vie palpitée. Tout ou presque en ce disque s’organise autour de cette idée : Jamait excelle en ce registre, ce presque bilan, cette recherche d’un passé décomposé, disloqué, anéanti : « Tu me manques tellement / Que ma vie c’est du vent. » Ça nous vaut de nouvelles perles de chansons qui chacune perle d’une sincère émotion. Même si le propos n’est pas forcément joyeux, on se prend à reprendre avec lui : « Avant de m’en aller / Pour une dernière bière / J’aimerais en vider / Encore un container / En chantant à tue-tête / Bien arrimé au bar / Un jour la p’tite Huguette / Avec plein de soiffards » (il y a toujours un coup à boire au bar à Jamait…).

Dans ce même élan de nostalgie, lui, Marcel Azzola, Sanseverino et Lionel Suarez (du beau monde !) convoquent à eux l’Accordéon. Ça musette, ça tournoie…

Jadis, Leprest convoquait à lui Le poing de [son] pote : Jamait, lui, se rappelle Les poings de [son] frère. « Mais quand je fais le tour / Au détour de l’enfance / Un peu plus loin qu’avant-hier / J’ai le cœur à rebours / Qui se serre / Comme les poings de mon frère. » Ici comme sur les autres titres, l’écriture est d’une grande précision, d’une totale élégance : c’est comme ça, il y a des gens qui sont surdoués pour écrire des chansons. Chapeau casquette bas(se), Monsieur Jamait !

 

Yves Jamait, Je me souviens…, Wagram 2015. Le site d’Yves Jamait, c’est ici ; tout ce que NosEnchanteurs a déjà pu dire de lui (toujours en bien), c’est là.

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4 Réponses à Pour ne Jamait oublier !

  1. Jacqueline Vassart 5 novembre 2015 à 14 h 19 min

    Bien bel article pour ce disque qui tourne en boucle sur ma chaine. Par contre est-ce une erreur de votre part, je ne connais pas de chanson de Bernard Lavilliers (dont j’ai aussi tous les albums) qui s’intitule « L’homme en bleu ». Est-ce une erreur de crédit ?

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    • Michel Kemper 5 novembre 2015 à 14 h 59 min

      Non, c’est une chanson de Bernard Lavilliers de 1965, mais jamais gravée sur disque. Le début de la chanson est :
      Toi l’homme en bleu
      Toi l’homme en crève
      Toi l’homme en gueux
      Toi l’homme en grève
      Devant ton tour
      Tu rêves pas d’Eve
      Toi t’es la pomme
      Et t’as une dent
      Contre le bonhomme
      Qui a nom Adam
      Parodie de paradis la vie
      Paradis de parodie la vie
      La vie
      Toi l’homme en bleu
      D’vant la machine
      T’y vois qu’du feu
      Elle est câline la mort

      On en retrouve l’histoire (de celle-ci et d’autres…) dans le livre « Les vies liées de Lavilliers » 2010 Flammarion

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  2. catherine Laugier 5 novembre 2015 à 15 h 03 min

    C’est une chanson des débuts de Lavilliers Jacqueline, avant sa période brésilienne…Et elle parle bien des bleus de travail

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    • Michel Kemper 5 novembre 2015 à 15 h 27 min

      Disons, Catherine, « avant son départ de Saint-Etienne », ce sera plus juste. Départ en fait pour Paris, quartier Mouffetard, et pas le Brésil, pas du tout. Cette légende c’est rien que pour épater le journaliste peu enclin à la véracité et à l’élémentaire déontologie qui voudrait qu’il vérifie ses informations.

      Répondre

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