Jean Vasca, au bout du compte | NosEnchanteurs

Jean Vasca, au bout du compte

Jean Vasca (photos Jean-Michel Legros)

Jean Vasca (photos Jean-Michel Legros)

En décembre 2014, après avoir rassemblé l’intégrale de ses textes, il les a publié, en un livre sobre et classieux, La concordance des chants, que d’aucuns ont dû tenir pour bible de la chanson alors qu’il n’en est qu’un précieux et passionnant recueil. Puis s’est mis à l’écriture d’un vingt-cinquième opus, son dernier disque avant de fermer boutique, de n’être plus qu’un ancien et vieux chanteur, un jadis de la rue Mouff’tard. Déjà qu’il n’est pas forcément facile d’écrire tout un album, ça doit être franchement plus dur quand il s’agit de concevoir l’ultime. On est tenté d’y laisser plus encore de soi, de clore comme on le ferait d’un feu d’artifice, en tirant ses plus belles fusées. Mais la chanson de Vasca n’est pas artifice : il a simplement écrit et chanté parmi ce qui se fait de plus beau, sans trop déranger le grand public qui ne le sait toujours pas cause à ces médias qui font barrage à l’intelligence. De la « chanson 4 étoiles », comme s’intitulait une collection Polydor dans laquelle Vasca inscrivit en 1965 un de ses premiers albums.

S’il en est qui s’intéressent alors encore à lui, les historiens de la Chanson situeront ce nouvel opus dans l’ensemble de la production de Vasca. Là, l’album est tout neuf, trop neuf, son livret sent encore l’encre d’imprimerie, pour déjà le fixer. Il porte – ce n’est pas grande surprise – largement l’empreinte du temps présent, d’une médiocrité ambiante. De ceux qui nous dirigent. La voix de Vasca se fait sévère à leur encontre : « Tous les ubus du volapük / Tous les baveux du médiagang / Ont toujours su trouver le truc / Pour débiter le bois d’la langue. » Et, plus loin, cette fois adressé aux citoyens qui nous oublions d’être trop souvent : « D’où viennent les bruits de bottes ? / Du silence des pantoufles (…) Vingt dieux réveillons-nous / Car les lendemains grincent. » Pour réaliste qu’il soit, le propos n’est guère réjouissant : « …pas sortis de l’auberge / C’est pas demain qu’on émerge / On noie partout le poisson / Quelle était donc la question ? »

jean-vasca-saluts-jean-vascaMais il le dit bien, affutant ses mots comme on taille un crayon avec, sans maniérisme aucun, le sens de la formule et de l’image. Il y a en ses propos des regrets, amertume et nostalgie, des combats inachevés, des luttes en pure perte : « Nos pensées, nos combats, nos désirs nos douleurs / Ne seraient comptes faits qu’une pauvre rumeur. » Le poète a toujours raison, qui voit plus haut que l’horizon, ai-je déjà entendu : Vasca c’est ça, qui se saisit de l’air du temps et nous le restitue fidèlement, fut-il moins rose, morose, avec la plus value du poète qu’il est.

A destination des « ringards du globish / Ceux qui trissotinnent à gogo / et qui perroquettent en english », Vasca est père siffleur, sifflet moqueur. Mais il a a peu de chance que le message leur parvienne…

C’est par Les vieux d’la Veille que sont entre autres Jacquart, Monod, Vautier, Hessel et Morin (« y’en a plus guère en magasin »), que Vasca ouvre ce disque (« Les vieux d’la vieille / Ce sont les derniers sémaphores / Dans la nuit ces étoiles d’or / Qui montrent à-tout-va les chemins / De nos possibles lendemains ») ; c’est aux allumeurs d’étoiles, aux orpailleurs de mots, aux passeurs d’étincelle et aux gens de la vigie, au « chanteur Mohican de la tribu des survivants » et à « tous les défricheurs / de l’humaine jungle inhumaine » qu’il adresse ses ultimes Saluts ! sur la dernière plage. Ce ne sont pas là de ces faux et frivoles adieux comme ceux du showbiz savent le faire avant de repartir en tournée. Vasca est homme de paroles qui n’en chantera plus. Et part en retraite, dans un silence bien trop grand, qui a quelque chose de gênant. Pourrait-on, ici ou là, à Paris comme dans le Gard, à notre tour le saluer comme il se doit ?

 

Jean Vasca, Salut !, EPM 2015. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. Pas de vidéo correspondant aux titres de ce nouvel album. Par défaut, illustrons cet article par « Si j’ai fait chanteur »…

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JEAN VASCA. C’est aux allumeurs d’étoiles, aux orpailleurs de mots, aux passeurs d’étincelle et aux gens de la vigie, au « chanteur Mohican de la tribu des survivants » et à « tous les défricheurs / de l’humaine jungle inhumaine » qu’il adresse ses ultimes Saluts ! sur la dernière plage. Ce ne sont pas là de ces faux et frivoles adieux comme ceux du showbiz savent le faire avant de repartir en tournée. Vasca est homme de paroles qui n’en chantera plus. Et part en retraite, dans un silence bien trop grand, qui a quelque chose de gênant. Pourrait-on, ici ou là, à Paris comme dans le Gard, à notre tour le saluer comme il se doit ? » A lire l’article en intégralité sur NosEnchanteurs, votre Quotidien de la Chanson. www.nosenchanteurs.eu

5 Réponses à Jean Vasca, au bout du compte

  1. Cuffi georges 5 janvier 2016 à 12 h 05 min

    MAGNIFIQUE, Michel! vraiment! de bout en bout! Et on voit que tu as attentivement écouté le cd! Un très bel article qui devrait plaire à Vasca!
    (Personnellement, j’aime beaucoup moins la partie « persifflage » que tu évoques mais il me reste huit magnifiques chansons!)

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  2. catherine Laugier 5 janvier 2016 à 12 h 46 min

    Je crois, j’espère, qu’il n’y a pas de combat en pure perte, que Les vieux de la veille n’ont pas lancé leurs alertes en vain, qu’il y a des humains (peut-être une minorité) dont Monsieur Vasca fait partie, qui avancent dans le bon sens, et que les utopies un jour se réalisent, au moins partiellement. Ne baissons pas les bras, la parole s’insinue, au milieu du vacarme vide et du chaos, il y a aussi un frémissement, rêvons que les pantoufles se réveillent dans le bon sens !

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  3. Michel Trihoreau 6 janvier 2016 à 9 h 30 min

    J’ai le sentiment que Jean Vasca pourrait demeurer l’une de ces grandes injustices de la chanson ; partenaire de Jacques Debronckart et de Jehan Jonas que les médias (à part Paroles & Musique et Chorus) ont ignoré, mais que même les réseaux plus confidentiels oublient. Pourtant son œuvre est considérable et d’une qualité rare. Pourquoi, lorsque nous citons les meilleurs, oublions-nous toujours Vasca ? L’homme est-il trop discret ? Trop isolé ? Ou bien nos oreilles sont-elles plus hermétiques à certaines vérités ou aux prophéties les plus lucides ?

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  4. Jeannine B 6 janvier 2016 à 21 h 02 min

    Jean Vasca et ses cris de douceurs-douleurs est pour moi un très grand poète dont la plume sait tellement bien jongler avec ses mots, ses mots à lui, ses mots dentelles, ses mots colères, ses mots de fraternité en trop plein d’incompréhension. « Saluts » son 25ième opus, est ciselé dans l’or des mélodies du ciel et les arrangements musicaux, une magnificence. Sa voix et ses chansons sont fidèles à lui-même et c’est absolument superbe. Vasca, à mon sens est le poète-chanteur à suivre encore et encore, jusqu’à l’overdose, mais est-ce une overdose que d’aimer le beau, du beau ?

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  5. Jacky Turiot 10 août 2016 à 10 h 08 min

    Comment ça, Vasca s’arrête !? Encore une voix de moins !? Et quelle voix ! Pour moi, Vasca est le poète le plus important depuis la disparition de Ferré.

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