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Eurovision 2016 : défaite des langues et des cultures !

Jamala, lauréate ukrainienne  de cette Eurovision 2016 (DR)

Jamala, lauréate ukrainienne de cette Eurovision 2016 (DR)

Ainsi donc la France n’a pas remporté le Grand prix de l’Eurovision de la Chanson depuis 1977 : qu’importe ! Amir n’aura finalement été que le favori de notre coutumier chauvinisme hexagonal. C’est l’Ukraine qui s’adjuge le trophée, faisant de fait un doigt d’honneur à son irréductible ennemi qu’est la Russie, Poutine en particulier. Du côté de Moscou, le verdict a eu du mal à passer, d’autant que les bookmakers donnaient gagnant le candidat russe, qui n’arrive qu’en troisième position, derrière une Coréenne d’Australie (faut que d’urgence je révise ma géographie physique de l’Europe…).

Bravo donc à cette cérémonie que j’ai toujours conspuée et qui a redonné hier une des dimensions premières de la chanson, la politique, que pourtant chaque pouvoir tente de ruiner. En faisant de la chanson un sirupeux robinet pour fond sonore de supermarket, on l’a depuis longtemps désarmée. Vidée de son contenu, aseptisée, formatée à outrance, elle n’est même plus l’ombre d’elle-même : elle n’est plus rien. Hier, par la grâce de Jamala, chanteuse de 32 ans, Tatare de Crimée, pour peu qu’on daigne comprendre les paroles (hélas en anglais), un des crimes de l’armée soviétique a été évoqué et ses victimes honorées. Du dictateur Staline au dictateur Poutine, suivez mon regard…

Politique aussi, hélas, cette 61e édition de l’Eurovision où un seul pays n’a pas renié son identité pour chanter dans la langue commerciale de l’anglais : l’Autriche. Encore que la chanteuse autrichienne a chanté hier en… Français ! 22 pays sur 26 ont chanté exclusivement en Anglais, dont l’Ukraine, dont la Russie, dont l’Allemagne bonne dernière au classement. Trois faux-culs (France, Italie et Bulgarie) ont chanté moitié dans leur langue moitié en Anglais (pour Amir, le Français, ce fut Français pour les couplets, english pour le refrain).

Qu’on ne me taxe pas de nationaliste, pas moi, mais, que l’on soit Israélien, Azeri, Croate, Espagnol, Polonais, Néerlandais ou Russe, Serbe, Français ou autre, ça me semble être une défaite de la pensée, un échec culturel, une catastrophe, une honte que de ne pas chanter dans sa propre langue, dans la langue de ses ancêtres, de son pays.

Au moment où la Grande-Bretagne pourrait quitter l’Union Européenne (le fameux brexit), jamais l’Eurovision n’a été autant uniformisée par la langue dominante qu’est l’anglo-américain.

Si ce n’est, hier, la bonne nouvelle de cette candidate ukrainienne originaire de Crimée, c’est autre dimension politique, pour le coup catastrophique, qui ressort de cette cérémonie retransmise dans cinquante pays : tous les pays, sauf la Grande-Bretagne, et pour cause, ont troqué leur langue pour une autre ; tous les pays, sauf l’Autriche, ont opté pour le rouleau compresseur english.

Allons au bout des choses et décrétons qu’il n’y a plus qu’une seule langue. Que nos livres soient tous imprimés en anglais, qu’on n’enseigne plus que l’anglais dès la maternelle, la maternité même, qu’on éradique toute forme de culture et de pensée autre que celle véhiculée par l’anglais commercial, qu’on rejette dans les poubelles de l’Histoire le passé et la culture de chaque pays. Qu’on parachève ce rêve de domination mondiale.

Moi je dis qu’Amir, 6e au classement général, n’est pas le french hero : c’est un de ces imbéciles qui participent librement à la destruction de sa propre langue au même titre que tous ceux, de tous les pays qui sont prêts à trahir, à renier un peu beaucoup de leur patrimoine pour quelques livres, quelques dollars, pour une éphémère et dérisoire gloire au égard à ce qu’ils participent à détruire.

Le Concours Eurovision de la Chanson est la totale négation des peuples. Comment voulez-vous après ça que ça n’inspire pas ici et là des réactions nationalistes qui hélas chantent aussi, mais au rythme du pas des bottes ?

 

Pas de vidéo de cette cérémonie surtout pas ici. Mais une intelligente définition de ce qu’est la Chanson : c’est chanté par Gilles Servat. Image de prévisualisation YouTube

8 Réponses à Eurovision 2016 : défaite des langues et des cultures !

  1. Christian PIERREDON 15 mai 2016 à 9 h 17 min

    Ce qui m’étonne, moi, c’est qu’il y ai encore des gens qui s’intéressent à cette cérémonie de supermarché. En tout cas, c’est pas ça qui va m’encourager à avoir une télé chez moi. Objet totalement inutile.

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  2. Dominique C. 15 mai 2016 à 9 h 27 min

    C’est aussi ce que chante, à sa manière, Francis Cabrel avec In extremis (avec le joli clin d’oeil à l’occitan Se canto, que canto), voir : https://www.youtube.com/watch?v=wSLp5VtB3d4
    DC

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  3. Olivier Rech 15 mai 2016 à 15 h 54 min

    Superbe plaidoyer, Michel ! Fasse que l’on entende et merci pour la vidéo du grand Gilles Servat.

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  4. Popp 15 mai 2016 à 16 h 24 min

    Quelle juste analyse : »c’est un de ces imbéciles qui participent librement à la destruction de sa propre langue au même titre que tous ceux, de tous les pays qui sont prêts à trahir, à renier un peu beaucoup de leur patrimoine pour quelques livres, quelques dollars, pour une éphémère et dérisoire gloire au égard à ce qu’ils participent à détruire. »

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  5. Jean Pierre Gleize Bourras 16 mai 2016 à 23 h 42 min

    Bonsoir . Nous avons eu en ce début d’année 2016 , à  » Avel Vor  » Plougastel -Finistère-:
    Salle comble (+ de 600) pour:
    Gilles Servat et les Marins d’Iroise.
    Les p’tits yeux.
    Yves Jamait.
    et
    Michel Fugain…
    Ils sont loin d’être fous…les Bretons.

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  6. Legras Jacques 20 mai 2016 à 18 h 39 min

    Ce que je ne comprends pas, c’est que Michel Kemper se fende encore d’un papier pour ce non évènement dont tout le monde se fiche, au moins tous les visiteurs de Nos Enchanteurs, je suppose !
    Beaucoup de temps perdu, Michel, mieux utilisé à faire (re)découvrir quelques grands oubliés du site à ses lecteurs (voir notre échange sur le fil de l’article de Pol de Groeve consacré à Isabelle Mayereau), et à réparer quelque « oubli » regrettable.
    Non ?
    En toute cordialité.

    Jacques

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  7. jp Gleize Bourras 27 mai 2016 à 22 h 40 min

    Bonsoir,
    Michel, je me permet de vous appeler Michel.Je reçois des informations inquiétantes au sujet de débat très vifs sur les quotas …et plus particulièrement sur un projet consistant à autoriser la diminution de diffusion de chansons francophones.Pouvez vous éclairer ma lanterne? Merci par avance.
    Merci à Pol de Groeve et Jacques Legras de m’avoir fait découvrir Isabelle Mayereau.

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  8. Joel Luguern 30 mai 2016 à 15 h 50 min

    Bravo et merci, Michel Kemper, pour votre editorial.
    Car, pour moi, ce texte sur l’Eurovision n’est pas un article d’humeur mais un veritable editorial.
    Meme si, en effet, les lecteurs de Nosenchanteurs partagent probablrement tous votre point de vue, il etait bon de rappeler tout ce que vous avez – bien – ecrit.

    Répondre

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