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Tue-Loup réveille la bête

tueloup-tt-width-500-height-500-fill-0-crop-0-bgcolor-eeeeee-nozoom_default-1-lazyload-1« Même fête native / Même goût de la dérive / Où voguent les esprits / Aux corps évanouis / Retardant la séance / Ils rêvent sous les branches (…) Mais lorsqu’on lui demande / Êtes-vous son épouse / Non, mais j’aimerais bien / Êtes-vous son amant / Non, mais j’aimerais tant. »

Rêverie charnelle, spleen romantique, amour latent… Écoutez cette chanson, intitulée Hirondelle, morceau-clé de près de six minutes de Ramo, dixième album du groupe Tue-Loup en vingt ans d’existence. Vous aimez cette magnifique montée en puissance, débutant et s’achevant simplement par quelques notes de ritournelle au piano, après un détour par un oppressant crescendo ? Vous ne pourrez manquer de succomber aux autres chansons ! Ça vous laisse froid ? Poursuivez votre chemin alors, mais vous ne savez pas ce que vous loupez !

Vous passeriez en effet à côté d’un disque habité, pas forcément facile d’accès certes, et nécessitant plusieurs écoutes pour distiller son venin, mais dont la poésie clandestine vous habitera longtemps. Comment en effet ne pas apprécier un disque plein à ras bord de chansons d’amour ? Pas de celles où il est question de petites fleurs et de bleus zoizeaux, ni d’andalouse aussi belle que jalouse, mais bien de celles vantant les mérites de l’amour physique et voluptueux, où l’on s’enfouit et s’engloutit dans l’être aimé, s’élastiquant les membres et se dilatant pour la sentir juste pour un instant aux quatre points cardinaux de la chambre (Empreinte), où l’on félicite les cellules de sa douce d’avoir fait si bel ouvrage, avant de la disséquer pour examiner l’incroyable évidence de sa substance (In vivo), où l’on met le cap vers le bel endroit à fleur de peau où s’articule son compas (Carpe diem)… Oui, c’est bien l’amour qui nous dévore et nous noie (Le tigre voyageur) et il est bien vain de vouloir l’étouffer : « Au diable râles étouffés /Li bère à tes lèvres mutines / Cette sourde mélopée » (La forge clandestine). Vous avez mieux comme programme, vous ?

Tous ces textes splendides de la plume du leader du groupe, Xavier Plumas, sont efficacement mis en valeur par des mélodies qui prennent le temps nécessaires à nous séduire (peu de morceaux de moins de quatre minutes) et des orchestrations faisant la part belle aux claviers. Un son rock, oui, mais pas rentre-dedans. De la chanson d’ambiance nocturne, qui nous porte à la rêverie et nous recentre sur l’essentiel.

Initié à Lisbonne (il se termine d’ailleurs par une chanson en portugais, Ramo contra o medo, saudade mélancolique – pléonasme ! – interprétée par Marlène Étienne), ce nouveau disque de Tue-Loup pourrait leur valoir un regain de popularité, tant il est brillant et cohérent, apte à séduire le grand public par l’évidence de ses musiques, tout en ne concédant rien à la richesse des paroles qui avait fait la réputation du groupe auprès des trop rares initiés.

A vous de voir, vous êtes assez grand, non ? Moi, de mon côté, j’y retourne : « Je veux célébrer ton empreinte / Gisante sous ma peau / Le reste je m’en fous. »

 

Tue-Loup, Ramo, Bluekat/L’Autre distribution 2016. Le site de Tue-Loup, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Tue-Loup, c’est là. Image de prévisualisation YouTube

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