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L’art d’exigence et de beauté de Yanowski

visuel-4-avril-webYanows… Qui ? Yanowski, oui, celui du Cirque des mirages, incroyable duo fondé dans les premiers jours du siècle avec son comparse et complice Fred Parker qui, à plus forte raison à partir de son passage en off d’Avignon de 2004, essaima de partout, en France et ailleurs. Pour seulement dix pence, Fumée d’opium, Dans les arcanes du temps, Le ticket, Vagabonds des mers : les créations s’enchainent, les tournées suivent, le succès s’amplifie. On grave durablement les mémoires pour bien moins que ça.

Terrifiant, passionnant, enthousiasmant, revoici les imposantes carrure et carrière de Yanowski dans sa nouvelle pépite, créée en 2014 salle Gaveau, à Paris, désormais gravée pour la postérité.

« Tu souviens-tu ? / De la neige au chevet de ta rue / De ce jeune homme un soir apparu / Un panier de roses sur la table / Nous étions jeunes et nus / Sous notre manteau de retenue / Et le cœur à moitié décousu / Nous allions par des routes de sable… »

Rien que le visuel de ce digipak, superbe, vous met dans l’ambiance… Le reste est pareil, passionnant, gorgé de mots jusqu’à plus soif. Tant que c’en est symphonie du verbe, anachronique en ces temps désespérants où deux mots en english tiennent lieu de chanson. Là, c’est chanson lettrée, gourmande de mots… On ne chante plus comme ça de nos jours, on ne chante presque plus. Lui est d’une époque autre, une survivance incongrue, insolite, d’une patine qui ne sait presque rien de nos platines. D’un temps où les chanteurs avaient d’la voix.

Des chansons. Et des histoires. De quoi parle-t-on ? D’un homme confronté à l’image de son miroir, de l’histoire d’un couple pragois et de leur étrange poupée mécanique, d’une auberge slave dans laquelle les mourants festoient une dernière fois, d’un violoniste habité par le démon, et de ce fameux pas de danse interdit aux profanes… Des chansons qui nous parlent d’amour, de folie, d’amitié avec humour, poésie et dérision ; qui disent l’aventure, le voyage, mais aussi la désillusion. Qui dépeignent un univers passionné, inspiré par la fougue des musiques d’Europe de l’Est, scandé par les envolées trépidantes du violon et la fantasmagorie de Yanowski.

Hier Parker, aujourd’hui l’argentin Gustavo Beytelmann, autre pianiste, qui plus est arrangeur et compositeur. Autre partage, autre magie, nouvelles combinaisons possibles tant que ça en donne le tournis. Par ce tourbillon de rimes (de l’utilité d’un livret pour pouvoir suivre…) qu’on ne sait qui, du mot ou de la note, tournoie plus rapidement que l’autre. 

Il y a cette voix, qui parfois, souvent, cousine avec Brel, choie le verbe, chérit chaque phrase, contrôle le mot et se laisse partir avec lui.

L’art de Yanowski est art d’exigence : l’écriture, la composition, l’interprétation. De telles chansons ne s’écoutent pas distraitement : même l’auditeur se doit d’être à la hauteur.

 

Yanowski, La passe interdite, Arties records/Harmonia mundi 2016. Le site de Yanowski, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Yanowski et du Cirque des mirages, c’est là. En concert le 4 avril 2016 au Café de la Danse à Paris. Image de prévisualisation YouTube

3 Réponses à L’art d’exigence et de beauté de Yanowski

  1. Arthur Milchior 19 mars 2016 à 15 h 56 min

    Pour ce que ça vaut, la passe interdite a été joué au limonaire deux semaines avant la salle Gaveau. Mais je suppose que «créé au Limonaire» ça fait tout de suite moins prestigieux.
    Pourtant, qu’est-ce que cette salle donne comme ambiance, quand on écoute sa voix à 5 mètre du chanteur.

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    • Michel Kemper 19 mars 2016 à 17 h 34 min

      Nous ne sommes pas (surtout pas nous) de ceux qui pensons que Le Limonaire (que nous pratiquons régulièrement) soit moins prestigieux qu’une autre salle, fut-ce Gaveau. Ne pouvant être sur tous les fronts de la Chanson, tous les jours et dans toutes les salles, nous sommes bien obligés de nous fier aux renseignements qu’on nous donne. Merci pour ce complément d’information. De par la proximité du public avec l’artiste, Le Limonaire est effectivement un lieu intéressant, à l’ambiance toute particulière : ça reste toutefois un restaurant, avec le possible inconfort pour ceux qui viennent non pour se restaurer mais seulement voir l’artiste en scène.

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      • Elise 20 mars 2016 à 16 h 10 min

        La Passe interdite n’a été créée ni au Limonaire ni à Gaveau mais à La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs de Saint-Germain deux mois avant le Limonaire. Mais est-ce important? De toute façon c’était déjà formidable et le spectacle a depuis pris un très bel envol.

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