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Nicolas Bacchus, rôtir le balai ou finir le bal ?

Nicolas Bacchus (photo Roukil)

Nicolas Bacchus (photo Roukyl)

Nicolas Bacchus, 7 novembre 2015, Le Petit Duc à Aix-en-Provence,

 

Introït : « Heureux qui, connaissant les plaisirs de la terre / Baisant un petit cul, buvant dans un grand verre / Emplit l’un, vide l’autre, et passe avec gaieté / Du cul de la bouteille au cul de la beauté »

Nicolas Bacchus alterne chansons cyniques et pleines de verve sur les déboires des couples (Petits beurres et beurre salé), triplettes et plus si affinités (Les uniques de la salle abordés sabre au clair n’en reviennent toujours pas), recettes contraceptives éprouvées (Soyez pédés, de Patrick Font), lestes conseils « Que nos pénis et que nos vagins tout autour du monde se donnent la main » et exemples rampants : « pas de phallocrates chez les escargots. »

Il passe au tango, dérivant sur des satires plus politiques, attaque dans une parodie des Petits Papiers la politique des Sans Papiers, ou  cette Identité Nationale (encore de Patrick Font) sur le thème du Métèque de Moustaki. Sans illusion sur le résultat de ces dénonciations et de ces partis pris qui lui valurent force déboires ici et là.

Il ouvre la série des chansons d’amour : occasion de reboire l’eau de la Fontaine dont Manu Galure lui fit offrande il y a longtemps déjà. Ou de brûler aux Flammes en rose de Thomas Pitiot. Il évoque sa sexualité bien loin de la caricature, avec cette effrontée Pierrette à Pigalle de Dimey, pas folle pour un sou. Ou ce Filet mignon qu’on aime faire revenir…

Que ce soit dans ses propres textes ou dans ceux de ses auteurs habituels, il renoue avec une vieille tradition de la chanson de cabaret incisive, riche en contrepèteries à double, voire triple sens, de sous-entendus naissant d’une rime attendue mais s’enfuyant au dernier moment, établissant une complicité avec son public pour notre plus grande (ré)jouissance. Un sommet d’hilarité avec cette reprise d’une chanson cachée des Charlots, Ah ! Viens !, enregistrée avec une certaine Debbie Stouquette, alias Nicole Croisille, « Oui viens, jouissons ensemble… de l’instant heureux / Où l’on sent cul… miner le plaisir d’être deux » ou cette Sanson du bizoutier, pour les enfants, dit-il, zézayée avec une langue bien trop longue pour être honnête.

A nous les femmes, il offre une très belle reprise de Saturne de Brassens ou la chute inattendue de l’Heure des goûts et des coups. Elle nous fait penser à ce « Maman » qui vous dresse le poil, adressé naguère à sa grande Cousine Anne Sylvestre. Il lui dédiera d’ailleurs un rappel en reprenant, comme avant lui Mokaïesh en ce même lieu, la mythique Les gens qui doutent. En commun avec cet artiste aussi, la reprise d’un Vissotski (il en a presque les accents dans les passages les plus enflammés de ses chansons), cette fois-ci dans La fin du bal. Moment d’émotion pure que ce morceau lyrique et pathétique.

Musicalement pas le temps de s’ennuyer, au son de sa Takamine, ou de l’électrique et noire Grestsch qui lui jouera des tours, se transformant soudain en cinq cordes désaccordées. Quelques petits tours de clés et c’est reparti, accompagné des cordes virtuoses d’Hélène Billard au violoncelle et du jeune  Sylvain Rabourdin au violon, tour à tour pincées ou percutées dans des sons aquatiques, ou frottées moelleusement  par les archets, à moins qu’ils ne leur arrachent des sons déchirants. Une totale connivence avec ses musiciens qui accompagnent parfaitement l’alternance des moments doux et des envolées, du jazz à la java et de la musique slave au tango. Corrosif, surprenant, d’une folle énergie et d’une grande tendresse, c’est Nicolas qui nous quitte sur une « chanson inachevée », poème brûlant à chute… onanique !

 

Le site de Nicolas Bacchus, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

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