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Entre 2 Caisses, ce que femme veut et chante

Sans titre-1(3)Le contraste est saisissant. Quatre grands gaillards, qu’on a connu jadis chantant l’ivresse des ports et le regret des bordels, à l’assaut d’un répertoire strictement féminin, dans la forme comme dans l’esprit. Entre 2 Caisses chante non la femme mais ce que femmes chantent, ce qu’elles ressentent, ce qu’elles vivent. Nos quatre ont Le goût des filles, reprenant ainsi le doux titre des Wriggles en entame de ce nouvel (et superbe) album. Un seul inédit ici, celui écrit et composé pour eux par Michèle Bernard, qui donne son titre au spectacle dont est tiré l’album : Sous la peau des filles. « Vivre sous la peau des filles / Dans la nuit de leurs pupilles / Se promener comme un chat / Ouvrir doucement la grille / Qui mène au monde des filles / Que toujours on me cacha. » Eux se blottissent sous l’épiderme du beau sexe, dans son intimité, ses secrets, son vécu, des désirs, dans le regard que femmes portent envers nous, les hommes. Quatre voix mâles et l’ADN parfaitement identifiable de chacune des auteures et interprètes d’origine tant qu’il est presque inutile de questionner le livret.

Brigitte Fontaine (par trois reprises tout de même), Chloé Lacan, Françoise Hardy, Anne Sylvestre par deux chansons), Melissmell, Lucid Beausonge, Evelyne Gallet, Charlotte Gainsbourg, Claire Diterzi, Dalida, Juliette… le panel est large de ces dames ici rassemblées pour cette chanson de genre aux entrées si diverses. Comme cette presque ode au clitoris où Mouron, Bouchery, Martins et Raymond se substituent aux filles du Quartet Buccal : « Mon clitoris, mon plus fidèle compagnon / Mon clitoris, petit bourgeon dans son buisson / Mon clitoris, posé telle une perle précieuse / Dans l’écrin d’une huitre soyeuse… » Comme cette autre du Maximum Couette : « Un matin au réveil / Ma langue a fait le tour / De tes burnes, mon amour ». Charmant.

C’est étal d’émotions, de situations où le je et le jeu sont féminins. De l’aurore au crépuscule, de la jeunesse à un âge plus avancé « on est bien peu de chose / et mon amie la rose / est morte ce matin… » Il y a dans cette sélection de chansons toute la force et la fragilité de la femme, sa grâce aussi. De toutes les époques, du chaste moyen-âge des Quatre Barbus (La ceinture) et cette constante et contagieuse Pêche au bonheur de Chloé Lacan.

Chansons d’amour, parfois, souvent, qui plus est sans détours : délicieuses reprises d’Il venait d’avoir 18 ans (Dalida) et d’Infidèle (Evelyne Gallet)… Mais pas que. Ce disque est un nuancier de couleurs et de fragrances. Si des plages sont parfois chaudes, torrides même, Une sorcière comme les autres (d’Anne Sylvestre) nous remet les idées en place, à leur juste place, dans l’absolue dignité.

Ce disque a été enregistré au cours des premières représentations de ce spectacle (que nous avons déjà relaté à deux reprises, notamment à sa création) mis en scène par Juliette, elle aussi reprise par nos habituels œnologues des rimes et des verres, mais en diablesse, patronne « lascive et si cruelle », gueuse, traîtresse, garde et sorcière, non dans un idéal mais un Eternel féminin.

 

Entre 2 Caisses, Sous la peau des filles, autoproduit 2016. Le site d’Entre 2 Caisses (pour commander, c’est mieux), c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.

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