CMS

Les groupies du pianiste Beydon

Jean-Louis Beydon (photos Anne-Marie Panigada)

Jean-Louis Beydon (photos Anne-Marie Panigada)

Quand même, il y a sans doute plus d’avantages encore de jouer du piano à queue que de la guitare. C’est plus gros, le prestige auprès des femmes est démultiplié. Ah ! ces groupies du pianiste… Comment dire le bonheur de Jean-Louis Beydon, lundi dernier au Vingtième Théâtre ? Se voir fêter comme il l’a été par tant d’artistes au sein desquels tant et tant de femmes, toutes belles, toutes plus douées les unes que les autres. Pour peu, on l’envierait…

Mes excuses pour les messieurs (Romain Didier, Bernard Joyet, Yann Denis et Henri Courseaux, tous aussi méritants, et l’étonnante et bouleversante participation de Jacques Grillot en brélienne Quête d’amour, diminué lui-aussi par la maladie, qui fut le premier artiste que Beydon accompagna), mais ce sont les dames que pour ma part je retiendrai de cette soirée à nulle autre pareille. Les dames et bien sûr Jean-Louis Beydon, les dames disant leur amour pour ce remarquable musicien qui a tant compté pour elles.

Beydon fut jadis complice de Joyet, de Barouh, d’Ogeret, parfois de Kent, Sapho, Juliette, Cora Vaucaire, Claude Nougaro… Peu ou prou de toutes ces dames ici présentes. Et, on le sait, de Leprest. Bientôt le pianiste déclarera forfait et désertera la scène pour toujours, vaincu par plus fort que lui, par la maladie, terrible maladie qui dans sa hâte ne fait pas de cadeau. Tout c’qui est dégueulasse porte un joli nom. Elle, c’est Charcot. Pourquoi pas…

D'abord Joyet qu'on ne saurait confondre avec les dames, puis :

D’abord Bernard Joyet qu’on ne saurait confondre avec les dames, puis : Marilou Nézeys, Annick Cisaruk, Laurence Giorgi, Charlotte Goupil, Soraya Eissed, Christelle Cholet, Clémence Savelli, Nathalie Miravette, Janick Bouchoucha, Ayumi Ishihara et Marie Leurent.

Il y avait tout l’amour du monde dans les yeux de ces femmes, toute l’émotion aussi. A embrasser leur pianiste préféré, le toucher, le bichonner… et chanter, chanter pour lui, chanter avec lui. Lui offrir le meilleur d’elles-mêmes. Et ce fut effectivement le meilleur, un don de soi, un immense cadeau. De ces dames – de ces messieurs aussi – on n’élira nulle lauréate. S’extraient cependant de nos frais souvenirs des moments plus forts encore que d’autres. Comme ces deux chanteuses du groupe Evasion, Laurence et Soraya ; l’une interprétant Sur la place de Brel, l’autre L’aigle noir de Barbara. Comme cette empiafée que se dit être Christelle Chollet (du Piaf punk-rock, ahurissant et follement convainquant), le choc qu’est Marie Leurent, hors de tous les chants communs, en des sujets qui pour d’autres seraient casse-gueule, la classe de Clémence Savelli, celle – magique et racée – d’Annick Cisaruk, la prestation au-delà du probant de Charlotte Goupil (oh, son Bilou !), la surprise aux yeux bridés qu’est Ayumi Ishihara (le Voir un ami pleurer de Brel en japonais est bien plus qu’une simple curiosité), la pianiste Marilou muée en star du classique-variété-rock carrément déjanté, Janick Bouchoucha alternant Brassens et Brel… De beaux et grands moments. Avec constamment l’ombre portée d’Allain Leprest, de loin le plus interprété. Et celle de Jacques Brel et d’autres encore.

Pas de faute de goût, pas de temps mort. Une soirée (concoctée de mains de maîtres[ses] par Anne-Marie Panigada et Cristine Hudin) comme un festin, gargantuesque. A mon dernier repas aurait chanté Brel. Et c’était un peu ça. Beydon, fêté, paré comme pour une soirée de gala, fragile sur ses jambes, s’aidant de cannes, illuminé de bonheur et pour un soir taisant sa douleur… Et chacun de dire un mot, une anecdote d’importance, un déclic, l’amorce d’une grande histoire et le déroulé qui suit, la chance d’avoir eu ce pianiste-là, ce type qui a bousculé les codes, banni les barrières, fait d’apprentis chanteurs de vrais et beaux artistes.

C’est émotion, d’une puissance inédite, belle. Et triste par anticipation. Encore quelques concerts à accompagner quelques de ces chanteuses puis le pianiste alors sera forcé de quitter son clavier et partir en je ne sais quel hiver. Comme un pianiste sur la touche…

Le Vingtième Théâtre était bien plein pour saluer Beydon. Lui donner un peu beaucoup de force pour les heures difficiles qui restent à venir. On ne salue jamais assez les musiciens, on ne dit pas assez leur indispensabilité, leur rôle qui va bien au-delà de la stricte apparence, en partie dans la pénombre de la scène. Faites pleine lumière sur Jean-Louis Beydon, chantez pour lui, applaudissez-le. A votre tour, dites-lui que vous l’aimez.

 

Une vidéo pourrait bien témoigner de cette soirée pas comme les autres. Réalisée par Eric Nadot, elle devrait être disponible prochainement. Se tenir au courant sur le site Tranches de scènes.

 

Image de prévisualisation YouTube

7 Réponses à Les groupies du pianiste Beydon

  1. pommier 7 février 2016 à 13 h 32 min

    Michel KEMPER es-tu remis de cet hommage à cette soirée Jean Louis BEYDON (si bien entouré) !!! Mais les JOYET & Cie des hommes ils ont de la féminitude en eux aussi ! ils ont certainement bisé Jean Louis !!!

    Oui cette soirée avait comme « des aimants » qui nous attiraient !!! ah toute ces voix, ces artistes affirmés !!!

    Eric NADOT a semble-t-il beaucoup zoomé, filmé et il veut en extraire semble-t-il un DVD de cette soirée inoubliable pour celles et ceux qui ont participé ! gageons que cela éveillera et réveillera des organisateurs de spectacles ! tant qui mériteraient davantage de scènes et d’être mis en lumière !!!

    Nous avons de quoi ne pas nous ennuyer !!! les spectacles vivants, réjouissifs existent !!!

    Parlons-en autour de nous !!!

    Beau billet Michel KEMPER !!! tu as redonné de la salive à nous les épicurien(ne)s et enivrons de nectar et jusqu’à la lie !

    VIVE LE SPECTACLE VIVANT !!!

    Répondre
  2. Foxy 7 février 2016 à 14 h 11 min

    Que ces retours sont aussi chauds et hauts que cette soirée à la fois vertigineuse et sur le fil du balancé des touches de Jean-Louis et de ttes ces grandes voix !
    Merci !!
    Un petit clin d’oeil à Stéphanie Delvigne dont c’est la vidéo ici en belle invitée ! Merci pr elle, pour Jean-Louis souvent touché de.notre Bilou partagée, merci pour mon père et merci pour à Allain sans qui tt cela ne serait pas @-}–

    Larchotte

    Répondre
  3. pommier 7 février 2016 à 14 h 16 min

    Très bien Michel je n’avais pas vu et lu le petit commentaire juste au dessus la vidéo !

    Répondre
  4. Jean-Louis Beydon 9 février 2016 à 0 h 00 min

    (commentaire posté sur facebook)

    Merci beaucoup Michel pour tes mots ! Je suis très touché. Longue vie à NosEnchanteurs. Je t’embrasse.

    Répondre
  5. Charlotte Goupil 9 février 2016 à 0 h 02 min

    (commentaire posté sur facebook)

    Pfiouuu que d’émotions à vous lire et au travers de cet article à re-sentir la douceur de cette soirée : merci à Michel Kemper, auteur de l’article et autres contributeurs de celui-ci, Stéphanie Delvigne pour la vidéo notamment :) !

    Répondre
  6. catherine Laugier 10 février 2016 à 20 h 43 min

    Jacques Grillot https://www.youtube.com/watch?v=rq6yZ_bl7OI
    Marilou Nézeys https://www.youtube.com/watch?v=UKwYsJNamxI
    Janick Bouchoucha https://www.youtube.com/watch?v=05tRvoFE_eE

    Répondre
  7. Laurence 12 avril 2016 à 11 h 08 min

    Je te suis de loin en loin, groupie du pianiste depuis la première heure, au hasard des pages du web, et aujourd’hui je viens d’apprendre. Non, Charcot c’est pas un joli mot, j’ignorais son sens hier, mais aujourd’hui je dis que non, c’est vraiment pas un joli mot. Il brouille mes yeux et fait remonter tous les souvenirs à la surface, mes 18 ans insouciants, tes 28 insatiables, à courir entre les 2 conservatoires, avec 3 enfants adorables qui ensoleillaient ma vie, je te revois avec Jacques, sur la scène de Meschers et d’ailleurs, je revois nos dimanches matin au marché ou aux puces, je revois nos vacances à Jougne, le pique-nique au petit chalet de Rochejean, on avait ramassé plein de fraises des bois tu te souviens ? je revois la maison de tes parents décorée pour Noël dans le vacarme joyeux d’une tribu de petits-enfants, je revois la petite maison au bord du chemin de fer, je revois… Oui, groupie du pianiste et de l’homme… Tous les quatre à jamais dans mon cœur.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Archives